PAS DE GUERRE POUR

 LE PETROLE

 

 

 

Avant-propos

 

Beaucoup de travailleurs et de jeunes regardent la politique enragée de Bush avec inquiétude. Incapable de créer la stabilité en Afghanistan, sans parler du reste du monde, le cowboy du Texas a trouvé une nouvelle cible. Cette fois-ci il vise le dictateur irakien Saddam Hussein. Cependant, c'est la population irakienne qui paiera pour le compte de Saddam, en vies humaines, en sang et en larmes. Les travailleurs et les jeunes ne peuvent pas rester sans rien faire.

 

L'onde de choc touchera inévitablement la Belgique. Les prix du pétrole et du mazout augmenteront énormément. Les entreprises répercuteront la hausse du coût de l'énergie sur les prix. La guerre servira de prétexte à des vagues de licenciements. Les salaires seront amputés et la crise s'aggravera; pour les jeunes il sera encore plus difficile de trouver un boulot convenable.

 

Le gouvernement tentera de compenser la baisse des recettes fiscales qui résultera de l'aggravation de la crise économique en taxes spéciales sur l'essence, le mazout ou le tabac. Ces produits ont été retirés de l'index en 1993. Ils n'entrent donc plus en compte dans l'adaptation des salaires au coût de la vie. La guerre permettra d'imposer aux travailleurs de lourds sacrifices financiers. Si nous n'y prenons garde, le gouvernement va opérer des coupes sombres dans l'enseignement, la santé publique et les allocations sociales - à moins que nous ne l'en empêchions par nos actions dans les écoles, les quartiers, les entreprises et les universités.

 

Une guerre en Irak, dans un contexte de crise économique approfondie sur le plan mondial, ouvrira une nouvelle période chaotique pour le capitalisme mondial. Même les commentateurs bourgeois les plus clairvoyants admettent que les crises (récessions) économiques vont se succéder à un rythme plus rapide que dans les années '80 et '90.

 

Tout cela dans une situation de crise de surproduction structurelle dans laquelle ce système se trouve déjà depuis les années '70. Cela s'exprime par un chômage de masse et une érosion continuelle des droits des travailleurs et des jeunes (sur le plan de la sécurité d'emploi, des salaires, des services publics, des allocations sociales, de l'accès à un enseignement de bonne qualité,…).

 

De grandes manifestations ont déjà eu lieu contre la menace de guerre en Irak avant même qu'elle n'éclate. A Londres, pas moins de 450.000 personnes ont manifesté contre une guerre en Irak. Cela dépasse même les manifestations contre la guerre au Vietnam dans les années soixante et les manifestations contre les armes nucléaires dans les années '80 en Angleterre. Il y a eu une journée d'action nationale le 31 octobre précédée d'une intense mobilisation dans les entreprises, les écoles, etc.

 

L'horreur d'une guerre impérialiste (une guerre au service des intérêts économiques et politiques des pays capitalistes) met à nu la réalité d'une société confrontée à une crise des plus profondes. Les contradictions vont s'exacerber à outrance.

 

Un attentat terroriste a fait récemment plus de 200 morts parmi des touristes occidentaux à Bali. C'était probablement le travail des fondamentalistes islamiques, peut-être une cellule d'Al-Qaeda. Un pétrolier a également été touché par une action terroriste devant les côtes du Yémen. Un des "lieutenants" de Ben Laden a mis les Etats-Unis et l'Europe en garde contre de "nouveaux attentats".

 

Au Pakistan, les formations islamistes ont gagné 40 des 187 sièges dans le nouveau parlement. Si leur ascension est d'abord la conséquence des conditions de vie misérables de la population, elle est aussi l'expression du mécontentement de la population à l'égard de la collaboration du dictateur pakistanais Musharraf avec les Etats-Unis. Pendant la guerre contre le régime taliban et Al-Qaeda en Afghanistan, Musharraf avait choisi le camp de l'impérialisme américain. En Turquie, les élections de novembre ont balayé les partis gouvernementaux; le parti de la Justice et du Développement, de tendance islamiste, a raflé 35% des voix et une majorité écrasante au parlement en surfant sur la misère et le chômage!

 

Les processus de révolution et de contre-révolution vont de pair. D'une part, les situations de misère et de désespoir - et l'absence d'alternative socialiste pour y faire face - sont propices à une montée du fanatisme religieux et à une recrudescence d'idées moyenâgeuses dans certaines régions du monde. D'autre part, nous assistons partout à des mouvements antiguerres massifs, basés sur une compréhension profonde de la contradiction entre les gouvernements capitalistes et les intérêts des travailleurs, des jeunes et des couches opprimées. Des gens qui n'ont encore jamais participé à une manifestation vont faire leurs premiers pas vers le militantisme politique. Si de nouveaux attentats terroristes ne font pas d'ici là le jeu de la classe dirigeante, un mouvement antiguerre de masse pourrait modifier sérieusement le rapport de force entre les travailleurs et les jeunes d'une part, et les gouvernements capitalistes d'autre part.

 

Après la naissance du mouvement contre la mondialisation (la première brèche dans le capitalisme néolibéral), cela signifierait une rupture encore plus nette par rapport à la conscience des années '90. L'acceptation résignée du "marché libre" et de ses représentants politiques - le dogme par excellence de la période qui a suivi la chute du stalinisme - pourrait céder la place à une action indépendante de la classe ouvrière. Elle n'agira sans doute pas en première instance par le biais de ses organes classiques que sont les syndicats et les partis de masse, mais plutôt au travers de comités lancés directement dans les entreprises et les quartiers. En cas de guerre de longue durée, dont on peut encore espérer à ce stade qu'elle nous épargnera ainsi que la population irakienne, cela pourrait élargir la possibilité pour des socialistes et des marxistes de faire discuter leur alternative par des couches plus larges.

 

La capacité des jeunes et des travailleurs à stopper cette guerre dépendra aussi du programme qui sera mis en avant. L'activisme en soi ne suffit pas. Les mouvements de masse qui font du surplace à défaut d'idées et de perspectives correctes ne servent à rien. Le MAS pense qu'on peut encore beaucoup apprendre de l'expérience accumulée par la classe ouvrière dans sa lutte contre le capitalisme. Si nous ne voulons pas sans cesse répéter les mêmes erreurs, si nous voulons faire la différence avec nos actions contre la guerre, alors une discussion ouverte sur la statégie, les tactiques et le programme est indispensable. Des comités antiguerre dans les quartiers, les entreprises, les écoles et les universités - tout à la fois organes de lutte et lieux de débat - seraient l'endroit tout indiqué pour mener cette discussion.

 

Cette brochure se propose d'aborder les questions que suscite le conflit dans le Golfe. Quel est le contexte historique? Peut-on se fier aux Etats-Unis pour créer un monde plus sûr? Ou à l'ONU? Le MAS plaide pour une politique indépendante de la classe ouvrière et des opprimés au niveau mondial. La lutte contre la guerre est, d'après nous, indissociable de la lutte pour une autre société, pour une société socialiste.

 

A. Historique du conflit

 

'God's own nation' et les conséquences de l'impérialisme occidental

 

Bush voit la lutte contre le dictateur Saddam Hussein comme le reste de sa "guerre contre le terrorisme", comme une lutte du "Bien contre le Mal". Ce président ultraconservateur des Etats-Unis, qui est aussi l'homme le plus puissant du monde, ne sait expliquer les problèmes du monde qu'en termes bibliques. Cela lui évite de devoir se pencher sur la politique réelle des Etats-Unis. Et de dévoiler au grand jour ses vraies aspirations, à savoir le profit et les intérêts statégiques. Cela a mené le gouvernement américain à collaborer avec quelques uns des pires tortionnaires et assassins dictatoriaux que le monde ait produits. Saddam Hussein n'était que l'un d'eux (voir cadre sur les Etats-Unis comme "état-voyou").

 

A la fin de la première guerre mondiale, les puissances occidentales ont profité de l'éclatement de l'empire ottoman pour sauvegarder leurs intérêts dans la région. Il s'agissait essentiellement des réserves de pétrole au Moyen-Orient. La région a été redessinée à la manière d'un capitaliste ivre de profit et de pillage. La nation arabe éclata en différents états artificiels qui tombèrent l'un après l'autre sous la coupe de l'impérialisme français ou britannique. C'était une violation flagrante des promesses faites auparavant sur l'indépendance. 

 

La domination de ces peuples n'était pas seulement placée sous le signe de l'accès aux réserves pétrolières et de la préservation de la route commerciale vitale par le canal de Suez. Il y avait aussi la peur de l'extension de la Révolution russe dont l'écho a résonné jusqu'en Iran. Pour les peuples opprimés et la classe ouvrière, ce développement était un symbole d'espoir, pour la bourgeoisie c'était le pire des cauchemars. Les journaux américains s'épuisèrent à écrire des articles calomnieux sur les dirigeants de la Révolution russe. Un de ces articles portait le titre : "Trotsky assassine Lénine lors d'une dispute d'ivrognes"! La version inverse a été propagée également plusieurs fois auprès du public perplexe de la presse bourgeoise.

 

Des pays comme l'Egypte, l'Irak, l'Iran, la Palestine et la Syrie furent placés sous le contrôle des puissances coloniales comme la Grande-Bretagne et la France. La "démocratie" n'était pas nécessaire. Des régime "fantoches" furent instaurés sous la forme de maisons royales dictatoriales. Cela se faisait avec un mandat (une approbation officielle) de la Société des Nations (SDN), le prédécesseur de l'ONU  actuelle.

 

La liste de tous les Etats de cette région -de l'Irak au Liban, du Koweit à la Jordanie- est un produit de la stratégie "diviser pour régner" de l'impérialisme. Des communautés religieuses ont été délibérément dressées l'une contre l'autre : des musulmans sunnites et chiites, des chrétiens grecs-orthodoxes et maronites, des Druzes et des Juifs,…La France a établi un état chrétien maronite au Liban, les Britanniques ont incité les capitalistes juifs à créer leur propre état. Les Kurdes ont été morcelés entre l'Irak, la Turquie, la Syrie et l'Iran. Il en alla de même avec les Arméniens et d'autres minorités.

 

 La nation arabe partageait jadis la même langue, la même conscience et les mêmes coutumes. Il faut voir ces nouvelles identités nationales dans ce contexte. Il y avait une aspiration à supprimer ces contradictions artificielles créées par l'Occident. Mais la stratégie de "diviser pour régner" de l'impérialisme lui explosa à la figure. Ainsi, l'ascension du nassérisme - Nasser (voir la photo à gauche) a nationalisé certaines parties de l'économie contre les intérêts des capitalistes occidentaux, notamment le canal de Suez- a entraîné une réaction véhémente de l'impérialisme.

