Seules deux des cinq banques d'affaires américaines ont survécu à la crise
Effondrement de Lehman Brothers: Dimanche noir à Wall Street
Il y a un an seulement, les cinq grandes banques d'affaires de Wall Street, avec une valeur marchande combinée de plusieurs centaines de milliards de dollars, donnaient des ordres aux gouvernements partout à travers le monde sur la façon de mener leurs politiques économiques. Aujourd'hui, trois d'entre elles se sont effondrées. Le "Dimanche noir" qui a vu ce week-end la chute de Lehman Brothers et le rachat de Merrill Lynch aura d’énormes et durables répercussions globales.
"C’est comme un tremblement de terre, c'est comme un décalage de plaques tectoniques" a déclaré Thomas Priore, chef exécutif de l’Institutional Crédit Partners, un fonds d’investissement actif sur le marché des crédits. "C’est un retour au Lundi Noir" (International Herald Tribune, 15 septembre, en référence au crash de Wall Street de 1987).
C'est la plus mauvaise crise financière depuis 1929 et les années qui ont suivi. Comme au début des années ‘30, quand les politiciens disaient systématiquement que les choses ne pouvaient pas encore empirer, nous sommes à nouveau dans ce cercle vicieux. Il y a cinq mois à peine, après que la Banque Centrale des USA, la Federal Reserve, aie présenté son plan de sauvetage pour la banque Bear Stearns - la première des cinq grandes banques à s’être effondrée - le patron de Lehman Brothers, Richard Fuld, avait dit : "le pire est derrière nous" en parlant de la crise du crédit.
Lehman Brothers est une institution de grande importance qui comprend 26.000 employés dans 61 bureaux. Son bilan annuel avait atteint 748 milliards de dollars. Comme d'autres banques d'affaires, son rôle était de fournir des services financiers. Lehman ne travaillait à l’origine qu’avec de grands établissements. Plus tard Lehman a commencé à jouer un rôle central dans le marché des produits financiers dérivés, un marché de 450.000 milliards de dollars qui n'avait jamais vu d’acteur financier majeur ne pas remplir ses obligations. Les répercussions de ce marché sont encore à attendre.
“Restez calmes”
Au cours du week-end, la Maison Blanche et la Federal Reserve ont essayé une nouvelle tactique. Après l'affaire de la Bear Stearns et la nationalisation de Fannie Mae et de Freddie Mac, elles ont préféré ne pas être considérées comme les bouées de secours de toutes les institutions financières. Au cours de ce que le Financial Times a décrit comme "des négociations frénétiques nuits après jours", "la Federal Reserve de New York a appelé les dirigeants de la plupart des sociétés financières importantes à faire un effort pour agir collectivement afin de refouler toute panique possible" (International Herald Tribune). Cependant, "les sociétés ne se sont inquiétées que de leurs propres capitaux." En d'autres termes, elles ont eu extrêmement peur pour leur propre avenir et ont perdu toute leur assurance et leur confiance. Cet aspect fait aussi penser au crash de 1929 et aux années qui ont suivi. Le capitalisme est un système établi selon le principe du chacun pour soi. Lors de chaque crise, on appelle le commun des mortels à rester calmes alors que les capitalistes courent pour éviter que les marchés ne s’effondrent sur leurs têtes!
Sans aucune aide de la part de l’Etat américain, les acheteurs potentiels de Lehman - Barclays Bank et Bank of America - ont tous deux quitté les négociations. Dans le cas de Barclays, l'autorité britannique des services financiers semble s’être opposée à l’implication de la banque anglaise. Quant à la Bank of America, elle a préféré acheter Merrill Lynch. Cette dernière avait été sévèrement endommagée après avoir subi des pertes de 52 milliards de dollars au cours de l’année dernière. Quand Lehman Brothers a perdu 50% de sa valeur sur les bourses au cours des journées de jeudi et vendredi dernier, Merrill Lynch a été également été affectée. Aujourd’hui, avec 44 milliards de dollars, Merill Lynch vaut moins du tiers de la valeur qu’elle avait atteint au mieux de sa forme.
Est-ce que le dramatique "dimanche noir" est un nouveau cours pour les USA ? Le gouvernement américain va-t-il passer des opérations de sauvetage au laisser faire ? C'est fortement peu probable. Une vague de faillites peut suivre maintenant. De nouveaux grands établissements font déjà la queue pour de l’aide, y compris le premier assureur mondial, American International Group (AIG) ainsi que la plus grande caisse d’épargne américaine, Washington Mutual. Les opérations de sauvetage dont ont bénéficié Bear Stearns, Fannie et Freddie n’avaient pas pour but premier de sauver ces compagnies mais d’empêcher que le système financier tout entier ne s'effondre. Face à un effondrement majeur, la Federal Reserve et le trésor américain n'auront d’autre choix que d’intervenir encore. AIG est ainsi déjà en discussion avec la Federal Reserve pour recevoir de nouvelles liquidités.
