2.000 fonctionnaires wallons en colère dans les rues de Namur
«Tous ensemble, tous ensemble» c’est ce qu’ont scandé tout au long de leur manifestation dans les rues de Namur mercredi matin 2.000 agents des administrations locales wallonnes. Une mini-marée rouge avec une poche de vert et quelques touches bleues.
Raison de la colère des fonctionnaires ? Comme pour les autres travailleurs du pays : le pouvoir d’achat. Ils réclament une augmentation des salaires et de la prime de fin d’année. Mais le pouvoir d’achat n’est pas le seul problème dans le secteur public. L’autre grande inquiétude, c’est l’évolution de l’emploi dans les administrations.
Le tract distribué par le front Commun syndical donne des chiffres frappants. En 2004, l’emploi total dans les pouvoirs locaux wallons était de 120.058 agents ; en 2007, il était passé à 123.101. Mais c’est la répartition interne qui pose problème. Pendant cette période, le nombre d’emplois statutaires (les fonctionnaires « nommés ») est passé de 48.008 à 45.511 (soit 2.497 en moins) tandis que le nombre d’emplois contractuels est passé de 72.050 à 77.590 (soit 5.540 en plus). Ce qui signifie que les fonctionnaires nommés partent peu à peu à la retraite et qu’à leur place, les communes, les CPAS, les provinces et les administrations régionales engagent des gens sous contrat mais qu’elles ne nomment plus. Un peu partout, on croise ainsi des gens dans les administrations qui sont là depuis 10, 15, 20 voire 25 ans, qui ne sont toujours pas nommés et qui ont de moins en plus d’espoir de l’être. Ce qui pose évidemment un problème au niveau salarial mais surtout au niveau des pensions. Il est bien connu que les travailleurs nommés dans les services publics touchent en moyenne moins que dans le privé mais que ce handicap est compensé par une pension meilleure. Mais si les agents ne sont plus nommés, il ne leur reste plus que des désavantages à travailler dans le public...
Face à cette situation, les syndicats se heurtent à un mur. Dans les pouvoirs locaux qui ne nomment plus. Mais aussi au gouvernement wallon. La dernière convention sectorielle, c’est celle qui a été signée en… 2004 pour la période 2005-2006. Depuis deux ans, les discussions ne progressent pas : régulièrement des promesses de déblocage, de temps en temps une proposition orale mais jamais une seule proposition détaillée sur papier. C’est pour cela qu’excédés de ne rien voir venir de concret, les syndicats ont convoqué la manifestation de mercredi. Et, comme la dit la responsable régionale de la CGSP lors du petit meeting final, «cette manifestation a été un succès avant même d’avoir lieu» parce que les ministres Courard et Donfus (tous deux PS) ont enfin remis vendredi dernier les premières propositions écrites (le fait que les élections régionales de juin 2009 approchent à grands pas a dû aussi jouer dans la décision de nos éminents ministres !).
Les dirigeants des trois syndicats n’en ont pas dit plus, expliquant qu’ils avaient une réunion avec les ministres vendredi et que les instances syndicales feraient très rapidement le point de ces propositions avant d’en informer les militants. Le ministre Courard n’a pas le même genre de «retenue». La presse du lendemain évoque ses déclarations : il affirme que le budget wallon a dégagé 6 millions d’euros pour 2009 afin d’amener les communes et les provinces à favoriser l’engagement de statutaires, au moyen d’incitants financiers qui leur seraient concédés chaque fois que des contractuels seraient statutarisés. Mais Courard veut assortir cette proposition d’un «assouplissement du statut» visant à faciliter le renvoi des agents jugés «inaptes». Courard est donc en train d’innover en inventant des emplois « stables potentiellement précaires »...
Il est donc clair que les fonctionnaires ne sont pas au bout de leurs peines et il y a des chances qu’on entende encore à l’avenir quelques «Tous ensemble» dans les rues de Namur…
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