 

Le nassérisme était l'expression de la résistance nationaliste à l'ingérence et à la domination étrangères. Sa politique d'expropriation de quelques grandes entreprises risquait de nuire aux intérêts des puissances occidentales et risquait aussi de réunifier les masses arabes contre la domination impérialiste.

 

Cependant, ces mesures ne sortaient pas du cadre du capitalisme. Nasser ne visait pas le contrôle de l'économie par les travailleurs et les paysans pauvres. Il n'était pas du tout question de l'organisation en conseils élus démocratiquement des couches opprimées de la population, comme lors de la Révolution russe.

 

L'aspiration à l'indépendance et le rôle des Partis "communistes".

 

Les tentatives des Etats-Unis de nouer une alliance avec d'autres maisons royales locales et d'autres hommes de paille contre le nassérisme, sur le modèle de l'OTAN (dirigée contre l'Union Soviétique), aboutirent à des révoltes dans toute la région. Des troupes britanniques furent envoyées en Jordanie. Quand le roi d'Irak voulut envoyer des troupes en Jordanie en 1958, cela provoqua un soulèvement qui aboutit à une révolution. L'armée retira son soutien au roi et commença à se mutiner. Le roi, le prince héritier et le premier ministre furent lynchés. Si le Parti communiste irakien n'avait pas accordé son soutien au chef de file de l'armée, Kassem, ils auraient pu prendre le pouvoir avec le soutien d'un mouvement de masse.

 

Les partis communistes dans des pays comme l' Egypte, la Syrie, l'Irak et le Liban, se sont construits comme une force de masse sur base de la résistance contre la politique honteuse de soumission à l'impérialisme. Avec une politique correcte ils auraient pu réunifier la nation arabe au sein d'une fédération socialiste du Moyen-Orient. Mais ils ont copié servilement la méthode du Front Populaire imposée par le stalinisme. Celui-ci enjoignait aux PC de former un front avec la "bourgeoisie nationale" contre le fascisme.

Au Moyen-Orient, cette stratégie s'est traduite par une collaboration avec "sa propre bourgeoisie" contre l'impérialisme occidental, ce qui a paralysé la lutte ouvrière. Staline avait formé un front sans principe avec la France et l'Angleterre pendant la seconde guerre mondiale. Les PC ont dû se réconcilier avec les ambitions impérialistes de la bourgeoisie dans ces pays. Au Moyen-Orient, cela a mené les PC à soutenir des dictatures militaires en Irak, en Egypte et en Syrie. Il était malheureusement prévisible que ces régimes se tourneraient ensuite contre les PC et persécuteraient leurs partisans.

 

L'idée raciste qui reproche aux musulmans de n'avoir connu que des dictatures arriérées fait fi de la combativité exemplaire des travailleurs et des jeunes qui croyaient avoir trouvé une alternative dans les PC, mais qui furent brutalement trahis par Staline et ses émules au Moyen-Orient. Les erreurs de la direction ouvrière stalinienne, combinées avec le déclin de ces pays sous le joug du capitalisme ou du féodalisme, ont ouvert la voie à l'ascension du fondamentalisme islamique.

 

L'Irak est né après la première guerre mondiale du rassemblement des anciennes provinces ottomanes de Bagdad, de Mossoul et d'une partie de celle de Bassorah. Ce pays était composé de trois groupes de population qui ont été dressés les uns contre les autres : les Arabes sunnites dont est issue l'élite dominante, les Arabes chiites au Sud et les Kurdes. Cela s'est fait en vertu d'un "mandat" de la SDN que Lénine décrivait comme "la Ligue des bandits impérialistes". En 1921, les Britanniques imposèrent à cet état artificiel un roi étranger, Fayçal. Comme l'exprimait un bureaucrate britannique des Affaires Etrangères : "Un roi qui devra se contenter de régner, sans songer à gouverner".

 

Entre 1920 et 1924, la domination britannique causa des soulèvements massifs qui furent réprimés de façon sanglante. Pendant la révolte de 1920, les bombardements de la force aérienne britannique firent 9000 victimes civiles. En 1932, une forme d'"indépendance" a été accordée, après que les Britanniques se fussent appropriés des approvisionnements pétroliers, les chemins de fer, les ports et la majeure partie de l'industrie.

 

Après le coup d'état qui a renversé la monarchie en 1958, l'Irak est devenu une dictature séculière (laïque) et militaire sous la direction du parti Baath. Il s'agit d'un courant anti-impérialiste petit-bourgeois avec une base très restreinte dans la société. En 1963, il y a eu un nouveau coup d'état de la part d'un groupe d'officiers d'extrême droite qui ont assassiné des dizaines de milliers de communistes avec la collaboration de la CIA américaine.

 

En 1968, Saddam Hussein a participé personnellement à un coup d'état au sein du régime Baathiste, bien qu'il jouât encore à ce moment un rôle secondaire. En 1972, les multinationales pétrolières américaines, britanniques, françaises et allemandes furent nationalisées. Les entreprises américaines et britanniques contrôlaient ensemble 3/4 de la production irakienne de pétrole. L'Iraqi Petroleum Company, dont elles faisaient partie, passa aux mains de l'état. Si les Britanniques et les Américains appellent aujourd'hui à une guerre contre l'Irak, ce n'est pas sans arrières-pensées de revanche. Ils veulent mettre fin à l'éviction de leurs propres multinationales pétrolières - comme par hasard une importante source de financement pour Bush lors des dernières élections - et sont prêts à le faire aux dépens de la population irakienne s'il le faut.  

 

Les revenus pétroliers irakiens ont décuplé, passant de 570 millions de dollars en 1972 à 5700 millions de dollars en 1974. En 1980, un pic de 26500 millions de dollars a été atteint grâce à une augmentation combinée des prix et de la production! Ces revenus pétroliers ont été affectés à des investissements publics, des prêts et des subsides dans l'industrie irakienne. Avec la suppression du monopole exclusif de l'Etat sur le commerce extérieur, cela a généré des profits énormes pour les capitalistes. Tout cela grâce à Saddam et aux dépens des besoins du reste de la population. En même temps, le clan Takriti autour de Saddam pillait les revenus d'état irakiens, s'appropriant de vastes surfaces de terre et renforçant sa position dans l'industrie textile et de confection.

 

Saddam comme allié des grandes puissances occidentales

 

En 1979, Saddam concentrait tout le pouvoir entre ses mains. Il a vu dans le chaos de la Révolution iranienne de 1979 l'occasion de commencer une guerre contre ce pays voisin en 1980. A ce moment, Iran était devenu une république islamique. L'impérialisme craignait l'extension de ce régime, la mainmise de régimes islamiques hostiles sur les gisements de pétrole. Ils ont cherché à s'appuyer sur un bastion local pour sauvegarder leur contrôle des réserves pétrolières dans la région. L'Irak était embarrassant, avait foutu les multinationales à la porte, opprimait et torturait sa propre population, interdisait les syndicats et les partis politiques, mais c'était un régime laïque qui était maintenant engagé dans une guerre contre "l'ennemi principal": l'Iran. Voilà le raisonnement cynique et terrifiant des "démocraties" bourgeoises occidentales.

 

Lors de la guerre contre l'Iran, entre 1980 et 1988, des entreprises anglaises et américaines livraient des armes à Saddam, tout en éludant l'embargo onusien. Encore plus macabre: le dictateur a aussi reçu des substances biologiques comme l'anthrax du gouvernement américain ("Records Show US Sent Biological Weapons Germs to Iraq", Matt Kelley, Associated Press, 3/10/2002). Cela n'était, d'après les porte-paroles du haut commandement de l'armée américaine, "qu'une manière parmi d'autres de tuer des gens". La guerre irako-iranienne a coûté la vie à un million de victimes. L'ancien ministre de la Défense de Thatcher, Alan Clark, a dit dans un documentaire récent de la BBC: "Il faut évaluer les risques d'une collaboration avec un dictateur à l'aune des avantages économiques".

 

L'administration de Reagan aux Etats-Unis a empêché une condamnation de l'Irak par le Sénat américain pour l'emploi de gaz toxiques contre les soldats iraniens. Les preuves s'accumulaient de plus en plus. En 1988, Saddam a attaqué le village kurde d'Halabja avec des gaz. 5000 Kurdes, femmes et enfants, avaient péri. Ce même mois, Alan Clark, à l'époque député conservateur, qui voyageait à Bagdad pour le compte du Département britanique du Commerce, a offert à Saddam un contrat commercial d'une valeur de 340 millions de livres.

 

En 1994, un rapport du Comité du Sénat pour les Banques, le Logement et les Affaires municipales des Etats-Unis conclut: "Les Etats-Unis ont livré au gouvernement irakien du matériel à double usage (aussi bien civil que militaire, ndlr) qui a contribué au développement des programmes chimiques, biologiques et de missiles irakiens, entre autres des projets pour des facilités de guerre chimique; des substances destinées à équiper des têtes nucléaires et chimiques; du matériel lié à la guerre biologique; du matériel destiné à la fabrication et à la navigation de missiles." (Attacking Iraq, ZNet, Aaron Maté, 4/9/2002)

 

"Paix, prospérité et  démocratie" avec l'Amérique capitaliste?

 

Dans "Etat voyou - un guide à l'attention de la dernière super-puissance", William Blum énumère le palmarès, pas toujours connu, de l'impérialisme américain.

 

 

Depuis la seconde Guerre Mondiale, les Etats-Unis ont renversé - ou essayé de renverser - 40 gouvernements, ils ont organisé ou soutenu la répression de 30 mouvements nationalistes. Des unités spéciales d'intervention de l'armée américaine sont actives dans plus de cent pays. Après le 11 septembre, cette présence a été encore renforcée.

 

Dans les années '40, 60.000 membres du personnel militaire des Etats-Unis ont été utilisés comme cobayes pour tester, entre autres, le gaz moutarde. La plupart d'entre eux n'en étaient pas informés et n'étaient pas suivis médicalement. Ils étaient menacés de prison s'ils parlaient de ces expériences avec d'autres - leur femme, leurs parents ou leur médecin de famille.

 

Dans les années '60, les EU ont utilisé des dizaines de milliers de tonnes de matières toxiques - e.a. l'Agent Orange - pendant les guerres au Vietnam, au Laos et au Cambodge. En Corée et au Vietnam on a utilisé aussi le napalm. En 1962, les EU ont contaminé avec un virus les exportations cubaines de sucre et de dindes. En 1971, ils ont innoculé la fièvre porcine aux porcs cubains. En 1996, Cuba a été confronté à une vague d'insectes, s'attaquant au blé, aux pois et à d'autres végétaux, qui étaient immunisés contre les pesticides. Made in USA.

