jeudi 4 décembre 2008

Négociations salariales: Ne pas choisir entre l’emploi et les salaires mais mettre le patronat au régime !

Les négociations pour l’Accord Interprofessionnel (AIP) 2009-2010 ont commencé à la mi-novembre. Le contexte est sombre : crise économique, récession en marche, baisse du pouvoir d’achat pour la majorité de la population et, pour couronner le tout, une inflation annoncée à 4,7% pour 2008.

Par Luc (Louvain)

On peut penser que cela annonce des négociations difficiles. Pourtant les responsables nationaux de la CSC et de la FGTB ont annoncé qu’ils espéraient boucler un accord en deux ou trois semaines. N’ont-ils pas écouté les revendications patronales? Ou s’apprêtent-ils à capituler avant même le début de la bataille ?

5,1%, c’est une provocation

Le rapport du CCE (Conseil Central de l’Economie) dit que les salaires ne peuvent augmenter que de 5,1% pour les deux années à venir afin de maintenir notre position compétitive par rapport aux pays voisins.

Le rapport du CCE est basé sur la prévision d’une réduction de moitié de l’inflation. Et cela même si le CCE reconnaît dans le même rapport que « les pressions inflationnistes semblent diminuer, mais les causes sous-jacentes de l’inflation sont toujours présentes. » Une nouvelle vague (par exemple, sous l’impulsion de nouvelles augmentations des prix du pétrole) ne peut donc pas être exclue.

En outre, de nombreux travailleurs dans le secteur privé n’auront leur ajustement d’index pour toute l’année 2008 qu’en janvier 2009. Pour eux, les 5,1% en deux ans seront déjà utilisés… après les deux premiers jours ! Une estimation trop basse de l’inflation serait donc favorable au patronat, surtout si celui-ci arrive ensuite à instaurer de nouveaux accords All-in dans différents secteurs.

Selon la Fédération des Entreprises de Belgique (FEB), la norme salariale précédente a été dépassée de 2,6% en 2007-2008 (7,6% contre 5%) à cause d’une inflation plus élevée que prévu. Le handicap salarial comparé aux pays voisins aurait donc augmenté de 2,6%. Cette augmentation « made in FEB » est une invention. D’abord, parce que, ces deux dernières années, l’inflation réelle a été de 6,5%. Et ensuite parce que la FEB ne tient pas compte de l’augmentation de la productivité qui va bien au-delà du 1% d’augmentations barémiques ou salariales que nous avons eues. Il y a donc bien eu une perte de pouvoir d’achat, surtout dans les secteurs où les augmentations étaient plafonnées par des accords all-in.

Pas d’espace pour des augmentations salariales?

Karel Van Eetvelt, dirigeant de la fédération patronale flamande des PME Unizo, a lancé une nouvelle provocation : les revenus les plus faibles pourraient un peu augmenter, mais pas sur le dos des entreprises. Il a donc réclamé un nouveau paquet de réductions de charges sociales pour les patrons.

Le principal argument des fédérations patronales est la crise économique. Elles disent que nous ne pouvons pas reproduire les erreurs des années ’70, c’est-à-dire qu’on ne peut pas combattre la crise avec des augmentations salariales. Pour elles, le choix est simple : des emplois ou des salaires.

C’est une copie conforme de l’argument que nous avons entendu au cours des dernières années dans une période de croissance économique relative : il fallait se serrer la ceinture, sinon la croissance économique risquait de se terminer, ce qui allait coûter des emplois. Maintenant que la crise est là, tout ce que patrons trouvent à nous dire, c’est de serrer la ceinture d’un nouveau cran. Mais les travailleurs ne sont pas responsables de la crise financière et économique actuelle.

Quelle réponse syndicale?

Malheureusement, les dirigeants syndicaux succombent aux chants de sirène des employeurs. Luc Cortebeeck, le n°1 de la CSC, a déclaré au quotidien flamand De Tijd qu’il y avait moins de marge pour cet AIP que pour le précédent. La n°2 de la FGTB, Anne Demelenne, a dit vouloir aller vers une hausse du salaire brut, en particulier pour le salaire minimum. Mais on n’entend plus jamais parler des 10% d’augmentation dont Rudy De Leeuw, le président de la FGTB, réclamait à l’occasion du 1er Mai (juste avant les élections sociales…). Même avec le premier chiffre avancé par le CCE (6,4%), la marge de négociation pour augmenter notre pouvoir d’achat était très faible. Et à 5,1%, elle est plus fine qu’une feuille de cigarette.

Les patrons essaient de nous enfermer dans le choix : maintien de l’emploi et rien pour le pouvoir d’achat ou bien un peu plus de pouvoir d’achat et des pertes d’emploi. Pourtant, les mêmes patrons ne se sont pas gênés pour mettre à la porte des milliers de travailleurs afin de gonfler leurs profits – c’est-à-dire leur pouvoir d’achat - au maximum. Leur droit à nous donner des leçons sur le maintien de l’emploi est donc fort limité... Mais bien sûr, ils utilisent cet argument pour ne pas devoir parler du seul véritable choix : maximaliser les profits patronaux ou bien maintenir l’emploi et augmenter les salaires et les allocations.

Les syndicats ne peuvent pas rentrer dans cette logique patronale. Pourquoi ne pas dire que nous avons été “modérés” pendant des années? Depuis 2006, la part des salaires dans le PIB est tombée sous les 50% tandis que les bénéfices des 30.000 plus grandes entreprises du pays équivalaient en 2007 à 77 milliards d’euros. Où est notre part du gâteau là-dedans ?

Avec une proposition de norme salariale de 5,1%, il y a peu de sens de négocier. Il est plutôt nécessaire de passer à l’action. Pour obtenir une réelle augmentation des salaires brut, il faut construire un rapport de forces solide, non pas avec des actions épisodiques et désorganisées ou en lançant des actions sans réelle campagne de mobilisation sur les lieux de travail. Il est grand temps d’informer la base pour la mobiliser pour l’emploi et le pouvoir d’achat et d’élaborer un vrai plan d’action. Mais cela ne sera pas possible tant que la logique patronale du néolibéralisme sera acceptée et intégrée par les dirigeants syndicaux.


Liens: