jeudi 13 novembre 2008

La fin d’une époque

Le néolibéralisme déclaré en faillite par ses propres partisans

Lorsque le monde a été plongé dans une crise profonde en 1973-74 (avec entre autres conséquences en Belgique la disparition en quelques années de 300.000 emplois dans l’industrie), une fois le premier choc passé, une nouvelle option - le néolibéralisme - a été résolument choisie à l’échelle mondiale. Cette politique allait à l’encontre de tout ce qui avait été jusque là considéré comme « normal » : une sécurité sociale développée et une politique d’emplois à temps plein avec de bons salaires, destinées à stimuler le pouvoir d’achat de la population.

Anja Deschoemacker

La nouvelle politique néolibérale a mené la vie dure aux salaires soi-disant trop élevés, à l’Etat « cher et inefficace » et à la sécurité sociale, non plus considérée comme un « filet de sécurité » mais bien comme un « piège » qui ôte aux chômeurs la volonté de travailler. La crise financière et la crise économique qui arrive à toute vitesse montrent la faillite totale de cette politique néolibérale. Et cela, même ceux qui hier encore en étaient les plus farouches partisans et qui reprochaient au gouvernement de ne pas aller assez loin, le reconnaissent aujourd’hui. On en arrive même au point où un économiste libéral comme Paul de Grauwe réclame maintenant une nationalisation complète du secteur bancaire.

Elio Di Rupo et sa consœur flamande du SP.a, Caroline Genez, affirment qu’ils ont toujours mis en garde contre les dangers d’une telle politique. Si quelqu’un a entendu un tel avertissement au cours de ces vingt dernières années sur la catastrophe qui devait inévitablement arriver, il est attendu à la rédaction, de préférence avec les preuves en main.

Entre 1987 et 2007, ces deux partis ont siégé de façon ininterrompue dans les gouvernements qui ont dirigé les privatisations de la CGER, tombée comme un butin aux mains de Fortis, de la Sabena, de Belgacom,… Au cours de cette période, les salaires réels ont baissé - une famille a aujourd’hui besoin de deux salaires pour un niveau de vie équivalent à celui d’un seul salaire dans le passé - tandis que les allocataires ont sombré toujours plus dans la pauvreté. L’index-santé a été introduit et autour des tables de négociation pour les conventions collectives, le leitmotiv était la « modération salariale ». Mais les impôts des entreprises ont continuellement baissé, tout comme les contributions patronales à la sécurité sociale, alors que la population a du payer toujours plus de TVA alors que son niveau de vie réel diminuait.

Maintenant, cette histoire touche à sa fin. Comment sortir de la crise ? Avec la politique du gouvernement actuel, qui investit des milliards pour sauver le système bancaire mais ne donne que des cacahuètes pour les travailleurs et les allocataires, nous pouvons être sûrs qu’on nous dira très bientôt que « tout le monde » va devoir se serrer la ceinture mais qu’à aucun moment on n’essaiera de récupérer les profits d’hier pour payer les coûts sociaux d’aujourd’hui.

Dans les années à venir, nous allons tous pouvoir constater de façon sans cesse plus limpide que le capitalisme est incapable de résoudre sa crise - sauf si nous sommes tous prêts à en payer le prix en perdant le peu qu’il nous reste, après un quart de siècle de néolibéralisme, de l’Etat-providence acquis par les âpres luttes de nos parents et grands-parents.

Pour nous défendre, il nous faudra un nouveau parti des travailleurs, un “parti syndical” dans le sens où il devra porter les revendications syndicales sur le terrain politique en donnant au mouvement ouvrier sa propre voix politique pour défendre les emplois et les revenus de la majorité de la population et en luttant pour que la richesse produite revienne à ceux qui la produisent réellement.


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