 

Les EU ont vendu de l'uranium appauvri - qui peut percer des chars, est indéfiniment radioactif et entraîne le cancer et d'autres maladies - e.a. à la Turquie, à l'Arabie Saoudite, au Koweit, à Israël, à la Corée et à Taïwan. En plus de l'uranium appauvri, les EU ont aussi utilisé des bombes à fragmentation pendant la guerre du Golfe en 1991. Chaque bombe à fragmentation contient  à peu près 200 bombes plus petites qui - si elles n'explosent pas toute de suite - deviennent autant de mines terrestres. Un million de ces "mines terrestres" n'ont pas explosé pendant la guerre du Golfe. 1200 Koweitiens et 400 Irakiens, des victimes civiles, ont ainsi été tués.

 

Blum dit que le CIA a été impliquée dans 36 tentatives d'assassinat depuis la seconde guerre mondiale. Parmi ceux qui ont été visés: Che Guevara, Nasser, Castro, Saddam Hussein, Milosevic et même Charles de Gaulle en 1965.

 

Blum considère plusieurs généraux et présidents américains comme des "criminels de guerre". Entre autres Ronald Reagan, pour "8 années de mort, de destruction et de tortures et d'écrasement de l'espoir des peuples au Salvador, au Guatémala, au Nicaragua et à Grenade; pour le bombardement du Liban, de la Libye et de l'Iran. Il l'a peut-être oublié, mais le monde ne le pourra pas. Les EU ont été les seuls à s'opposer à une résolution des Nations-Unies appelant au respect du droit international. C'était probablement une réponse à leur condamnation par la Cour Internationale pour "usage illégal de la violence au Nicaragua".

 

Les EU sont un havre pour les terroristes d'état du Guatemala, du Salvador, d'Haïti, du Chili, d'Argentine, du Cambodge, d'Indonésie, etc. En 1979, sous la présidence de l'actuel prix Nobel de la paix Jimmy Carter, les EU ont commencé à soutenir les Moudjahiddines fondamentalistes (dont Ben Laden est issu) en Afghanistan. Il s'agissait de faire contrepoid à la menace soviétique. A la question du Nouvel Observateur qui lui demandait en 1998 s'il ne regrettait pas d'avoir soutenu des groupements souvent terroristes, le conseiller à la Sécurité de Carter, Zbigniew Brzezinski, répondit ceci: "Comment ça, des regrets? C'était une idée géniale."

 

La "School of the Americas" (SOA) - L'Ecole des Amériques - à formé des dizaines de milliers de cadres de l'armée et de la police en Amérique Latine à la répression des insurrections populaires, à la récolte de renseignements militaires, à des opérations de commando, etc. Sous la pression externe, le Pentagone a rendu publics les manuels en espagnol que le SOA a utilisés jusqu'en 1991. Les techniques recommandées contre les adversaires qui minent la loi et l'ordre: la torture, les exécutions sommaires, le chantage et l'arrestation des membres de la famille des suspects.

 

 

La guerre du Golfe en 1991

 

Saddam a cru que le soutien américain lui était acquis une fois pour toutes. Quand il a envahi le Koweit en 1990, le dictateur irakien pensait que rien de fâcheux ne pouvait lui arriver.

 

Le 2 août 1990 il envahit le Koweit, un état voisin riche en pétrole. Le koweit refusait de limiter sa production pétrolière, ce qui poussait les prix à la baisse. La valeur des exportations irakiennes de pétrole est tombée de 26 milliards de dollars en 1980 à 14 milliards en 1989. En outre, la guerre avec l’Iran (80-88) avait coûté des montagnes d’argent, l’économie irakienne avait régressé et la dette extérieure avait augmenté. Saddam, par son invasion, a voulu aussi éviter une crise politique.

 

Les prix du pétrole passèrent de 21 dollars le barril, au début de la crise, à 40 dollars à la veille de la guerre. Exxon, Mobil, Texaco et Shell virent leurs bénéfices s'envoler. La guerre du Golfe a commencé en janvier 1991.

Le Conseil de Sécurité des Nations-Unies avait voté 12 résolutions condamnant « l’agression » irakienne. Saddam n'avait pourtant rien fait d'autre que ce que les puissances coloniales avaient fait avant lui ces cent dernières années.

 

Les Etats-Unis ont réussi à mettre sur pied une large coalition. Les financiers les plus importants de l’effort de guerre ont été l’Arabie Saoudite, le koweit, le Japon et quelques autres pays : ils ont mis sur la table 50 milliards de dollars. En Belgique, le patronat a mis la crise à profit pour remettre en cause l’index (adaptation des salaires au coût de la vie ).

 

L’opération « Tempête du Désert » a été la plus grande offensive aérienne de l’histoire. La coalition autour des Etats-Unis enregistra quelque 110.000 vols et effectua des « bombardements chirurgicaux » (dont la précision n'était pas toujours « chirurgicale »). Ce qui se déroula parfaitement selon le plan en revanche, ce fut l’anéantissement non seulement d’objectifs militaires, mais aussi de centrales électriques, de raffineries de pétrole et de réseaux de transport. Le manque d’électricité entraîna des problèmes d’approvisionnement en eau potable. Cela entraîna des maladies telles que la diarrhée et la dessication qui sont depuis peu la principale cause, loin devant la faim, de la mortalité infantile en Irak (voir cadre ci-dessous sur les effets de l’embargo).

 

Les Etats-Unis utilisent la destruction des infrastructures comme moyen de chantage. Le Washington Post a rapporté les propos d'une source militaire : " Saddam, quand tu seras d’accord avec ceci et cela, nous permettrons qu'on vienne rétablir ton électricité" (Iraq  sanctions : Humanitarian Implications and Options for the Future, Global Policy Forum et 11 ONG, 6/8/2002).

 

Plus de 100.000 irakiens sont morts pendant l’offensive terrestre. Les Etats-Unis, au moyen d’émissions de radio en arabe, ont appelé les kurdes et les Chiites à se soulever contre Saddam. Mais quand ce soulèvement a réellement eu lieu, les Etats-Unis ont laissé Saddam écraser le soulèvement dans le sang. Les Etats-Unis avaient des craintes quant au régime qui succéderait au dictateur. Les USA ont donc délibérément maintenu Saddam en selle afin d'éviter une partition de l’Irak. Les kurdes opprimés auraient revendiqué leurs droits nationaux, ce que la Turquie, alliée des USA, n’aurait pas accepté. En outre, le basculement des Chiites (65% des Irakiens) dans l'orbite de l’Iran aurait pu renforcer les fondamentalistes musulmans dans la région.

 

En avril 1991 on a conclu un cessez-le-feu. Les Nations-Unies imposèrent à l’Irak un programme de paiement de dommages de guerre afin de dédommager les sheiks milliardaires du Koweit, mais aussi afin de pouvoir procéder à des inspections en désarmement et de couvrir les dépenses des Nations-Unies. A cette fin l’Irak devait livrer gratuitement environ 1/3 de ses revenus pétroliers. De l'argent qui fera cruellement défaut pour la reconstruction du pays.

 

En 1993 et en 1996, les USA ont effectué des attaques aériennes contre l’Irak, en raison du non-respect des mesures des Nations-Unies. En décembre 1998, les inspecteurs de l'ONU ont été expulsés pour des faits d’espionnage commis par des membres américains de la délégation. Rolf Ekeus, l'ancien chef des inspecteurs en désarmement des Nations-Unies (de 1991 à 1997) a affirmé que les USA ont plusieurs fois essayé de déclencher une action militaire directe et qu’ils cherchaient à savoir où résidait Saddam. Après l’expulsion des inspecteurs, les USA ont bombardé le pays sans interruption pendant quatre jours. 

 

Les conséquences de l’embargo des USA

 

 

Immédiatement après l’invasion irakienne, les Nations-Unies décrétèrent un embargo commercial contre l’Irak. Une tragédie inimaginable s'ensuivit. On ne punissait pas Saddam, mais bien le peuple irakien à sa place.  

 

En 1996, l’Organisation Mondiale de la Santé a publié les taux de mortalité infantile en Irak : "Si on compare la mortalité à la naissance et celle des enfants de moins de 5 ans dans la période d'avant la guerre (1988-1989) avec celle qui suit l'introduction des sanctions (à partir de 1990), on constate qu'elle a depuis lors doublé dans le premier cas et sextuplé dans le second cas". Ces chiffres parlent d'eux-mêmes.

 

En mai 1996 on a introduit le programme « pétrole contre nourriture ». Sous la pression de critiques de plus en plus vives contre l’embargo, l’Irak fut autorisé à utiliser une partie de ses revenus pétroliers pour acheter de la nourriture et des médicaments. Ceci ne permettait pas de reconstruire l’infrastructure irakienne ni de remédier aux carences de l'approvisionnement en électricité et en eau, coresponsable de 70% de la mortalité infantile. L’économie ne pouvait se rétablir. Les USA et la Grande-Bretagne continuaient à s'opposer à la levée de l’embargo.

 

En mars 1999 un « groupe humanitaire » du Conseil de Sécurité des Nations-Unies produit un rapport sur la catastrophe en Irak : “ Il y a un vif contraste entre la situation d'avant 1990-1991 et maintenant : les taux de mortalité infantile en Irak sont maintenant parmi les plus élevés au monde, le manque de poids à la naissance touche 23% des enfants, 25% des enfants de moins de 5 ans souffrent de sous-alimentation chronique, 41% seulement de la population a régulièrement accès à l’eau potable et 83% des écoles ont besoin d’importantes rénovations.”

 

Des rapports d’organisations d’aide spécialisées, e.a. des Nations-Unies elles mêmes, estiment que 400.000 à 500.000 enfants sont morts des suites de l’embargo. Deux coordinateurs humanitaires des Nations-Unies, Dennis Holliday et Hans von Sponeck, ont remis leur démission quand ils ont été confrontés sur le terrain à ces conséquences catastrophiques.

 

Le « groupe humanitaire » des Nations-Unies a également signalé « une hausse de la criminalité juvénile, de la mendicité et de la prostitution, de l’anxiété devant l’avenir et de l’absence de motivation, un sentiment croissant d’isolement, nourri par l’absence de contact avec le monde extérieur, le développement d’une économie parallèle pénétrée par des éléments criminels, l’appauvrissement culturel et scientifique, la désintégration de la vie de famille. L’Organisation mondiale de la Santé a indiqué que l’hospitalisation de gens souffrant de problèmes psychiques a augmenté de 157% entre 1990 et 1998. Selon Hans von Sponeck, 55% des Irakiens vivent en-dessous du seuil de pauvreté.   

