Liège: "Des milliards pour les banques, que dalle pour nous. Mais qui a produit les richesses avec lesquelles elles jouent?"
Le travailleur qui nous a déclaré cela était loin d’être seul à penser ainsi. Cette phrase, nous l’avons entendue à bien des reprises sous différentes déclinaisons dans des petites entreprises, au zoning des Hauts-Sarts, aux supermarchés,… La question de la nationalisation des secteurs-clé de l’économie a été un sujet de discussion particulièrement fort partout où nous sommes passés, comme celle de la nécessité d’impliquer la base dans l’organisation des actions. Petit rapport de la tournée de la première équipe de militants liégeois du MAS.
A Carat Duchatelet, le fossé entre riches et pauvres, on se le prend chaque jour en pleine poire. Il faut dire qu’on y construit des voitures de luxe blindées à destination des milliardaires de Russie ou de la péninsule arabique. «Les affaires tournent, nous dit un travailleur, mais on aimerait tout de même qu’un jour ils n’aient plus les moyens de passer autant de commandes…».
Cette journée était historique pour cette entreprise, la première journée de grève depuis l’ouverture de l’usine il y a de cela 25 ans… C’était difficile de mobiliser avant, l’entreprise n’avait pas de délégation syndicale comme le quota de travailleurs n’était pas rempli. Le problème a maintenant été résolu depuis que les deux branches du site ont officiellement été fusionnées et si la délégation syndicale est un phénomène neuf, elle a déjà permis d’obtenir des acquis : une nouvelle grille d’évaluation a entraîné des augmentations de salaires et d’autres petites améliorations des conditions de travail sont arrivées. Cela n’a l’air de rien des bouchons efficaces pour les oreilles, mais quand on bosse sur une chaîne de productions où le bruit va jusqu’à 110 décibels…
La mobilisation s’est bien déroulée là-bas. Les acquis de la délégation y sont pour quelque chose, mais comme nous le dit un délégué: «Depuis le mois de juin, la situation autour de nous a beaucoup évolué. C’est clair que ça joue un rôle dans la manière dont les gens perçoivent les choses».
Ailleurs à Liège, les piquets volants venaient renforcer les piquets les plus faibles. La FGTB Liège-Huy-Waremme avait lancé un mot d’ordre de grève générale et organisé des cars et voitures de syndicalistes pour aller prêter main forte aux camarades en difficultés. De nombreux travailleurs de grandes surfaces ont pu bénéficier de cette mesure, mais aussi Intradel, l’Association intercommunale de gestion des déchets liégeois. Un chantier à côté du site géré par Inova Vonroll, en contrat avec Intradel, engage des travailleurs polonais en profitant de la directive Bolkestein, en les engageant donc aux salaires en usage en Pologne. Des renforts sont venus pour que les 250 travailleurs stoppent le travail, tout en s’assurant du paiement de leur journée en faisant pression sur la direction. Des méthodes de cette dernière, il en a d’ailleurs beaucoup été question : quelqu’un a récemment été appréhendé dans le cadre d'une enquête pour faits de corruption lors de l'attribution des nouveaux bâtiments d'Intradel... Une affaire à suivre et qui tombe mal quand on veut donner des leçons aux travailleurs.
Sur le zoning des Hauts-Sarts, les carrefours étaient bloqués, les entreprises fermées et dans le cercle des syndicalistes rassemblés, les discussions là aussi allaient bon train. Que se passe-t-il ailleurs ? Que faire pour renforcer les mobilisations ? Comment organiser la base syndicale ? Quelle est la situation en Flandre ?
Les déclarations du président des métallos flamands de la FGTB, Herwig Jorissen, a acquis une notoriété que personne ne souhaiterait en déclarant qu’il était trop tôt pour faire grève… Beaucoup de travailleurs nous ont ainsi demandé comment cela se passait pour nos camarades flamands du LSP quand ils militaient. Les divisions communautaires, tout le monde en a vraiment assez !
Partout, nous avons été fort bien accueillis, comme en témoigne la vente de notre journal : près de 100 exemplaires ! Notre tract est aussi très bien passé et a suscité pas mal de réactions très positives. Nous n’avions pas imaginé avoir autant de discussions chaleureuses et animées sur la nécessité de la nationalisation des secteurs-clés de l’économie sous le contrôle des travailleurs… Où avons nous entendu «Le système foire, et quand ça allait on s’en prenait déjà plein la g…, ça suffit maintenant, il faut en changer» ? Souvent, sur tous les sites…
Partout nous avons bien été accueillis, et nous gardons de tous les piquets des souvenirs très vifs, de ceux qui donnent la force de se battre même aux plus timorés. Nous ne saurions pas les aborder tous ici, mais ce petit article ne pouvait se terminer autrement qu’en saluant les camarades de l’entreprise chimique Revatech, qui nous ont véritablement épaté par l’ampleur de l’esprit de solidarité qui règne parmi les ouvriers.
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