mardi 8 avril 2008

Environnement :

“La crise climatique est déjà là”.

C’est à ce constat alarmant qu'a abouti le principal spécialiste du climat de la NASA, James Hansen. Par ailleurs, il accuse aussi les industries de tout faire pour cacher cet état de fait afin de sauvegarder leurs profits… Surprenant ?

James Hansen n’est pas n’importe qui dans la communauté scientifique. Loin de là. Dirigeant de l’Institut Goddard d’études spatiales de la NASA (GISS) à New-York et professeur à l’université de Columbia, il a été nommé en 2006 parmi les 100 personnes les plus influentes au monde par le magazine « Time ».

Ce n’est pas rien, bien entendu, et les entreprises pétrolières se seraient très volontiers passé des dernières déclarations de ce climatologue de renom…

Un point critique est atteint

Comme il le déclare dans un récent article paru dans la revue « Science » : « les émissions de dioxyde de carbone dans l’atmosphère ont d’ores et déjà atteint un niveau dangereux » de 385 particules par million, ce qui constituerait un « point critique ».

Entreprises pétrolières :

Des profits aussi gigantesques que leur nocivité

Pour la compagnie brésilienne Petrobras, l’année 2007 a été un excellent cru : 11,8 milliards de dollars de profit, c’est-à-dire une hausse de 9% et les bénéfices les plus élevés de son histoire. Il y a pourtant moyen de faire mieux, comme le prouve le n° 1 mondial du secteur, l'américain ExxonMobil : 39,5 milliards de dollars de profits, soit une hausse de 9 % également. Shell, de son côté, a vu ses profits atteindre 25,44 milliards de dollars et Chevron empoche 17,1 milliards de dollars, une hausse de 22 %.

De ce côté-ci de l’Atlantique, le français Total a gagné en 2007 quelques 12,2 milliards d’euros, une hausse de 12% comparé à l’année précédente, un niveau jamais atteint. Le norvégien Statoil n’a pas non plus à se plaindre avec une croissance de son bénéfice de 32 %, soit 4,98 milliards d'euros. Seul BP a rencontré une (petite : 1,5%) baisse, suite à de nombreux problèmes de production aux Etats-Unis. Mais avec un bénéfice net de 22 milliards de dollars, il y a de quoi se consoler rapidement…

"La parole est d'argent", dit-on. C'est particulièrement vrai pour les entreprises pétrolières qui (sans se distinguer en cela des autres grosses entreprises) n'ont effectivement pas trop de mal à faire valoir leurs intérêts avec autant d'argent. Tant qu'on leur laisse ces moyens entre leurs mains en tout cas...

Pour lui : « Le problème, c’est que 90% de l’énergie est produite par des ressources fossiles. Et c’est un business tellement énorme qu’il a infiltré notre gouvernement (…) Il m’est apparu clairement au cours des dernières années qu’à la fois le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif étaient fortement influencés par les intérêts spécifiques du secteur des énergies fossiles ». James Hansen avait d’ailleurs déjà fait parler de lui il y a quelques années en attaquant vertement la censure de ses travaux par l’administration centrale de la NASA. Morceau choisi : « ils (la NASA, ndlr) pensent que leur travail est de censurer les informations destinées au public ». Quelques dents ont dû grincer bruyamment en haut lieu…

Il a de plus encore ajouté dans « Science » que «l’industrie induit en erreur le public et les responsables politiques sur les causes du changement climatique. C’est du même ordre que ce qu’ont fait les fabricants de cigarettes : ils savaient que fumer provoque le cancer, mais ils ont embauché des scientifiques pour affirmer le contraire».

Le principal obstacle pour sauver la planète n’est donc pas pour ce scientifique d’ordre technologique, mais bien d’ordre politique. Et là - bien que nous ne pouvons que saluer ces dénonciations et le fait qu’il se refuse à être un simple observateur - nous doutons des solutions qu’il propose.

Quelles solutions ?

« Il existe des moyens de résoudre le problème », explique-t-il ; mettre hors service toutes les centrales à charbon et taxer leurs émissions d’ici là. Précédemment, comme l’a relayé Le Monde en septembre 2006, il avait aussi développé la thèse selon laquelle il faut maintenant stimuler les discussions autour de la géo-ingénierie, dont le principe est de contrecarrer artificiellement le réchauffement climatique (en expulsant dans les airs des produits qui refroidissent l’atmosphère,…). Mais, comme nous l’avons déjà développé dans un article précédent sur ce site ("Environnement : A la recherche d’un bricolage rapide ?" ), ces solutions sont dangereuses tant que règne la logique de profit que James Hansen dénonce justement par le biais de leur influence néfaste au niveau des pouvoirs exécutifs et législatifs.

Et pourquoi uniquement là d’ailleurs ? Quand le professeur Hansen déclare que « notre meilleure chance, c’est le pouvoir judiciaire », il n’explique pas comment les industries pétrolières ont investi les différents Etats en laissant miraculeusement de côté le système judiciaire.

Pourquoi aussi ne parler que du lobby des entreprises pétrolières ? Le fait qu’elles se trouvent au devant de la scène ne doit pas pour autant leur faire jouer le rôle « d’arbre qui cache la forêt ». Bien sûr, la soif de profit intarissable des entreprises pétrolières nous conduit à la catastrophe. Mais ce n’est qu’une part de la vérité car le système dans lequel nous vivons est tout entier dominé par cette logique d’exploitation de la planète et des hommes.

James Hansen, comme tant d’autres scientifiques, a raison de mettre en exergue l’urgence de la situation présente. Mais, pour nous, cela ne fait que souligner l’absolue nécessité de lutter contre le capitalisme pour le remplacer par un système de production respectueux de l’homme et de son environnement. Et comment réaliser cela sans que la population ne participe réellement aux prises de décisions? Et surtout à celles qui concernent la manière dont la production est effectuée et orientée?

Selon nous, la société dont il est ici question ne saurait être qu’une société socialiste, une société où l’ensemble des producteurs planifie démocratiquement la production en fonction de ses intérêts.

Il n'y a pas de temps ni d'énergie à perdre, construisons les outils capables de stopper la destruction de notre planète: renforçons les luttes du mouvement ouvrier et du mouvement environnemental en concentrant ces combats contre le système capitaliste.


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