 

Les USA et La Grande-Bretagne ont continué de maintenir l’embargo, en usant de leur droit de veto au Conseil de Sécurité de l’ONU. Ils considèrent que c’est le moyen de mettre Saddam sous pression, mais l’embargo n’a fait que renforcer Saddam. Les critiques et les organisations humanitaires qui se plaignaient de la situation furent taxés d’ignorance et même accusés de complicité avec l’Irak. Madeleine Albright, ex-représentante des USA à l’ONU, a déclaré à l'émission télévisée « 60 Minutes » à propos du maintien de l’embargo : “Je pense que c’est un choix très difficile mais, pour ce qui est du prix à payer, nous pensons qu'il en vaut la peine”.

 

(Sources : Sanctions contre l’Irak : implications humanitaires et options pour l’avenir. Forum de politique globale et 11 ONG, 6/8/2002 ; Hans von Sponeck, colloque européen, Bruxelles, 25/9/2002)

 

 

B. Une nouvelle guerre du Golfe

 

G.W.Bush et une nouvelle guerre contre l’Irak

 

Bush, le président des USA, met actuellement tout en oeuvre pour mener sa guerre contre l’Irak. Bush essaie d’atteler à son char de guerre l’ONU, qui n’est rien  d'autre qu’un “machin” (comme disait de Gaulle), où on “parlemente”, dominé par quelques grandes puissances et leurs “valets” corrompus du “Tiers-Monde”. S’il obtenait l'aval de l’ONU, “un rideau légal de fumée” dressé devant les yeux de la "communauté internationale", il pourrait plus facilement vendre sa guerre aux travailleurs américains. Mais il est prêt à y aller seul s'il le faut.

 

Le Congrès américain a entre-temps autorisé Bush à “employer la force” contre l’Irak. Les démocrates soi-disant "progressistes" (en réalité l’instrument un peu moins dur du big business américain) ne voulaient pas apparaître moins “patriotes”que le Président à l'approche des élections législatives de novembre… qu'ils ont quand-même perdues. Entre-temps, on amène des troupes et des engins de guerre au Qatar. On parle du commencement de la guerre en hiver parce que les soldats américains pourront alors utiliser leurs lourdes tenues protectrices contre les armes biologiques et chimiques.

 

Le gouvernement américain ne peut plus compter maintenant sur une large coopération internationale, comme ce fut le cas lors de la guerre du Golfe en 1991, lors de la guerre de l’OTAN contre le dictateur serbe Milosevic en 1999 et lors de la guerre contre les Talibans en Afghanistan. Il ne dispose pas non plus, pour déclencher une guerre, d'un prétexte en or comme jadis l’invasion du Koweit, l’oppression des Kosovars ou les attentats du 11 septembre 2001.

 

Au fond, la guerre projetée contre l’Irak est la première “application pratique” de la nouvelle stratégie “d’attaques préventives”. Depuis le 11 septembre, la “dissuasion” ne fonctionnerait plus et les USA doivent donc éliminer, avant qu’ils n’agissent, les états-voyous et les terroristes. Le nouveau Manifeste de la Sécurité nationale de Bush se focalise sur cette idée maîtresse. Les conséquences d’une telle stratégie et d’une nouvelle guerre du Golfe sont imprévisibles. La question se pose alors : pourquoi Bush s'obstine-t-il à vouloir rentrer dedans avec toute sa force de frappe?

 

Depuis le 11 septembre, la politique étrangère des USA est placée sous le signe de la “guerre contre le terrorisme”. Bush a été élu dans des conditions plus que douteuses. Les couches pauvres de la population en particulier voyaient en Bush une marionnette des patrons et des riches. Depuis le 11 septembre cependant, ce président tiré à quatre épingles jouit d’une popularité inimaginable. Il a utilisé le traumatisme de la population pour rétablir le prestige de la classe dominante américaine.

 

Le gouvernement Bush a remporté une victoire rapide sur les Talibans afghans, le régime islamique fondamentaliste qui protégeait les principaux suspects des attentats du 11 septembre, à savoir Oussama Ben Laden et son réseau terroriste Al Qaeda. Dans d’autres régions du monde encore, les USA ont profité de la situation pour mettre des gouvernements à leur botte et pour envoyer des “conseillers militaires”- Ce fut le cas en Colombie, en Indonésie, en Géorgie, au Yémen, aux Philippines…

 

Les USA ont abusé du 11 septembre pour confirmer et renforcer leur position d'unique superpuissance au monde. Sur le front intérieur, on a renforcé les prérogatives des services de sécurité qui peuvent épier d'encore plus près la population des USA. Quelque 1200 personnes d’origine arabe ont été arrêtées, sans que quiconque puisse savoir où on les détenait, sans aucune garantie pour les droits de la défense. Le budget de la Défense sera vers 2007 de 58% plus élevé qu'en 2000, et ce aux dépens des acquis sociaux de la population. A l’étranger, la politique unilatérale de l’impérialisme US sous la “direction“ de Bush jr a été confirmée. Ce dernier a rompu avec la méthode de Clinton qui ne négligeait pas les ressources de la diplomatie pour promouvoir les intérêts capitalistes US à l’étranger.

 

Bush a rejeté unilatéralement les normes écologiques de Kyoto: elles étaient de fait désavantageuses pour l’industrie américaine. Il a dénoncé les traités antimissiles: les USA veulent encore pouvoir utiliser des missiles dans le cadre de leur “bouclier antimissiles" et ils veulent tester des armes nucléaires tactiques capables d'atteindre les dépots d’armes de destruction massive. Bush ne veut pas reconnaître non plus la Cour pénale internationale (CPI) qui juge les crimes contre l’humanité. Le Congrès américain a même voté la “Loi d’invasion de La Haye” qui autorise les USA à intervenir pour tirer les “héros de guerre” américains des griffes de la CPI! Le récent accord avec la Russie, qui vise le démantèlement des 2/3 des armes nucléaires des deux pays, laisse toute latitude de les réutiliser ultérieurement.

 

Après le 11 septembre, les USA entendent désormais utiliser leur superpuissance militaire pour écarter tout qui leur ferait de l'ombre sur la scène internationale. C’est une stratégie de “guerre permanente” contre tout ce qui contrecarre les intérêts des entreprises américaines et de leurs représentants politiques. Les faucons droitiers ne cachent pas qu’après l’Irak ils “ régleront leur compte” à l’Iran, à la Syrie,… Cette entreprise extrêmement risquée, ils la nomment “démocratisation du Moyen-Orient”. Dans ces milieux on rêve d’un "nouvel empire américain" : une utopie droitière dangereuse qui fait des USA le policier hypocrite de la planète.

 

Voici pour donner une idée des rapports de force militaires : la récente augmentation du budget de la défense US  - 45 milliards de dollars – équivaut à elle seule au budget total que la Russie consacre à la défense! Les USA dépensent en armement autant que l'ensemble des 15 pays qui les suivent par ordre décroissant. La technologie militaire européenne ne soutient pas la comparaison avec celle des USA, ce qui cantonne l'Europe dans un rôle d'auxilliaire des USA. D'après un rapport de l'OTAN, l'Europe est à la traîne des USA dans plus de 50 domaines.

 

Après la rapide victoire sur les Talibans et le soutien relatif de la population, Bush veut maintenant utiliser sa superpuissance pour régler de vieux comptes. On menace ouvertement le dictateur irakien Saddam Hussein "d'un changement de régime". Depuis la guerre du Golfe en 1991, Saddam est comme une épine douloureuse dans le pied de l’impérialisme US. Bush veut profiter de l'occasion pour éliminer définitivement un facteur d'instabilité dans une région d’importance fondamentale, le Moyen-Orient.

 

La politique de Bush est dictée par le besoin de prestige – terminer le travail des années 90 – et par la volonté d’obtenir le contrôle stratégique des réserves pétrolières de la région. Le vice-président Cheney ne mâche pas ses mots: «On peut s'attendre à ce que Saddam Hussein, qui possède un arsenal d’armes terrifiantes (lire ci-après sur ce qu'il en est) et contrôle 10% des réserves mondiales de pétrole, essaye de dominer tout le Moyen-Orient et de s’emparer du contrôle d’une grande partie des réserves mondiales d’énergie. Il menacera directement les amis des USA dans la région et il soumettra les USA et d’autres nations au chantage nucléaire. ( New York Times, 24.08.02 ).

 

Il y a d’ailleurs des indications que, dès avant le 11 septembre 2001 et même avant l'élection de Bush, le cabinet Bush planifiait déjà un "changement de régime" en Irak. Un plan non rendu public, dévoilé par le Sunday Herald du 15/09/2002, dessine les lignes d’une "Pax Americana" universelle. Ce document a été rédigé par les têtes pensantes néo-conservatrices du « Projet pour le nouveau Siècle américain » et commandité par Dick Cheney (actuel vice-président), Donald Rumsfeld (ministre de la Défense), Paul Wolfowitz (bras droit de Rumsfeld), Jeb Bush (plus jeune frère du président) et Lewis libby (cabinet de Cheney).

 

Ce plan plaide pour le contrôle militaire de la région du Golfe: « Bien que le conflit non résolu avec l’Irak en constitue la justification immédiate, la nécessité d’une présence militaire américaine considérable dans le Golfe dépasse la question du régime de Saddam Hussein». Le plan recommande une suprématie totale des USA en vue d'empêcher l'émergence de puissances mondiales ou régionales concurrentes. les auteurs du plan assignent aux USA la "mission centrale" de "guerroyer victorieusement sur plusieurs fronts à la fois". L’Iran est considéré comme "étant potentiellement une menace aussi importante que l'Irak pour les intérêts américains". Le plan parle de "guerres dans l’espace et peut-être dans le monde des microbes". "Des formes élaborées de guerre biologique capables d'atteindre des génotypes spécifiques peuvent sortir la guerre biologique de la sphère de la terreur pour en faire un instrument politiquement utile".

 

La population irakienne, et avec elle le reste du monde, est avertie. Le député travailliste britannique Tam Dalyell a qualifié tout cela de « remue-méninges de droite", "d'hommes épris de l’idée de guerre sans en avoir jamais vu une. Des hommes comme Cheney, qui s’est soustrait à ses obligations militaires au moment de la guerre du Vietnam" (Sunday Heralt, 15/09/2002).

 

 

Les Intérêts pétroliers au Moyen Orient

 

 L’importance du pétrole dans cette région est plus qu’évidente. En effet, 63% des réserves mondiales de pétrole se trouvent là-bas. En 1999, le général américain Anthony Zinni a déclaré devant le congrès que la région du golfe avec ses immenses réserves de pétrole est « d’importance vitale » pour les USA et que ceux ci doivent avoir « libre accès aux sources d’énergie de la région » (Irak Sanctions, Global Policy Forum et 11 ONG, 06/08/2002). Depuis la deuxième guerre mondiale, c’est le but stratégique principal des USA. Assurer un accès bon marché au pétrole est d’une importance absolument cruciale pour les multinationales de l’Ouest.

 

Depuis la seconde guerre mondiale, la collaboration avec la maison royale dictatoriale d’Arabie Saoudite garantit un règlement de la production et des prix du pétrole favorables au marché américain et aux multinationales. L’Arabie saoudite possède 25% des réserves mondiales de pétrole et en est aussi le plus grand producteur. En échange les USA ont offert leur protection à la dictature.

 

Le régime religieux en Arabie saoudite repose cependant sur des fondements peu surs. Le pire scénario possible serait la prise du pouvoir par des musulmans fondamentalistes hostiles aux USA. En outre, nombreux ont été les acteurs de l’attentat du 11 septembre 2001 qui proviennent d’Arabie saoudite. Les stratèges américains cherchent une alternative pour le cas où ce scénario cauchemardesque devenait réalité. L’Irak avec 11% des réserves pétrolières mondiales (potentiellement le deuxième producteur après l’Arabie saoudite) serait un remplaçant non sans intérêt, beaucoup plus intéressant que le pétrole russe ou d'Afrique occidentale (que les USA convoitent aussi). Bien que cela durera sans doute des années avant de rendre l’Irak économiquement rentable, les dirigeants américains sont prêts pour une nouvelle guerre dévastatrice. Le coût de la reconstruction de l’Irak est estimé à 150 milliards de dollars. On a promis 20 milliards de dollars en Afghanistan, mais seulement une petite partie de cette somme a été mise sur la table.

 

Il faut néanmoins savoir que, selon des spécialistes du secteur, « il n’y a pas une entreprise pétrolière qui ne convoite les richesses de l’Irak. » ( Washington Post 15/09/2002). Selon des connaisseurs, l’Irak disposerait encore de réserves pétrolières supplémentaires, pas encore découvertes. Ces réserves pourraient doubler le potentiel actuel, si on peut à nouveau effectuer une prospection sérieuse. Le pétrole irakien est de haute qualité et est produit à bon marché, ce qui est très rentable. De plus, l’Irak dispose de réserves de gaz. Ce n’est donc pas un hasard si les USA et la Grande Bretagne, qui abritent aujourd’hui les plus grandes multinationales de la planète, sont de tels fanatiques de l’embargo : les prix demeurent élevés et la concurrence qui s’intéresse à l’Irak est écartée.       

 

Dans les négociations au conseil de sécurité de l’ONU, les intérêts pétroliers de la Russie, de la Chine et de la France jouent un rôle de premier ordre. Ces pays sont en effet inquiets à propos de leurs contrats pétroliers avec l’Irak, en cas d’une invasion du pays par les USA et par ceux qui les suivent, et dans le cas de l’installation d’un nouveau régime. L’ancien directeur de la CIA, James Woolsey, n’a pas peur d’exprimer sa joie devant cette situation : «  La France et la Russie ont des entreprises et des intérêts pétroliers. Nous devons leur faire croire que s’ils collaborent en Irak nous ferons de notre mieux pour assurer que ce nouveau régime et les entreprises américaines collaborent étroitement avec elles. ( Washington Post, 15/09/2002). Si ces deux pays ne collaborent pas, ils peuvent faire une croix, selon Woolsey, sur leurs contrats pétroliers. De nombreuses entreprises pétrolières non américaines ont déjà eu des rencontres avec l’opposition irakienne, pour s’assurer une part du gâteau. Chalabi est le chef de cette opposition. Il est l’homme de paille de la CIA, il est banquier et a été condamné, en Jordanie à 20 ans d’emprisonnement pour fraude. Selon lui, les réserves pétrolières irakiennes doivent être mises aux mains d’un consortium présidé par les USA. L’opposition irakienne (le congrès national irakien), dont Chalabi est le chef, ne peut bénéficier de la confiance des travailleurs et des paysans pauvres irakiens. 

 

En échange d'une résolution onusienne sévère contre Saddam, la Russie exige de pouvoir exécuter ses contrats pétroliers avec l'Irak, que ses emprunts à l'Irak d'avant 1991 (quelque 8 milliards de dollars) soient remboursés par un nouveau régime et que les Etats-Unis ferment les yeux sur la sale guerre en Tchétchénie. Le Lukoil russe a obtenu un nouveau contrat d'une valeur de 4 milliards de dollars pour exploiter le gisement de pétrole 'Qoerna-occidental' en Irak du Sud. A cause des sanctions, il n'a pas encore pu commencer. Lukoil est à 14 pc aux mains de l'état russe. Le Slavneft russe a également conclu un contrat pétrolier d'une valeur de 52 millions de dollars avec l'Irak.

 

Le TotalFina français a acquis les droits d'exploitation du vaste gisement Majnoen. Le China National Petroleum Company avait également conclu un contrat. Les dirigeants chinois semblent être prêts à accepter la politique américaine en Irak, si les américains laissent la Chine opprimer le Tibet.

 

Des entreprises pétrolières américaines et anglaises ont peur que leurs concurrents construisent un avantage à long terme en collaborant avec l'Irak. Ou comme le grand patron de Chevron, Kenneth T.Derr, l’a posé lors d’un discours devant le Commenwealth Club of San Fransisco : “ L’Irak dispose d’énormes réserves de gaz et de pétrole. Je trouverai fantastique si Chevron y avait accès. ” (Iraq Sanctions, ibid.) Le chef s’exprimait fortement en faveur du maintien des sanctions- sans doute en comptant sur les bons soins de G.W.Bush en cas de “ victoire ” contre l’Irak. Comme l’écrivent les auteurs du rapport mentionné ci-dessus : “ Une intervention directe par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne est un pari alléchant, mais dangereux qui peut offrir à Exxon, Shell, BP et Chevron le contrôle immédiat du pétrole irakien, mais avec le risque d’une répercussion sous forme d’une explosion politique régionale. ” (Iraq Sanctions, Global Policy Forum et 11 ong, 6/8/2002)

 

Aussi les élections en novembre doivent avoir joué un rôle important concernant l’attaque en Irak. Dans une situation de crise économique qui fait souffrir de plus en plus d’Américains, la guerre en Irak est aussi une tentative cynique de réunir la “ nation ” divisée face à un ennemi étranger (surestimé en importance)

 

En clair, Bush veut remplacer Saddam par un dirigeant prêt à appliquer la politique des pays capitalistes économiquement dominants. La question pour eux est maintenant de savoir si la guerre n’apportera pas davantage de problèmes au capitalisme mondial.

 

l’administration Bush et les grandes entreprises

 

 

Des compagnies distributrices d’énergie soutiennent la campagne Bush/Cheney. En fait, il s’agit de «leur» gouvernement : en effet aussi bien Bush que Cheney ont travaillé pour les sociétés pétrolières et distributrices d’énergie.

 

L’industrie militaire est aussi représentée de façon excellente par ce gouvernement.   Bush siége au conseil d’administration de «Carlyle Group» qui est spécialisé dans le commerce des contrats de défense et de privatisation. Plus de guerre signifie plus d’argent pour Carlyle et donc pour Bush. Halliburton, l’ancienne entreprise de Cheney, et sa firme alliée «Kellog Brown & Root» fournissent des services militaires à l’armée américaine partout dans le monde. Avec des accords politiques douteux, ces firmes ont construit des pistes d’attérissage, des chemins de fer, des ports et des bases militaires au Vietnam, ensuite ils ont livré les mêmes services au Zaïre, en Haïti, en Somalie, au Kosovo et en Afghanistan.

 

Juste avant les élections de 2000, Halliburton a donné à Cheney une prime de pension de 36 millions de dollars, pour bénéficier ainsi des services que celui-ci pourrait lui livrer une fois qu’il ferait parti de l’administration. (Global Eye-Brass in pocket, Chris Floyd, Moscow Times, oct. 2002).

 

Comme Cheney était responsable pour la privatisation des services militaires en tant que ministre de la défense pendant l’administration de Bush Senior, les entreprises amies ne pouvaient pas rester à l’arrière-plan.  Dans cette période Brown & Root a obtenu des contrats pour la somme de 2.5 milliards de dollars.  Beaucoup des ces contrats ont été obtenus quand Cheney faisait parti de la direction de la maison mère, Halliburton; c’était du self-service financier.

 

Les Etats-Unis veulent aussi préserver leurs intérêts agricoles.  Par exemple avant la guerre du Golfe en ’91, l’Irak était un marché important pour le riz américain. Jusqu’à 20% de ce riz était vendu à l’Irak dans les années ’80.  En ’88 et en ‘89, ce pays en était le consommateur principal.  Récemment, ce pourcentage est descendu jusqu’ à zéro. Dans la deuxième partie des années ’80 les Etats-Unis ont encore vendu de la nourriture pour un montant de 4 milliards de dollars.  Un changement de régime et la fin des sanctions ouvriraient à nouveau ce marché lucratif.

 

Bien que le prestige d’imposer un ordre mondial, dominé par les Etats-Unis et le contrôle stratégique des réserves pétrolières sont les raisons principales pour attaquer l’Irak, les intérêts personnels des individus comme Bush et Cheney dans l’industrie militaire et pétrolière jouent sans aucun doute un rôle dans la position agressive de l’impérialisme des Etats-Unis.     

           

 

Saddam, ne constitue-t-il pas une menace ?

 

Saddam Hussein est certainement l'un des dictateurs les moins scrupuleux de l’après-guerre. La torture, les exécutions, les attaques au gaz toxique, la guerre, bref le sadisme de ce dictateur semble illimité.

Mais nous pensons que ceci n’est pas la véritable raison de l’invasion de l'Irak par cet autre état bandit qui est les Etats-Unis. En effet ces derniers veulent uniquement substituer une dictature par une autre défendant au mieux leurs intérêts. Dans le meilleur des cas, la situation sera embellie par des élections cosmétiques, comme au Pakistan aujourd’hui.  Selon LSP/MAS, c'est aux travailleurs irakiens et à sa population opprimée de renverser Saddam.

 

La possession présomptive (ou la production) d’armes biologiques, chimiques ou nucléaires, liée à l’aide au terrorisme international est la raison officielle pour exiger un changement de régime. Qu’est-ce qu’il en est en réalité ?

 

Il est remarquable que les personnes dirigeantes des inspections d’armement nient le danger que représente Saddam.  Scott Ritter, inspecteur pour les Nations-Unis entre ’91 et ’97 en Irak, considère qu’en décembre ’98, 90 à 95% de la capacité d’armes de destruction massive de l’Irak avait été détruite.  «Nous avons détruit toutes les usines, tous les moyens de production». Ritter affirme que certaines armes n’ont pas pu être découvertes, mais que chaque tentative pour recommencer la production d’armes ou d’en tester serait immédiatement remarquée par des appareillages spécialisés. Le sénateur Bob Graham, président du comité des services d’intelligence du sénat aux Etats-Unis, affirme au journal USA Today (14 mai 2002) que «basé sur les briefings des services de sécurité, Saddam Hussein n’est pas au point de produire des armes de destruction massive. » 

 

Les explications des spécialistes sur le terrain contredisent la manipulation de l’opinion publique par Bush et Blair.  En relation avec un discours récent de Bush, l’agence internationale de l’énergie atomique (la IAEA) déclare qu’il n’y avait pas de rapport de sa part affirmant  que l’Irak n’est plus qu’à 6 mois de la production d’armes nucléaires.  Bush s'y était référé erronément.  Au contraire, en octobre ’98 la IAEA  affirmait qu’il n’y avait pas d’indication qu’il y avait encore de preuve pratique de  production d’armes nucléaires prête à être utiliser.  (Washington Times, 30 Sept. 2002)   Cette agence prétend aussi, après les inspections, que les bâtiments clefs et le matériel essentiel avaient été détruits.

 

De plus, il y a des indications que l’administration Bush met pression sur la CIA et le FBI pour inventer des preuves.  « Des informations fondamentalement fabriquées surgissent dans les déclarations de représentants haut placés des Etats-Unis, sur cela il y a beaucoup de mécontentement  au sein des services de sécurité, surtout parmi des analystes de la CIA », affirme Vincent Cannistraro, ancien cadre supérieur de la CIA. (The Guardian, 9 Oct 2002) Dans des témoignages anonymes de membres des services de sécurité dans le journal britannique “The Guardian”, le lien entre Al-Qaeda et l’Irak est considéré comme une absurdité.

 

Au fond, Bush et Blair veulent s’engager dans une guerre uniquement sur base d’une menace supposée dans l’avenir, pour laquelle il n’y a pas de preuves convaincantes, selon les spécialistes sur le terrain. Même parmi la bourgeoisie, il y a des doutes quant à la légitimité de la ligne agressive suivie par Bush.  « On peut se poser la question si dire à un homme, de qui on pense qu’il possède des armes biologiques, qu’on va le tuer est vraiment la meilleure façon de procéder. Est-ce que Bush attaquera aussi l’Iran, la Syrie et la Corée du Nord après avoir liquidé l’Irak ? », ce sont des questions posées dans un article d’opinion de Robin Wright  dans le Financial Times.  Et sur le même ton terrifiant il continue : « Faire de la guerre une façon usuelle de réunir des données a des inconvénients évidents. »

 

Même 3 ex-généraux à quatre étoiles des Etats-Unis expriment ouvertement leurs doutes quant à la politique de Bush.  John Shalikashvili (ex-président des Joints Chiefs of Staff), Wesley Clark (ex-commandant militaire de l’ONU) et Joseph Hoar (ex-président du Commandement Central des Etats-Unis) se demandent: « Pourquoi se presser autant ?  (…) Il n’y a rien qui fait supposer qu’une arme nucléaire sera lancée contre nos propres forces ou contre nos alliés dans la région dans les heures, jours,…à venir » (International Tribune, 28 sept. 2002).

     

 

Quelles seraient les conséquences d’une guerre ?

Des milliers d'innocents qui souffrent déjà suite à la destruction de l’infrastructure et des sanctions économiques imposées en Irak  (qui dérangent peu Saddam) mourront dans ce conflit. La population arabe, partout dans le Moyen-Orient “s’ébouillantera”. Bush sous estime cette conséquence à cause du calme relatif suite au conflit israëlo-palestinien  et à la guerre en Afghanistan. Les Américains protègent l’assassin Sharon (pensons au massacre des palestiniens à Jenine…)  Seul jusqu’en ’90, Israël a  négligé 66 résolutions des Nations-Unis. Par contre, envers Saddam, le dictateur, ils réagissent.

 

En Arabie-Saoudite – fournisseur de 25% du pétrole mondial – les fondamentalistes musulmans pourraient installer un régime hostile envers les Etats-Unis.  Une nouvelle guerre dans le Golfe fera accroître le bouillon de culture du terrorisme et du fondamentalisme musulman.  En Egypte, en Jordanie et dans d’autres pays du Moyen-Orient, des révoltes de la population pourraient renverser les régimes non démocratiques.  Pourtant, ils se prononçaient fortement contre une attaque des Etats-Unis en Irak.  Ceci ouvrirait, selon les termes d’un potentat local "les portes de l’enfer". Les régimes du Moyen-Orient ne peuvent pas se permettre un deuxième front en plus du front israëlo-palestinien.

 

Récemment, nombre de ces pays ont changé leur position. Nombre d’émirats du Golfe ont opté pour une position docile, probablement sous la forte pression des Etats-Unis, par crainte de ne pas être impliqué dans l’extraction de pétrole en Irak après la guerre, inquiets de la nécessité des accords avec les Etats-Unis dans une situation pareille. Ceci a mené en Arabie-Saoudite à des divergences d’opinion entre le roi et le prince Abdullah, ce dernier étant le réel homme fort, qui veut adopter une position plus indépendante envers les Etats-Unis. En soi, ces dissensions au sein du pouvoir sont l’expression de la pression à la base de la société. 

 

Le Quatar, la source de pétrole ennoblie, sert en ce moment comme tête de pont d’embarquement des troupes des Etats-Unis dans la région.  En novembre, on veut y abriter un centre de commandement.  L’état-major choisirait une intervention «chirurgicale » à Bagdad, mais il est fort probable que les Américains deviendront impliqués dans un conflit sanglant avec les forces d’élite de Saddam dans les villes irakiennes.  Actuellement, les Etats-Unis seraient occupés à donner une formation militaire aux milliers d'opposants irakiens à l’étranger. Si une invasion ponctuelle avec un nombre limité de troupes ne réussit pas dans un bref délai, il y a le risque d’une “mission creep” : un embarquement furtif de troupes américaines qui peut s’élever à plus de 200 000 soldats. Bien qu’une prise de pouvoir contre Saddam ne soit pas à exclure d’avance, il a perfectionné son système de répression pendant des années.

 

D’autre part, la probabilité d’une victoire rapide est sapée par le potentiel militaire de l’Irak.  Sur papier, Saddam Hussein semble beaucoup plus fort  que les Talibans en Afghanistan.  Les Talibans ne pouvaient compter que sur 45 000 forces armées.  Saddam dispose de 400 000 soldats, parmi lesquelles un quart fait parti des troupes d'élites :  La Garde Républicaine et la Garde Républicaine Spéciale.  Cette dernière unité est mieux payée et plus étroitement liée au clan privilégié des Takriti de Saddam. Elle consiste en quelques dizaines de milliers de soldats, qui peuvent se déplacer agilement à Bagdad dans le cas d’une guérilla en ville.  L’armée de Saddam n’est pas un ennemi invincible.  Elle a été affaiblie sensiblement pendant la guerre du Golfe en ’91.  Toutefois, elle était capable, à l’époque, juste après la guerre, d’écraser les insurrections des Kurdes et des Chiites.

 

S’il n’y a pas de victoire rapidement, une guerre contre l’Irak ne sera pas combattue sur le plan militaire mais sur le plan politique.  Ceci est une leçon que l’administration Bush n’a pas encore bien saisie, aveuglée par sa manifestation de force.

Le fait qu’elle pense pouvoir installer un «régime militaire transitoire »  après le renversement de Saddam, comme par exemple au Japon après la deuxième guerre mondiale, montre à quel point les stratèges politiques de Bush sont éloignés de la réalité.  On ne peut pas imposer un embargo sur une population qui a mené dans les faits  à un génocide criminel et s’attendre à être reçu  comme «libérateur ». Les Etats-Unis veulent uniquement installer un gouvernement fantoche dans la région.

En Afghanistan, la Charia est toujours en vigueur sous Karzai, une version plus légère (on pend moins longtemps en public) et il y a seulement une façade démocratique  très fine sous le contrôle des chefs guerriers.

 

Il y a déjà eu des protestations importantes contre la guerre à l’heure actuelle, comme à Londres, aux Etats-Unis, en Italie et en Australie. Quand les sacs funèbres des soldats américains débarqueront sur le sol de la patrie, ces protestations deviendront encore plus massives, c’est dans les rues de Washington, Paris, Londres, Bruxelles, du Moyen-Orient etc.  que la guerre sera arrêtée.

 

C’est ce que nous devons apprendre des protestations anti-Vietnam.  Dans les années ’60, l’armée américaine n’a pas été battue au Vietnam mais aux Etats-Unis même.  Des rapports de la CIA démontraient que la poursuite de la guerre pouvait mener à des grèves massives, des manifestations etc., en quoi la bourgeoisie américaine risquait de perdre le contrôle de la situation. Ceci démontre l’importance de construire des comités anti-guerre partout dans les quartiers, dans les entreprises, dans les écoles et les universités.

 

Une augmentation des prix du pétrole aggravera énormément la crise économique.  Nous devons lier la lutte pour des emplois, des salaires et des conditions de travail solide à la lutte contre la guerre. En Europe et aux Etats-Unis même, un mouvement fort anti-guerre s’élèvera, qui pourra faire développer un courant anticapitaliste important.  Les anti-globalistes pourront trouver une place dans un tel mouvement.  Ils pourront indiquer les intérêts  capitalistes derrière cette guerre, qui tourneraient rapidement autour du pétrole, vu les effets sur les prix de celui-ci. Une guerre  en Irak pourrait changer de façon considérable les rapports de force entre la classe ouvrière partout dans le monde et les capitalistes et leurs gouvernements. Le gouvernement Bush est contrôlé par une tendance fondamentaliste qui peut causer de graves problèmes aux intérêts de tous les capitalistes.

Les travailleurs et les jeunes n’ont aucun intérêt dans une guerre en Irak. Nous devons développer nos propres instruments politiques pour mettre fin à cette catastrophe infinie que nous réserve le capitalisme mondial. Des nouveaux partis ouvriers larges qui rassemblent la résistance seraient un énorme pas en avant. En Angleterre, le lien entre les syndicats et New Labour est mis en question par une nouvelle génération de syndicalistes combatifs.  Ce chemin ne sera pas linéaire.  Une lutte massive et l’incorporation de victoires et défaites provisoires mènera des larges couches des travailleurs et jeunes dans cette direction.

 

Le développement du LSP/MAS est selon nous la meilleure garantie pour pouvoir agir dans un nouveau parti ouvrier, qui n’existe pas encore, mais qui nous permettrait de travailler en tant que courant marxiste. Nous avancerons les leçons de 150 années de lutte ouvrière.  En dialogue avec d’autres membres et courants, nous avancerons nos idées sur la crise capitaliste, sur les tactiques nécessaires pour la lutte des travailleurs et des jeunes.

