Les travailleurs de Carrefour protestent, rapport du piquet de Malines
Samedi dernier, au Carrefour de Malines Nord, des actions de solidarité avec les collègues Brugeois et contre le sapement des conditions de travail et de salaire ont eu lieu. A 9h, heure d’ouverture habituelle du magasin, environ 80 personnes étaient présentes au piquet, à la fois des travailleurs de Carrefour et des délégations venues en solidarité.
L’ambiance au piquet était faite de ferme détermination, ce que la présence de représentants de tous les syndicats renforçait. De plus, on a pu voir des militants de Delhaize, d’Aldi, de la CGSP-Enseignement, de la Centrale Générale (FGTB), de la CE,... Les organisateurs de la mobilisation contre les attaques sur le droit de grève étaient également présents. Environ 10 militants du MAS/LSP étaient aussi au côté des travailleurs en grève toute la matinée durant.
Notre présence a bien été appréciée des travailleurs et c’était pour nous très intéressant de pouvoir discuter avec les militants syndicaux. Nous avons vendu huit exemplaires de notre mensuel l’Alternative Socialiste et nous avons parlé avec beaucoup de participants de la nécessité d’une campagne autour l’idée “Tous ensemble pour le pouvoir d’achat et pour l’emploi” et autour de la nécessité d’un parti syndical. Nos idées ont reçu un bon écho et les discussions ont été très intéressantes.
Le responsable syndical du Carrefour Malines nous a dit que cette grève concerne bien plus que seulement les questions suscitées par le nouveau Carrefour de Bruges. Même les conséquences du Pacte des Générations sont encore un sujet très sensible puisque beaucoup de gens se rendent compte que la retraite anticipée est devenue plus difficile. Et maintenant le patronat veut en plus économiser sur les salaires? C’est inacceptable. Les conditions de travail de Bruges vont être introduites par la suite après dans d’autres sièges. En ce moment même, on réalise à Anvers un grand projet immobilier avec des logements de luxe et également un Carrefour. Ce magasin est à proximité de l’hypermarché de Burcht, qui devra éventuellement fermer ses portes en faveur de ce nouveau magasin. Reste à savoir au sein de quel comité paritaire le nouveau personnel tombera…
A Malines subsiste encore nombre de problèmes spécifiques, comme un manque d’investissements en matière d’infrastructure. Pendant plusieurs mois, par exemple, plusieurs caisses n’ont pas fonctionné correctement. En plus, il y a un grand niveau de désorganisation, ce qui augmente régulièrement la pression de travail pour le personnel. Pour briser les grèves, la direction fait preuve de beaucoup plus d’organisation et d’efficacité…
La volonté de passer à l’action parmi les travailleurs est très grande. La direction augmente néanmoins la pression sur les travailleurs avec un contrat temporaire. On leur présente le choix: faire la grève et être viré ou travailler pour survivre. La plupart d’entre eux sont embauchés pour une période de trois mois, ce qui ne facilite pas la tâche pour les syndicats pour connaître tous les collègues.
Faire la grève reste à peu près la seule façon de s’opposer au manque de personnel, aux bas salaires et aux horaires de travail malsains alors que l’on voit les parachutes dorés de l’autre côté. Le représentant SETCA nous a encore dit que la lutte doit être étendue, le personnel de Carrefour n’est pas le seul à être en jeu, tous les travailleurs sont dans le même bain. On veut nous faire payer la dépression économique. C’est là l’issue centrale. Si nous ne résistons pas, on repartira vers le temps de Charlie Chaplin et des “Temps Modernes” ou encore de “Daens”.
Dans une autre chaîne de magasins, on mesure avec un chronomètre le temps nécessaire pour un employé par client ou par palette. Le nombre d’heures nécessaire pour un certain travail est déterminé d’avance par la direction, si le travail prend plus de temps, alors le temps excédentaire n’est pas payé. En chronométrant le temps de travail, les travailleurs sont d’ailleurs dressés les uns contre les autres. C’est ce qu’on appelle la flexibilité.
L’attaque de Carrefour sur le droit de grève est un sujet très discuté au piquet. Pour tous les militants syndicaux, il était clair qu’il était nécessaire de faire quelque chose, certains critiquaient le manque d’initiative de la direction syndicale et l’absence d’une quelconque réaction des partis politiques traditionnels. Au cours de la journée, nous avons reçu la nouvelle que le syndicat français CGT a annoncé qu’il passerait à l’action en France si le Carrefour continue ses attaques sur le droit de grève. C’est une forme de solidarité très importante qui peut énormément renforcer notre position.
Le patronat veut faire payer aux travailleurs les frais de leur crise. Dans une période de crise, les militants syndicaux et les travailleurs devront jouer un rôle crucial. En répondant en masse et de façon organisée à l’attaque frontale de la bourgeoisie, nous pouvons nous défendre et en même temps passer à l’offensive pour une alternative au système capitaliste de crises et de misère pour la majorité.
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