mardi 4 novembre 2008

Les parachutes dorés sont la conséquence des salaires himalayesques. Il faut limiter la tension salariale !

La discussion au sujet des parachutes dorés continue de mener à toutes sortes d’avis et d’articles. La FEB, la fédération patronale belge, a saisi cette occasion pour exiger une réforme générale de la législation des licenciements, surtout pour limiter à 18 mois les indemnités de licenciement des employés. Cela n’apporte aucune réponse à la cause des parachutes dorés : les salaires extrêmes au sommet des entreprises.

Patrick Humblet, professeur en droit du travail, a affirmé dans le quotidien flamand De Morgen que tous les travailleurs sont égaux «mais certains plus que d’autres». La limitation des indemnités de licenciement à 18 mois de salaire continuera toujours à rapporter 3,6 millions d’euros à un topmanager qui gagne 200.000 euros par mois. Les parachutes dorés ne perdront que peu de l’éclat qu’ils connaissent aujourd’hui avec une limitation à 18 mois…

Ce qui frappe dans cette discussion, c’est que le patronat considère subitement ses topmanagers comme des employés. C’était bien différent dans le passé. Tandis que, pour les travailleurs ordinaires, une norme salariale est d’application, ainsi qu’une concurrence négative sur les salaires, les topmanagers pouvaient compter sur d’autres règles : avec une concurrence vers le haut avec laquelle les revenus n’étaient jamais suffisamment élevés.

Pour les employés qui bénéficient de gros salaires, il est possible de fixer les indemnités de licenciement de façon contractuelle. Mais si l’on regarde de près le nombre de mois d’indemnités qui est payé, on constate que les montants restent naturellement très élevés pour les topmanagers. Humblet effectue le calcul suivant : «selon les médias, Didier Bellens, le grand patron de Belgacom, gagnait, jusqu’il y a peu, 2,4 millions d’euros par an. 18 mois d’indemnités lui rapporteraient encore 3,6 millions d’euros. Et qu’en est-il des employés ? Reçoivent-ils vraiment trop ? Quelqu’un qui gagne 24.000 euros par an doit travailler 25 ans pour avoir droit à 18 mois. Il recevra alors 36 000 euros, ce qui signifie 100 fois moins que Bellens. (…) Et les ouvriers ? C’est à pleurer. Une blouse bleue qui a plus de 20 ans d’ancienneté peut-être lâchée avec une indemnité de 112 jours. La discrimination ne se situe donc pas dans le nombre de mois mais dans la base de calcul.»

En contrepartie, le Professeur Humblet propose de mettre en avant un montant maximal de, par exemple, 1 million d’euros. Bien entendu, cela ne sera pas accepté par le patronat car cela ne constituerait une limitation que pour ses topmanagers. Mais les gros salaires n’étaient d’application que pour les topmanagers ; on ne pourrait donc appeler ceci de la discrimination.

L’idée du Professeur Humblet est intéressante et devrait peut-être trouver un prolongement. Pendant ce temps, le mouvement des travailleurs s’est soulevé pour une limitation de la tension salariale, c-à-d la différence entre les salaires les plus élevés et les plus bas. Les bolcheviques russes sous Lénine (maintenant que l’on nationalise à nouveau les banques, on peut se permettre de ressortir Lénine de la poussière) ont appliqué une limitation de la tension salariale de un pour quatre. Cela signifie que les salaires les plus élevés ne pouvaient dépasser 4 fois les salaires les plus bas. De nos jours, la différence entre les revenus les plus hauts et les plus bas est largement plus grande. C’est ainsi que Bellens recevait 200.000 euros par mois chez Belgacom, tandis qu’un employé ordinaire touche plutôt 2.000 euros : 100 fois moins que Bellens.

Une limitation de la différence entre hauts et bas salaires mènerait aussi tout de suite à une perte d’éclat pour les parachutes dorés des topmanagers. Sans aucun doute, ils ne réagiraient même plus à une limitation à 18 (ou 12) mois mais auraient une meilleure compréhension du traitement des autres employés (et ouvriers !).


Liens: