Ils appellent ça rendre justice!

Le 12 décembre, le tribunal correctionnel de Bruxelles rendait son verdict dans le procès des 5 gendarmes (entre-temps devenus policiers fédéraux) qui avaient étouffé la jeune réfugiée nigériane Semira Adamu sous un coussin en 1998 pour l'empêcher d'appeler à l'aide lors de son expulsion.

3 d'entre eux écopent de 12 mois de prison avec sursis, un 4ème (il dirigeait l'expulsion de Semira) de 14 mois avec sursis. Le cinquième est acquitté. Ce jugement a été accueilli par les défenseurs des réfugiés avec une satisfaction mêlée d'amertume. Les peines sont certes plus sévères que ce qu'avait requis l'avocat général, mais on se souviendra que son réquisitoire avait été scandaleusement clément pour les accusés. On ne peut pas non plus passer sous silence la façon scandaleuse dont s'est déroulée cette dernière séance. Les défenseurs des réfugiés venus pour assister au prononcé du verdict n'ont pas pu entrer dans la salle parce que les amis, parents et collègues des inculpés y étaient entrés avant tout le monde en passant par une porte dérobée. Après ça, on a refusé l'accès à la salle sous prétexte qu'il n'y avait plus de place… L'ex-député Ecolo Decroly a été violemment plaqué au sol par un pandore lorsqu'il a tenté d'entrer. Bien plus nombreux encore sont ceux qui n'ont même pas pu entrer dans le palais de justice à cause de l'imposant dispositif policier qui en barrait l'accès. Pendant ce temps, dans le même palais de justice, d'autres procès étaient remis pour la énième fois faute de policiers pour escorter les prévenus!

Le 17 décembre, une autre chambre du tribunal correctionnel de Bruxelles rendait son verdict dans le procès intenté à 18 membres du collectif contre les expulsions. Ils faisaient l'objet de chefs d'inculpation aussi graves que fantaisistes pour des faits qui se sont déroulés lors de manifestations devant le centre fermé 127 bis: rébellion armée en bande, tentative d'incendie d'un bâtiment occupé la nuit, aide à l'évasion de réfugiés, vol sous la menace d'une arme… Même l'avocat général a dû reconnaître que toutes ces préventions ne tenaient pas la route. Le tribunal n'en a pas moins prononcé 4 peines d'amende et 7 peines de prison de 8 jours à 2 mois, toutes avec sursis, pour des peccadilles telles que des "bris de clôture" (le détricotage de quelques mailles du grillage entourant le 127 bis!). Tout indique que le tribunal a attendu le verdict du procès des assassins de Semira pour rendre son jugement. C'est comme s'il avait voulu "compenser" les peines de prisons infligées aux gendarmes en condamnant également les défenseurs des réfugiés. Drôle de conception de l'impartialité…


Thierry Pierret