 

La vraie démocratie, la démocratie socialiste, signifie des élections libres dans les entreprises, les quartiers et les écoles et l’installation d’une économie planifiée de façon démocratique. Ceci exige l’expropriation des capitalistes, une petite minorité de la population et une fin à la folie compétitive sur le dos de la classe ouvrière. Cela nécessite la possibilité de pouvoir destituer de façon permanente des représentants politiques (s’ils ne tiennent pas leurs promesses) et des représentants qui ne gagnent pas plus que le salaire moyen d’un ouvrier. Les travailleurs et les jeunes n’ont pas besoin de politiciens professionnels qui voient leur fonction comme une source pour s’enrichir. Cela signifie aussi la suppression de l’état comme un pouvoir de contrôle sur la majorité de la population et l’organisation de tous les aspects de la société par un débat commun et un vote démocratique, sur les lieux de travail, dans les écoles et les quartiers.

 

Nous pensons qu’une telle société peut uniquement être créée par le développement d’un parti socialiste de masse, qui sera un instrument indispensable pour changer le monde.  C’est pour cette raison que nous faisons parti de l’organisation internationale socialiste, le «comité pour une Internationale Ouvrière », qui a des sections dans plus de 30 pays sur tous les continents. Comme Marx le disait déjà : ‘Il y a encore «un monde à gagner’.  Toi aussi, adhère à cette lutte !

    

 

 

De l’argent pour la guerre ou pour

satisfaire les besoins de base ?

 

 

Selon le chef du Conseil National pour l'économie des USA (US National Economic Council), Lawrence Lindsey, une guerre en Irak coûtera aux Etats-Unis 200 milliards (en dollars) : ‘Ce n’est rien’, y ajoutait-il à notre grand étonnement.  Ce n’est peut-être rien pour la classe régnante américaine. Mais avec cet argent on pourrait nourrir la population irakienne, lui fournir des maisons solides, de l’électricité et de l’eau propre.  On pourrait faire diminuer la pauvreté et créer des emplois.  Combien de temps est-ce que Saddam tiendrait dans une situation pareille ?

 

Non, les entreprises d’armes peuvent s’attendre à plus des gouvernements Bush et Blair.  ‘La menace de guerre fait augmenter de façon spectaculaire les actions de Lockheed Martin, Northrop Grumman Corp et d’autres entreprises qui sont orientées sur le secteur militaire.’ (New York Times, 16 sept. 2002)       

 

 

Un programme d’action concret

 

LSP/MAS défend les revendications centrales suivantes au sein du mouvement anti-guerre :

 

- Pas de guerre pour le pétrole : stop à la machine de guerre de Bush

- Stop à l’embargo

- Pas de taxes spéciales sur l’essence, le mazout, le tabac ...

- Rétablissement intégral de l’index (réintroduction de l’essence, du mazout,...  dans l’index, suppression de l’index-santé)

- Aucune participation de la Belgique à la guerre

- Le peuple irakien doit décider lui même de son avenir, pas d’intervention des E-U, des Nations Unies, de l’Union européenne et des autres institutions capitalistes.

- Pour un gouvernement des ouvriers et des paysans en Irak qui place les besoins de la population avant les profits capitalistes.

- Pour une fédération socialiste du Moyen-Orient qui appelle les travailleurs et la jeunesse occidentaux à la solidarité de classe.


 


Nous nous opposons aux mesures d’assainissement auxquels les travailleurs et les jeunes seront soumis au nom de la guerre.  Nous appelons à la création de comités anti-guerre maintenant, lesquels peuvent être utilisés par les écoliers, les étudiants, les habitants des quartiers et les ouvriers pour mobiliser et informer contre la guerre en Irak.  

 

Que peux-tu faire avec ton comité anti-guerre?

 

- Organise dans ton école une réunion pendant le temps de récréation ou juste après l’école : développe les arguments contre une guerre et lie cette discussion à une action, par ex. une action de protestation à la maison communale. 

 

- Demande à pouvoir parler du comité anti-guerre dans ta classe ou dans ta faculté: invite si nécessaire un membre de Résistance Internationale, des Etudiants de Gauche Actifs ou de LSP/MAS pour le faire ou un autre membre de ton comité anti-guerre.  Parler soi-même vaut toujours la peine et montre que le comité est implanté localement. 

   

- - Demande à ton délégué syndical dans ton entreprise si on ne peut rien faire contre la guerre.  En Angleterre, on est en train d'organiser  des arrêts de travail  (ex: grève du 31.10.02.) Organise-toi avec tes collègues pour faire la grève le jour où la guerre éclate.  Essaie de mener la discussion avec d’autres travailleurs sur les conséquences de l'augmentation du prix du pétrole sur leur propre situation financière : à savoir de plus grands coûts pour l’essence, le mazout, plus de licenciements et la pression sur les salaires.

   

- Prépare une manifestation ou une action sur une place centrale dans ta ville ou commune le lendemain du début de la guerre.  Prends soin de l’annoncer assez à l’avance dans ton école, ton quartier, à l’université ou dans l’entreprise. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Paru dans  le Militant

Articles paru dans ‘Le Militant’ (mensuel du MAS-LSP, october 2002,n° 75): Dossier sur la guerre et le capitalisme : 1. Guerre et capitalisme sont inséparables (par Peter Delsing) et 2. Que signifie la guerre pour notre vie? (par Anja Deschoemacker) 

 

Guerre et capitalisme

sont inséparables

Depuis plus de 50 ans l'Europe occidentale n'a plus connu de guerres sur son propre territoire. Cela peut donner l'impression que la guerre appartient désormais au passé. Ou que ce serait le problème de pays lointains et «moins civilisés». Néanmoins nous vivons dans un système mondial, le capitalisme, et la «civilisation» de ce système est devenue depuis longtemps déjà une civilisation mondiale.

par Peter Delsing

La paix après la 2e guerre mondiale?

La période de prospérité relative des années ’50 et ‘60, y compris pour des couches de la classe ouvrière, qui a suivi la Deuxième Guerre mondiale n’a pas d’autre origine que l’immense champ de ruines laissé par cette guerre. Les destructions infligées par la guerre ont créé la nécessité de reconstruire.

 

De nouveaux marchés ont pu se développer, en contradiction avec la situation des années 30. La reconstruction a été royalement financée par les Etats-Unis (le Plan Marshall), un pays qui ne s'est sorti de la crise économique des années 30 que par le passage à une économie de guerre.

 

Les Etats-Unis ont imposé un système «d’économie de marché» aux pays coloniaux non-«communistes» (lisez : staliniens). Ça sonne bien, mais cela s’est fait sur base d'une exploitation brutale de la force de travail. S’il le fallait les USA n’hésitaient pas à s’appuyer sur des dictateurs (Mobutu, Pinochet, Batista,...).

 

Les matières premières et la force de travail, payées bien en-dessous de leur valeur réelle en Amérique latine, en Afrique et en Asie, ont rapporté aux multinationales occidentales des profits mirobolants. Un tel niveau de profit a permis de faire quelques concessions aux travailleurs occidentaux.

 

Les menaces de lutte ouvrière et de révolution socialiste dans les premières années d’après-guerre, la croissance économique qui a suivi les destructions de la guerre mondiale, les acquis de l'économie planifiée en Europe de l'Est et l'exploitation brutale des travailleurs et des paysans du «Tiers-Monde» ont permis un compromis temporaire sous la forme de la sécurité sociale. Et même cela n’a profité qu’à une minorité de la classe ouvrière internationale.

"Exportation des conflits”

Les guerres que le capitalisme porte en lui - comme la nuée porte l’orage - ont été entre-temps «délocalisées» vers le monde colonial ou semi-colonial en Afrique, en Asie et en Amérique latine.

 

La «décolonisation» - le renoncement au contrôle politique direct et la transition vers un contrôle indirect par le truchement de leaders capitalistes locaux - allait souvent de pair avec des guerres d'indépendance. Dans quelques pays, des mouvements de guérilla ont mis au pouvoir des régimes staliniens (Chine, Vietnam, Corée du Nord,...). C'était la conséquence de l’incapacité du mouvement ouvrier à devenir la force motrice dans la transformation de la société - ce qui ne s'est passé qu’en Russie en 1917.

 

En fait, le monde n’a cessé d’être un champ de bataille permanent après 1945 si on laisse de côté l'Europe occidentale, les Etats-Unis et l’Union soviétique. Les grandes puissances ont exporté leurs querelles mutuelles.

 

Les pays sous-développés étaient un terreau fertile pour des révolutions, des coups

d’état et des dictatures militaires - dans la mesure où ces dictatures étaient anticommunistes, elles pouvaient compter sur le soutien actif des Etats-Unis et de ses services de sécurité.

 

C’est ainsi que des fondamentalistes islamiques comme Oussama Ben Laden ont été soutenus par les Etats-Unis afin de faire contre-poids à la menace stalinienne (présentée comme “communiste”) en Asie et au Moyen-Orient.

 

L'impérialisme pourri des Etats-Unis a sur les mains le sang de centaines de milliers, sinon de millions, de travailleurs et de paysans pauvres au Chili, au Nicaragua, au Congo, en Palestine (où il soutient Sharon),...

 

La crise mondiale du capitalisme qui sévit depuis les années 70 a aiguisé les contradictions économiques et politiques. Si les ressources se raréfient, on va se les arracher.

 

Des dirigeants bourgeois, comme le Serbe Milosevic ou les ultra nationalistes croates dans l'ex-Yougoslavie, ont essayé de maintenir une base dans la société par une stratégie de diviser pour règner. Les Balkans ont connu dans les années '90 quelques guerres atroces avec la réintroduction du capitalisme.

 

En Afrique également cette sorte de barbarie nationaliste ou ethnique - ne citons que les conflits sanglants entre les Hutus et les Tutsis au Rwanda ou la guerre régionale qui ravage le Congo (avec des millions de morts) - montre de la façon la plus horrible ce qui peut arriver si la classe ouvrière ne prend pas le pouvoir pour installer une économie planifiée de façon rationelle et démocratique.

 

Derrière les slogans nationalistes ou racistes, on trouve les intérets économiques et politiques des dirigeants bourgeois qui veulent sauvegarder leur place dans un capitalisme moribond. Ils se fournissent en armes auprès de l'industrie d'armement américaine, britannique, française,... exactement comme Saddam Hussein l’avait fait dans les années '80. Les matériaux chimiques et biologiques ont été livrés par l'armée américaine.

 

Des entreprises britanniques et américaines ont remis ça récemment avec des livraisons d’armes à l'Inde - impliquée dans un conflit potentiellement nucléaire avec le Pakistan du dictateur (et allié de Bush) Musharraf.

Contre la guerre et l’exploitation!

