lundi 13 octobre 2008

Crise économique : le vrai et le faux

La crise actuelle agite la bourgeoisie, en portant un coup majeur au système, à sa crédibilité et à celle de ses gestionnaires. Plusieurs dogmes néolibéraux ânonnés durant ces vingt dernières années s’effondrent. Les faits sont clairs : effondrement de la bulle immobilière aux USA, en Irlande et en Espagne, récession au Danemark, récession annoncée au Royaume-Uni, en France et en Espagne, ralentissement économique un peu partout dans le monde. En Europe, le trimestre précédent a déjà connu un recul de croissance, les pertes d’emplois augmentent et l’inflation reste élevée. Depuis quelques semaines, chaque jour amène son lot de Bourses en chute, de faillites complètes ou évitées de justesse, de nationalisations totales ou partielles de banques,…

Alain, MAS-Namur

La liste n’est pas exhaustive mais, malgré cela, ceux qui défendent ce système continuent à lui trouver des côtés positifs. Ainsi, le lundi 28 septembre 2008 (jour de la nationalisation partielle de Fortis), on a pu entendre Etienne de Calatay, économiste à la banque De Groof, dire, et sans rigoler : « Le système est bon car il trouve lui-même les solutions aux problèmes qui se posent ». Ce devait être un euphémisme pour dire que, sous le capitalisme, la solution à la crise de ce système est de faire payer les pertes à la «collectivité» (lisez : aux travailleurs…)

Mais revenons à la crise. Nous sommes soumis pour l’instant à un feu médiatique quotidien par lequel la bourgeoisie veut nous faire accepter son analyse de la crise et donc, en fin de compte, les solutions qu’elle propose. De manière générale, les commentateurs bourgeois présentent les choses ainsi: « La crise a commencé au USA en 2007 suite aux désormais fameux subprimes. Ceux-ci étaient des prêts à intérêts variables (bas les premières années puis élevés ensuite) alloués notamment à des personnes qualifiés du doux sobriquet de ‘ninja’ (pour « no incomes, no job » – pas de revenu, pas d’emploi). Les banquiers savaient très bien que ces gens n’étaient pas en mesure de faire face au remboursement de leurs dettes et des intérêts. Mais ils se disaient qu’en poussant les gens à mettre leur maison en hypothèque et avec l’idée que l’immobilier ne cesserait d’augmenter, les banques pouvaient s’y retrouver en revendant la maison. Les ’crédit pourris’ ont été titrisés et le risque a été réparti sur toute la planète finance. Mais voilà, les taux d’intérêts directeurs ont augmenté et avec eux les intérêts de remboursement pour ceux qui ont endossé des crédits. Les prix de l’immobilier ont chuté et alors la catastrophe s’est propagée de proche en proche. Cette chute de domino a entraîné une crise dans le secteur de la construction d’abord, puis à l’économie ‘classique’. »

Rajoutez à cela l’inflation causée par l’augmentation des prix de l’énergie et de l’alimentation (due essentiellement à la spéculation) et vous avez une vue générale sur la manière dont les bourgeois présentent leur analyse de la crise. Cerise sur le gâteau, les politiciens traditionnels et même certains économistes se permettent d’adresser une condamnation morale à la finance du «capitalisme financier» ou du «capitalisme débridé». Elio Di Rupo, dans sa conférence de presse du vendredi 26 septembre 2008 opposait «l’économie casino» à «l’économie réelle…», condamnant la première pour mieux défendre la deuxième et la mondialisation.

En dernière analyse, les bourgeois et leurs analystes nous disent : «C’est la crise, dormez prolétaires, nous vivons dans un système magnifique (pour nous, omettent-ils de préciser) qui a déraillé à cause de l’avarice et de la cupidité de quelques cadres. Mais grâce à notre probité, nous allons remettre ce système sur les rails (de l’exploitation de la majorité pour le bénéfice d’une minorité de parasites, oublient-ils de préciser). Mais, pour ce faire, vous, citoyens (un nom de code plus neutre que travailleurs et allocataires sociaux quand il s’agit d’aller puiser dans leur portefeuille), vous allez devoir vous serrez la ceinture.»

Si l’analyse de la bourgeoisie peut se révéler plus ou moins correcte au niveau des faits, il faut de manière nette déclarer d’emblée que cette analyse est fausse et incomplète au niveau des processus (la manière dont les faits s’enchaînent) et surtout fausse et dangereuse au niveau des solutions proposées.

Commençons brièvement par les processus économiques. La financiarisation croissante de l’économie est un processus logique de l’économie capitaliste lorsque que l’on étudie le système sous l’angle du rapport de force entre les différentes classes sociales et la manière dont le profit se crée (l’analyse marxiste nous permet ici d‘avoir une vue juste sur le développement économique).

Depuis une bonne vingtaine d’années, période durant laquelle a sévit le néolibéralisme, il y a eu un changement majeur dont les politiciens traditionnels sont éminemment responsables. D’un côté, la richesse a continué à se créer et à s’accumuler dans les mains des capitalistes et, de l’autre, la part des salaires dans la richesse produite a décru. En chiffres, pour l’Europe, c’est un recul de 8,6%. Cela, alors que l’investissement est resté constant. En termes marxistes, cela veut dire que les profits ont été créés par l’augmentation du niveau d’exploitation de la force de travail. Cela a signifié pour les travailleurs : recul des salaires et du pouvoir d’achat, recul du service public, privatisation de secteurs-clés tel l’énergie, retour sur les acquis que la classe ouvrière avait acquis de haute lutte, augmentation des contrats précaires, pression et chasse aux chômeurs volontairement assimilés à des profiteurs, modération salariale… Voilà la réalité de la politique néolibérale mise en avant depuis vingt ans par tous les politiciens traditionnels.

Les capitalistes, eux, ont accumulé des masses d’argent colossales ; celles-ci ont été utilisées pour consentir des prêts aux travailleurs qui avaient été précarisés et qui étaient donc obligés de s‘endetter pour continuer à consommer. Mais à long terme, les dettes et les déséquilibres du système ont fait tomber ce système. La question fondamentale - à laquelle aucun capitaliste n’a apporté de réponse - c’est : pourquoi les capitalistes n’ont-ils pas réinvesti leur argent dans la production de biens et de marchandises au lieu de tout miser sur le crédit ?

Là encore, Karl Marx nous éclaire: avec sa théorie de la valeur, il a montré que seul le travail humain créait de la richesse (de la valeur). Or, dans la production capitaliste, chaque patron est contraint à mettre en jeu des forces productives toujours plus énormes pour arriver à dépasser ses concurrents. C’est cette guerre menée entre concurrents - couplée à la lutte que mènent les travailleurs pour améliorer leurs conditions de vie - qui à conduit les propriétaires à investir dans la technologie. Mais celle-ci sape le taux de profit car, en soi, elle ne crée pas de valeur.

Les taux de profit ont donc chuté dès la fin des années ’60 et tout au long des années ‘70. Le néolibéralisme a été la solution qu’a développée la bourgeoisie pour restaurer ses taux de profit : récupérer toutes les concessions faites aux travailleurs au cours des trente années d’après-guerre en augmentant la concurrence entre eux et en faisant circuler les capitaux de manière mondiale. Ils ont ainsi pu renverser le rapport de forces. La fin de l’URSS et la conversion de la Chine au marché libre au début des années ’90 – qui ont jeté d’un coup des centaines de millions de travailleurs sur le marché capitaliste mondial de la main d’œuvre - ont totalement achevé le processus de renversement de rapport de forces au détriment des travailleurs. La mise en oeuvre de la politique néolibérale est allée en s’accélérant, d’autant qu’en face, la classe des travailleurs salariés manquait sérieusement de perspectives, de stratégie et d’organisation dans sa lutte. Néanmoins, même si les capitalistes ont pu restaurer les taux de profits par le biais de l’endettement massif des ménages (particulièrement aux USA, pays qui tire la consommation mondiale et qui est en quelque sorte le navire amiral de l’économie mondiale), le poids que constitue la dette a fini par entraîner l’économie vers le bas.

Arrivé ici, il nous faut traiter des solutions. On ne peut pas se résoudre à s’enfoncer dans les mesures néolibérales qui ont montré leur inefficacité non seulement à assurer un développement stable (voir la succession de crises depuis 1980), mais aussi des conditions de vie dignes aux gens, que ce soit dans nos pays économiquement développés ou, encore plus, dans le reste du monde.

A la veille des négociations interprofessionnelles, les patrons et les partis politiques traditionnels vont utiliser la crise pour masquer cette réalité et continuer à augmenter le taux d’exploitation en imposant une nouvelle modération salariale, voire plus grave encore, par le biais de la suppression de l’index. Ils parlent aussi de diminuer le nombre de fonctionnaire sans jamais reconnaître que, avec un service public gratuit et de qualité, on peut préserver le pouvoir d’achat des gens. Il est donc important que les travailleurs s’organisent dans les différentes luttes et revendiquent, entre autres, une augmentation des salaires bruts, le rétablissement de l’index, la suppression de la TVA sur les produits de première nécessité,… (Voir le tract du MAS).


Liens pour mieux comprendre la crise économique: