A la mi-août, 60 millions de personnes se sont retrouvées sans électricité au Canada. Les compagnies électriques privatisées avaient beaucoup investi pour augmenter la production de l’électricité - subsidiée par le public - tout en délaissant le réseau de distribution.
Le sous-investissement dans la distribution d’électricité a causé la plus importante panne d’électricité à ce jour. Des centaines de milliers de personnes ont passé la nuit dans la rue, ont dû rentrer chez eux à pied, ont été bloquées dans les ascenseurs ou ont pu jeter à la poubelle les provisions stockées dans leurs congélateurs. La nouvelle de cette panne électrique a fait le tour du monde au moment-même ou des centaines de millions de personnes, confrontées à la dérégulation (la suppression des règles existantes et la libéralisation du marché), se demandent si la privatisation est aussi efficace que ses partisans voudraient le faire croire.
Pour le gouvernement Bush cette panne survient au plus mauvais moment. A l’inverse des grands distributeurs d’énergie, la nouvelle administration Bush met la pression pour une augmentation de la production énergétique. Le plan national énergétique de Bush comporte des subsides pour les centrales nucléaires, la production de gaz et les entreprises pétrolières. Une proposition des Démocrates a été mise sur la table pour augmenter ces subsides de 350 millions de $. Mais il n’y a pas de quoi pavoiser. La consommation d’électricité ces 10 dernières années a augmenté de 35% et son transport sur de longues distances de 400%. Les projets pour investir plus ne sont pas nouveaux et n'étaient pas considérés comme très urgents. Les investissements dans l’infrastructure, par exemple dans l’état de New-York, sont passés de 304 millions de $ en 1988 à 90 millions de $ en 1999. Les distributeurs d’électricité en ont eu pour leur argent: ces douze dernières années sous Bush Senior, Clinton et Bush junior, ces entreprises ont fait cadeau de 79 millions de $ aux politiciens en échange de la dérégulation. La population a été manipulée.
C’est une illusion de penser que nos politiciens soient meilleurs. Ce n’est un secret pour personne que Belgacom, la poule aux oeufs d’or, sera vendue au plus offrant. La Poste et la SNCB comptent supprimer chacune 10.000 emplois. Johnny Thys - le grand patron de La Poste - prépare l’accélération de la libéralisation, bien que la "modernisation" de celle-ci ait provoqué de nombreuses grèves spontanées. A la SNCB, le même scénario est sur les rails. Le remboursement de la dette de la SNCB pour 2005 tombe au plus mauvais moment, c’est à dire lors de la préparation de la libéralisation du marché des chemins de fer, et cela après les sous-investissements dans la sécurité et l’entretien du réseau. En Angleterre une politique semblable a provoqué plusieurs catastrophes mortelles, une augmentation des prix et le chaos pour les utilisateurs.
Le résultat de ces privatisations est évident: suppression du service public, détérioration des conditions de travail, subordination de la sécurité aux exigences du profit. La mobilisation contre les privatisations est souhaitable. Mais les syndicats devront aller au-delà des menaces de grèves: ils devront organiser ces grèves. Les travailleurs des services publics et les usagers devront élaborer une plate-forme claire contre les privatisations et mettre sur pied un prolongement politique basé sur les luttes qui vont se développer.
Els Deschoemacker