"C’est une véritable guerre de fond qui a été lancée dans le secteur de la distribution."
Avec les conflits en cours à Ikea et Carrefour, Françoise Sensi, permanente de la Centrale Nationale des Employés (CNE) à Liège, est sur la brèche. Et elle ne mâche pas ses mots. Dans le froid matinal du piquet de grève devant le magasin IKEA à Hognoul, elle nous a donné son point de vue sur l’offensive lancée par le patronat du secteur de la grande.
(Cette interview a été réalisée avant la négociation d’un pré-accord entre la direction et les syndicats de Carrefour)
La direction d’Ikea impose du travail de nuit à la sauvette et refuse de s’engager à verser des primes correctes. Alors, IKEA entreprise en difficulté et aux caisses vides… ?
Pas du tout. IKEA est une entreprise florissante qui ouvre régulièrement de nouveaux magasins. Mais, comme ailleurs dans la distribution, le travail est fortement précarisé. La flexibilité pour le personnel est maximale, il y a de plus en plus de contrats à durée déterminée. Mais on ne peut pas vivre et avoir des projets avec un CDD ! En plus, il y a les problèmes propres à certains magasins. A Anderlecht, il y a une rotation énorme du personnel, parce que la direction engage du personnel bilingue et que ceux-ci s’en vont dès qu’ils trouvent un boulot mieux payé ou plus stable ailleurs. IKEA ne parvient pas à les retenir parce qu’il ne leur donne que des CDD. Mais les problèmes que crée cette rotation permanente ne semble pas tracasser beaucoup la direction, et donc c’est le personnel qui trinque.
Alors, le travail de nuit (qui est la goutte qui a fait déborder le vase et provoquer la première journée de grève- NDLR) c’est un point important, mais c’est un peu l’arbre qui cache la forêt. Le vrai but de la direction, c’est de niveler vers le bas les conditions de travail et de casser le mouvement syndical parce que c’est la seule défense des travailleurs. A IKEA comme ailleurs dans la distribution…
Et particulièrement chez Carrefour…
Exactement. Pour son nouveau magasin de Bruges, Carrefour a créé une nouvelle structure juridique vide mais qui est contrôlée à 100% par Carrefour. Le but de la manœuvre, c’était de pourvoir entrer dans la convention 202.01 qui est beaucoup moins avantageuse pour les travailleurs, mais qui n’oblige pas non plus à reconnaître une délégation syndicale.
Le directeur de Carrefour-Belgique, qui est un Français placé là par la direction de Carrefour-International, a rencontré récemment la ministre de l’Emploi Joëlle Milquet. Il lui a dit froidement qu’il estimait qu’il devait payer son personnel 30% trop cher. Et il a ajouté que soit, on supprimait la convention 312 (celle qui est en vigueur dans les hypermarchés et qui protège le mieux les travailleurs), soit ils s’arrangeraient pour continuer à la contourner à l’avenir !
C’est donc une véritable guerre de fond qui a été lancée dans le secteur de la distribution. Elle a été initiée par Carrefour. Et si celui-ci l’emporte, il offrira la possibilité à toutes les autres chaînes de distribution de faire la même chose.
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