dimanche 16 novembre 2008

Rapport du Conseil Central de l’Economie

5,1% d’augmentation de salaire, c’est une provocation!

La proposition du Conseil Central de l'Economie (CCE) pour la norme salariale est de 5,1% pour les deux années à venir. Ce n'est rien d'autre qu'une pure provocation. Ce pourcentage correspond à l'indexation prévue pour les deux prochaines années. En autres termes: on ne reçoit rien en dehors de l’indexation. Cette proposition est inacceptable après la dégradation continuelle de notre pourvoir d'achat.

Dépression économique

Le CCE nous montre une image très sombre de la situation économique et du développement des salaires. Le conseil reconnaît que l'économie mondiale ralentit et entre “même en dépression” (…) “la crise systématique actuelle contient tous les ingrédients pour mener aux Etats-Unis à une sérieuse dépression.” La théorie qu'il y aurait un découplement entre les économies américaine et européenne a été réfutée par les faits. C'est ce que doit reconnaître le CCE. Le conseil rajoute: “Si les tendances actuelles persistent, il n'est pas impossible que l'Union monétaire européenne entrera pour la première fois dans son histoire dans une dépression pendant le second semestre cette année.”

Ceci constitue pour le Conseil une raison pour ne pas devoir accorder des augmentations de salaires à côté de l'indexation. Le CCE doit cependant reconnaître que toutes les données actuelles sont provisoires, puisque la situation économique connaît une détérioration rapide. En septembre, le CCE supposait encore un pourcentage de 6,4%, mais ce chiffre a été révisé jusqu'à 5,1% (la version du rapport du CCE qui se trouve sur son site web mentionne encore le chiffre de 6,4%). En plus, le CCE nous met en garde : le niveau de chômage augmentera encore. Selon les perspectives du FMI, il y aura en 2009 une augmentation de 80.000 chômeurs.

Baisse de l'inflation?

En ce moment il y a une inflation d’environ 5% par an. En octobre, ce chiffre a baissé par rapport à celui de septembre, mais puisque cette baisse résultait de la diminution du prix du pétrole, l’index a tout de même augmenté. Mais une inflation de 4.72% reste élevée. Quant à savoir pourquoi l’inflation devrait diminuer de plus de la moitié l’année prochaine, c’est assez peu clair. Le CCE et le Bureau du Plan envisagent une forte diminution de la production et de la consommation et donc des corrections de prix. En d’autres termes: dans ce scénario aussi on tient compte d’une baisse du pouvoir d’achat (basée sur une forte croissance du chômage).

Le CCE a visiblement décidé par défaut que cette inflation ne persisterait pas et que les deux années à venir connaîtront une forte baisse à cause de la dépression économique. Le conseil pense que l’index augmentera en 2009-2010 de 5.1%. Ailleurs dans son rapport, le CCE mentionne que les prix de consommation augmenteront de respectivement 2.7% et 2% en 2009 et 2010, mais “cette perspective ne tient pas compte de l’effet des ennuis financiers.” D’une certaine manière, on avoue en fait qu’on mise sur cette baisse d’inflation. Pour nos pays voisins d’ailleurs, on tient compte à chaque fois d’un pourcentage de plus de 3%.

Prix du pétrole à la baisse

Ce n’est que si l’inflation arrive plus bas que prévu qu’il y aurait alors une possibilité d’augmentation des salaires. Sans doute espère-t-on une continuation de la baisse de prix du pétrole, qui n’est pas compris dans l’index depuis l’établissement de l’index-santé en 1993 (avec le Plan Global). Ce raisonnement a déjà été miné par les propositions budgétaires du gouvernement Leterme qui transfèreront une partie de ces diminutions de prix de carburant au Trésor Public. Le gouvernement mais aussi le patronat exigeront des compensations pour la baisse du prix du pétrole. Détail piquant: le CCE reconnaît que l’augmentation du prix du pétrole a été renforcée par «des motivations spéculatives sur les marchés financiers». Nous avons donc payé plus pour payer leur spéculation et maintenant que les prix commencent enfin à baisser un peu, nous devons continuer à payer plus sous forme de sapement des salaires réels et d’impôts supplémentaires sur les produits pétroliers.

Le CCE reconnaît d’ailleurs indirectement qu’il est risqué de baser la norme salariale sur la prévision d’une baisse du prix du pétrole. "Les tensions inflatoires paraissent en route vers une diminution, mais les causes sous-jacentes de l’inflation sont toujours présentes. Une nouvelle hausse (par exemple à cause de nouvelles augmentations du prix du pétrole) ne peut donc pas être exclue."

Insuffisant

Le premier mai, le président de la FGTB Rudy De Leeuw avait lancé l’idée que les salaires devraient augmenter de 10% en 2009-2010. Avec les augmentations de prix que nous constatons aujourd’hui ce ne serait quasiment pas du progrès. Mais même du progrès sur l’index n’est pas acceptable pour le CCE. Pour cette raison il met en avant de basses prévisions pour le développement de l’index et il limite les propositions vis-à-vis de la norme salariale au niveau de l’index. Probablement l’index se développera-t-il plus vite, mais alors les patrons vont essayer de limiter cela en recourrant aux accords All-in.

Une norme salariale de 5.1% serait complètement insuffisante. Le CCE reconnaît qu’un grand nombre de travailleurs relèvent d’un système où les indexations sont effectuées sur base annuelle. C’est un report de la modification des salaires au coût de la vie croissant. En beaucoup de secteurs, cette modification pour 2008 – avec une augmentation très forte de l’index – s’effectuera le premier janvier (ou février) 2009 et fera par conséquent partie de la norme salariale 2009-2010. De cette manière, la marge toute entière pour cette période serait déjà accordée le premier jour de ce terme bisannuel…

Les syndicats doivent rejeter cette proposition

La proposition d’une norme salariale de 5.1% limiterait la modification des salaires à l’indexation et même en soi, 5.1%, ce n’est pas très réaliste. Cela signifie qu’il n’y aurait absolument pas de marge pour faire quelque chose pour notre pouvoir d’achat. Après que les grandes entreprises aient empoché pendant des années des bénéfices record tandis que notre pouvoir d’achat a été sans cesse sapé, c’est une pure provocation. La porte reste quelque peu ouverte en renvoyant au premier scénario qui proposait une norme salariale de 6.4%, mais même cela n’est pas suffisant.

Les syndicats doivent rejeter cette proposition et déjà commencer à informer et mobiliser les militants pour construire un rapport de forces en continuation des actions pour le pouvoir d’achat des mois précédents. Si ces actions ne mènent qu’à des propositions qui signifient une détérioration négociée pour les travailleurs, la résistance devra croître. Le patronat a démontré ces dernières semaines son arrogance avec ses attaques sur le droit de grève. La colère à la base augmente. Un accord basé sur des propositions telles que celle-ci n’a pas beaucoup de chance d’être accepté en passant effectivement au vote au sein des syndicats. Les dirigeants syndicaux en tiennent-ils déjà compte ?


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