Aujourd'hui Bush veut mener une nouvelle guerre contre Saddam Hussein pour le prestige - terminer la guerre du Golfe - et pour le contrôle stratégique des réserves pétrolières dans la région. Sous le capitalisme, il y aura sans cesse de nouvelles guerres pour les matières premières et les marchés, et pour l'influence stratégique au service des profits capitalistes - certainement dans une situation de crise aigüe de surproduction.

 

Dans une situation où le fossé entre les capacités productives de la société et le pouvoir d’achat de la classe ouvrière ne cesse de croître, des politiciens comme Bush essaient de détourner l'attention des contradictions aigües entre les classes. La guerre, qui doit «unifier la nation» est un moyen de le faire.

 

Des socialistes et des marxistes résistent contre la folie guerrière capitaliste. Des jeunes, comme lors des manifestations de masse contre la guerre du Vietnam dans les années 60, et des travailleurs, qui peuvent paralyser la production, sont les seules forces dans lesquelles nous pouvons avoir confiance.

 

Construisons un parti révolutionnaire de masse à l’échelle mondiale, un parti qui ne braquera pas ses armes sur les travailleurs et les jeunes, mais bien sur les exploiteurs capitalistes et leurs cyniques domestiques qui sacrifient les enfants des autres sur l’autel de leurs propres intérêts. Seule une société socialiste, dans laquelle les richesses sont utilisées, planifiées et gérées au service des intérêts de toute la population mondiale, pourra en finir définitivement avec la folie des guerres capitalistes.

 

 

Que signifie la guerre pour notre vie?

Il ne fait aucun doute que la guerre signifiera une catastrophe pour le peuple irakien appauvri par l’embargo. Le but de l’embargo était de renverser le régime; le résultat a été une consolidation du régime et l’assassinat de larges couches du peuple irakien, surtout parmi les pauvres.

par Anja Deschoemacker

Les classes les plus pauvres en Irak payeront le prix fort de la guerre qui vient. Et tout le Proche-Orient prendra des coups. De l’Arabie Saoudite à Israël/Palestine les brutes belliqueuses comme Sharon et les organisations fondamentalistes islamiques sont prêtes, sur base des nouveaux développements, à faire passer leurs propres intérêts avant ceux de la population.

 

Mais la population des Etats-Unis payera aussi la note. Déjà que les dépenses de défense des Etats-Unis ont fortement augmenté. C’est autant d’argent qui ne pourra pas être utilisé pour des dépenses sociales pourtant indispensables. Les Etats-Unis sont le deuxième pays, après l’Inde, en ce qui concerne le travail des enfants (en chiffres absolus). On retrouve le travail des enfants là où les salaires ne suffisent pas à financer les dépenses des familles.

 

De plus, la probabilité est grande qu’il y ait de nombreuses victimes parmi les soldats américains. Ce ne sont pas les fils des puissants qui serviront de chair à canon. Chasser Saddam du pouvoir et installer un nouveau régime à Bagdad nécessitera une intervention de longue durée.

 

Il ne s’agit ici que des conséquences directes d’une nouvelle guerre, mais les conséquences indirectes frapperont la population du monde entier. Le prix du pétrole a déjà augmenté de 10%. La Belgique n’échappera donc pas aux conséquences néfastes de la guerre.

Si la guerre ne fait pas que des victimes…

La guerre, ce n’est pas des mauvaises nouvelles pour tous. Pour les marchands d’armes et les spéculateurs, par exemple, c’est le temps des vaches grasses. Trotsky a décrit ce processus à l’époque de la première guerre mondiale comme suit:

 

"D’immenses fortunes surgirent du bain de sang. Le manque de pain et de combustible dans sa résidence n’empêcha pas le joaillier Fabergé -fournisseur attitré de la Cour impériale - d’annoncer superbement qu’il n’avait jamais fait d’aussi bonnes affaires."

 

“Personne ne craignait de trop dépenser. Une pluie d’or tombait sans arrêt. La “haute société” n’avait qu’à tendre les mains et à ouvrir ses poches pour toucher le pactole, les dames de l’aristocratie relevaient le plus haut qu’elles pouvaient leurs jupes, tous pataugeaient dans une boue sanglante - banquiers, intendants, industriels, ballerines du tsar et des grands-ducs,.... Tous se hâtaient de rafler et de bâfrer, dans l’appréhension de voir la fin de la pluie d’or, si bénie, et tous repoussaient avec indignation l’idée d’une paix prématurée.”
(Histoire de la Revolution russe, tôme 1).

 

Nous voyons déjà ce processus s’enclencher aujourd’hui avec l’adaptation à la "guerre contre le terrorisme" des bud-gets des gouvernements européens: en France comme aux Pays-Bas on veut couper forte-ment dans les dépenses sociales et les services publics afin de dépenser plus pour la défen-se et la répression.

 

Avec la crise du Népal, l’argument de l’emploi est venu sur la table. Le MAS/LSP pense effectivement qu’on ne peut pas fermer la FN comme ça, sans garantir aux travailleurs de nouveaux emplois avec des conditions identiques ou meilleures.

 

Mais lorsque les patrons mettent cet argument en avant, on doit prendre garde. La direction n’est pas du tout là pour sauver des emplois, mais bien pour encaisser les profits. Si on veut protéger l’emploi de ces gens, on ne pourra le faire qu'en s’appuyant sur la force de la classe ouvrière elle-même afin de forcer une reconversion qui ne se fasse pas au détriment des travailleurs.

..... soyez sûrs que nous en serons!

Quand la guerre éclatera, une augmentation de 50% du prix du pétrole n’est pas à exclure. Bien que la hausse du prix du brut ne fût pas la cause de la crise mondiale en 1973, elle n’en fut pas moins l’élément déclencheur, le point sur lequel la crise de surproduction a fait ouvertement sentir ses conséquences.

 

De même aujourd’hui, l’économie mondiale n’est pas en bonne santé. La crise semble de plus en plus inévitable. On peut s’attendre à une hausse du prix du brut d’une ampleur telle qu’elle va donner une poussée supplémentaire au développement d’une crise économique mondiale.

 

En 1974-75, quand la crise avait commencé en Belgique, le chômage avait doublé de 150.000 à 300.000 en un an et depuis lors on n’est jamais retombé sous ce niveau.

 

En 1993, le gouvernement chrétien-socialiste a imposé aux travailleurs, malgré une résistance massive, l’index-santé: depuis lors les salaires ne sont plus adaptés aux hausses de prix du tabac et… de l’essence!

 

Nombre de travailleurs sont obligés de se déplacer en voiture pour faire la navette entre leur domicile et leur travail. Avec la guerre, il n’est pas exclu qu’on demande un prix de 50 à 60 BF le litre à la pompe, sans que les salaires n’y soient adaptés. D’autres dépenses nécessaires de la famille devront tomber afin de pouvoir payer cette facture.

 

Pour les entreprises également une hausse du brut va avoir de sérieuses conséquences. L’inflation - et donc une baisse du pouvoir d’achat - va croître au fur et à mesure que les entreprises répercuteront la facture plus élevée de l’énergie dans le prix de leurs produits. De plus, les entreprises vont essayer de compenser la hausse du prix de l’énergie par une baisse des coûts du travail.

 

Ces conséquences de la guerre vont venir s’ajouter à une situation où il y a déjà de larges couches de gens qui sont privés des richesses de la société. En première page, on peut lire à quel point la bourgeoisie a déjà réussi a faire payer l’enrichissement d’une petite minorité de capitalistes par les couches les plus défavorisées.

 

Les va-t-en-guerre de Was-hington partent de perspectives très optimistes. Il ne s’agira pourtant pas seulement de payer le coût de la guerre, mais également celui de la recon-struction de l’Irak. On a vu que les capitalistes mondiaux n’étaient pas pressés de s’atteler au travail de reconstruction. Malgré toutes les promesses, les anciennes régions en guerre comme la Bosnie-Herzégovine, le Kosovo, l’Afghanistan,… n’ont vu venir que des sommes dérisoires

 

Laisser l’Irak (potentiellement le deuxième producteur de pétrol) en friche, c’est déjà plus difficile, surtout si l’Arabie Saoudite (le premier producteur de pétrole) devait basculer dans le camp anti-américain. Les Etats-Unis s’imaginent peut-être qu’ils vont pouvoir rapidement faire rentrer les choses en ordre, mais ils sous-estiment la haine énorme de la population arabe vis-à-vis de l’impérialisme américain.

 

Si l’Arabie Saoudite et l’Irak devaient poser de graves problèmes, nous irons inévitablement vers un nouveau crash des bourses. La crise économique mondiale qui est déjà à l’oeuvre pourrait atteindre le niveau de la crise de 1929.

 

L’écrivain américain Charles Bukowski a décrit dans son livre Ham on Rye comment le petit garçon qu’il était a vécu la Grande Dépression dans le quartier ouvrier où il habitait: tout le monde était sans emploi et ne devait sa survie qu’aux paquets de nourriture pour lesquels on devait faire la file.

 

Que faire?

 

En bref: vous vous tromperiez lourdement si vous pensez que la guerre ne vous touchera pas, sauf bien sûr si vous êtes un spéculateur très riche ou un marchand d’armes. C’est la population laborieuse du monde entier qui va payer pour la guerre de l’impérialisme américain sous forme de chômage, de baisses de salaires, de hausses d’impôts pour financer la guerre et la reconstruction de l’Irak,… et ce sont évidemment des hommes, des femmes et des enfants de la classe ouvrière qui vont périr dans la violence de la guerre. La classe ouvrière mondiale ne peut défendre ses intérêts qu’en agissant contre cette guerre.

 

Sur le plan militaire, Saddam n’arrive pas aux chevilles, pas même aux orteils des Etats-Unis. Le soutien au régime par-mi la population est faible. Saddam est un dictateur sanguinaire qui ne peut se maintenir au pouvoir que par une répression féroce… et par l’embargo qui lui permet de reporter sur les Etats-Unis l’entière respon-sabilité de la situation sociale catastrophique.

 

Mais le Vietnam nous a montré que les Etats-unis peuvent être forcés d’arrêter la guerre. Bien que la résistance énorme de la population vietnamienne fût difficile à briser, on peut dire que les Etats-Unis ont finalement perdu cette guerre sur le front intérieur: c’est le mouvement des jeunes et des travailleurs américains qui a forcé les Etats-Unis à retirer leurs troupes.

 

Les protestation massives d’un mouvement mondial contre la guerre peuvent mettre la pression sur les directions des syndicats pour qu’elles engagent la force de la classe ouvrière afin d’arrêter la guerre, par exemple en refusant de transporter le matériel militaire et les troupes, par les grèves et les grèves générales. Les socialistes doivent dès maintenant s’atteler à la construction de ce mouvement anti-guerre.