Ce week-end déjà, les règles de crédit ont été encore modifiées envers de nouvelles conditions pour les banques afin de faciliter l’emprunt de la part des compagnies financières. Même le rachat de Merill Lynch par la Bank of America a impliqué de fermer les yeux sur certaines règles concernant les réserves de capital, sans que l’Etat n’objecte quoi que ce soit.
En même temps, dix grandes banques internationales ont accepté de mettre en commun des fonds à hauteur de 70 milliards de dollars en guise d’énormes filet de sécurité, un fonds dans lequel elles pourront puiser en cas de manque de liquidités. N'importe laquelle d'entre elles peut emprunter un tiers de ce fonds en cas de crise. Ceci illustre leur crainte, mais ce n'est pas une véritable solution, plutôt une manœuvre afin de rassurer les investisseurs et de repousser la panique. Avec davantage de turbulence et de troubles, les banques ne pourront pas agir collectivement, comme se qui s’est passé ce week-end à New York l’a démontré.
“Marche arrière”
Actuellement, aucune institution n’a de vue d'ensemble ou de réelle perspective quant au véritable état dans lequel se trouve le marché des crédits aux USA ou globalement. Ce fait en lui-même augmente le pessimisme ainsi que la panique parmi les spéculateurs et illustre que nous nous dirigeons vers une crise plus profonde et plus longue. Kenneth Rogoff, ancien économiste en chef au Fonds monétaire international, a déclaré en août dernier que la crise n’en était qu’à la moitié de son chemin vers le fond.
Bloomberg News a ainsi résumé l'effondrement des héros de la mondialisation capitaliste: "Les moteurs qui ont été à la base de la croissance record du secteur financier pendant la dernière décennie - crédit bon marché et augmentation des valeurs immobilières - font marche arrière. Les compagnies qui ont par le passé prospéré grâce aux prêts hypothécaires et à l'argent emprunté à bon marché sont maintenant assiégées. Celle qui sont moins dépendantes de ces emprunts semblent mieux s’en sortir."
Les faits montrent le chemin d’une crise plus profonde aux USA. Les permis de construction continuent à chuter, de 17,7% en juillet, et de 32,4% uniquement pour la construction de maisons familiales. Au même moment, les prix à la production ont augmenté deux fois plus que prévu. En septembre, 84.000 personnes ont perdu leur emploi et le chômage a atteint 6,1%. L'effet à court terme des cadeaux du printemps dernier de la part de l’Etat américain pour stimuler la consommation semble maintenant être terminé.
Les répercussions du "dimanche noir" n’en sont qu’à leur début. La plupart des marchés boursiers en Asie sont fermés pendant les vacances mais, en Europe, les actions ont baissé de plus de 3% uniquement durant la première heure de l’ouverture de Bourses le lundi.
La crise financière est une défaite humiliante pour le néolibéralisme et le capitalisme. Les spéculateurs capitalistes ont eu carte blanche et ils ont totalement échoué. Même Martin Wolf, du Financial Times, a déclaré que l’affaire Freddie & Fannie peut "nous épargner les homélies sur le rôle sacré du marché libre financier pendant un long moment." Les Etats ont été forcés d’intervenir afin de sauver les capitalistes. Il incombe au mouvement ouvrier combatif et aux véritables socialistes, aux marxistes, de proposer un programme qui n’en finit pas simplement avec la propagande capitaliste, mais qui mette un terme au système lui-même.
Liens pour mieux comprendre la crise économique:
- Le capitalisme, un système de crises Si les marxistes condamnent le capitalisme, ce n’est pas seulement en réaction face aux injustices. Nous pensons aussi que, derrière la régression sociale, il y a un mécanisme profond qui est la cause réelle de tous les problèmes.
- Néolibéralisme en crise: la fin d'une époque La crise actuelle, qui est sans doute loin d’avoir atteint son pic et dont nous ne ressentons encore que partiellement les effets, aura inévitablement des répercussions sur la gestion du capitalisme et sur les conditions de vie de milliards de travailleurs.
- Nationalisation des sociétés de refinancement immobilier américaines « Fannie Mae » et « Freddie Mac » (12 septembre 2008)
- Crise économique, crise du crédit et conséquences pour la classe ouvrière (Août 2008)
- C’est la crise pour tout le monde... sauf pour les gros joueurs (Mai 2008)
- Capitalisme en crise. En route vers un tsunami économique ? (Avril 2008)
- Après une année 2007 agitée : vers une année 2008 explosive! (Février 2008, texte de perspectives de nos Congrès de District de mars 2008)
- Le capitalisme se dirige-t-il vers une crise économique profonde? (Mars 2008)
- Le capitalisme : un système en crise (Février 2008)
- Stagflation: syndrome d’une maladie chronique (Novembre 2007)
- Une crise économique mondiale est-elle inévitable ? (Novembre 2007)
- Deux millions d’Américains vont perdre leurs maisons, 80.000 leur emploi, mais les Banques Centrales distribuent des centaines de milliards d’euros... aux speculateurs! (Août 2007)
