lundi 2 février 2009

10e ANNIVERSAIRE DE LA ZONE EURO

La crise capitaliste internationale qui s'est répandue ces derniers mois aura au moins permis de discréditer complètement les politiques et l’idéologie du libre marché qui a été appliquée ces vingt dernières années. Les partisans et idéologues du libre marché expliquaient alors que le capitalisme était ‘incontestablement’ entrés dans une nouvelle phase de paix et d'harmonie (!)notamment caractérisée par la coopération et l'intégration croissante des économies et gouvernements capitalistes. L'Union Européenne devait être l'exemple même de l'aplanissement des rivalités nationales. L’arrivée de l’euro, plus particulièrement, devait être le couronnement de l’unité du capitalisme européen…

Par Danny Byrne, Comité pour une Internationale Ouvrière


Cet article a été traduit par Eric VB, un sympathisant de notre parti. Si vous aussi voulez nous aider en traduisant des articles, en écrivant de petits rapports de manifestations, etc. n'hésitez pas et contactez-nous via redaction@socialisme.be


Les évènements de ces derniers mois ont descendu en flammes ces affirmations! Dès l'éclatement de la crise économique, "l'unité" et "l'action collective", tant vantées par les Etats européens ont été mises de côté et plusieurs gouvernements ont pris des décisions majeures face à la crise du marché en ne défendant chacun que leurs propres interêts économiques. Ce branle-bas de combat européen donne un clair aperçu de ce que sera cette nouvelle période de rivalités nationales intenses qui accompagnera le déclin économique international.

Divisés et désespérés

Le samedi 4 octobre 2008, alors que les actions en bourses dégringolaient dans le monde des suites de la faillite du secteur financier américain, les dirigeants des quatre principales puissances économiques européennes se sont rencontrés à Paris afin de discuter d'une réponse coordonnée face aux menaces pesant sur leur système financier. Le Britannique Gordon Brown, la Chancelière allemande Angela Merkel, le président français Nicolas Sarkozy et l'Italien Silvio Berlusconi ont traversé des semaines difficiles, à l'instar d'autres gouvernements dans le monde, allant de désastre en désastre, visiblement incapables de stabiliser une économie mondiale en chute libre.

Sans surprise, ils n'ont pu décider d'aucune action conjointe. Quelques jours auparavant, ils avaient été irrités par leurs homologues irlandais et grecs quand ces derniers ont garantit tout dépôt bancaire. Angela Merkel a qualifié les décisions du ministre des finances irlandais Brian Lenihan d’"inacceptables". Lenihan a offert une garantie aux banques irlandaises, mais également aux banques étrangères établies sur le territoire ce qui créait une entorse aux règles du marché européen. De fait, l'attitude du capitalisme irlandais - qui ne se préoccupe guère des interêts de ses partenaires européens - mais également l'incapacité des quatre dirigeants à trouver une solution à Paris démontrent les limites de l'intégration du capitalisme européen ainsi que l'ampleur de la crise.

L'aspect fondamental de ces limites est l'opposition entre les interêts des différents gouvernements nationaux capitalistes en compétion. Alors que l'impérialisme et la mondialisation nécessitent une expansion mondiale et des connections financières multiples, la base socio-économique du capitalisme reste l'Etat nation. En ces temps de panique et de crise, alors que les élites nationales se réunissent pour mieux exploiter les travailleurs, ils se terrent chacun dans leur coin comme l’illustre la garantie de la banque irlandaise.

Cette tendance reflète clairement l'incapacité des leaders européens à mettre en place un plan de relance global. Seul espoir du capitalisme européen, l'idée d'un bouclier européen pour le secteur bancaire a été rejetée. Les commentaires du ministre allemand des finances, Peer Steinbrück, éclairent encore un peu plus l'inaptitude du capitalisme européen à agir comme un seul homme. Revendiquant le fait que l'Etat allemand doit rester seul maître lorsqu'il s'agit de ses interêts, il a déclaré "la Chancelière et moi rejetons l'idée d'un bouclier européen car les Allemands refusent de contribuer à un pot commun sur lequel ils n'auraient pas de contrôle".

Un plan de relance européen a finalement vu le jour sans avoir paré à l'urgence, plus de deux mois après le début de la crise financière.

La faiblesse de l'Euro révélée

Même l'Euro - la monnaie représentative de la majorité des pays d'Europe arrivée au dixième anniversaire de son introduction (les monnaies nationales des pays participants, alors ont cessé d’exister à part entière le 1er janvier 1999 pour devenir de simples subdivisions de la monnaie européenne, pièces et billets étant introduits en 2002) - se révèle une monnaie instable au vu des évènements récents. L'effondrement de la valeur de l’euro est une fois encore un signe de l'incapacité des dirigeants à agir ensemble pour stabiliser les marchés. Des rapports parlent même d'agents de change appliquant un taux variable en fonction du pays d'où provient l’euro.

En Allemagne, un nombre croissant de citoyens préfèrent retirer l'argent dans les agences bancaires plutôt qu'au distributeurs afin de s'assurer des billets allemands. Au début de la crise, Simon Derrick, directeur des crédits de la banque new-yorkaise Mellon, s'est exprimé dans le Daily Telegraph : "mon inquiètude vient d'un effet boule de neige, qui menacerait l'union monétaire." Cette inquiètude sur l'avenir de la valeur euro est entièrement justifiée.

L'Euro et l'Union Monétaire Européenne, tout comme l'Union Européenne, sont constitués d'éléments instables, avec des interêts nationaux différents, qui ne peuvent être soudés artificiellement. L'Euro a été lancé au moment précis où le capitalisme européen surfait au plus haut de la vague économique et l'arrivée d'une monnaie commune semblait alors être un outil parfait. Quoiqu'il en soit, l'introduction de l'euro n'a pas abouti à une convergeance des économies de l’Union Européenne, économies qui gardent leur caractère national. Ce qui est certain, c'est qu'il suffit d'une crise dans l'un des pays membre de l'Union pour que celle-ci soit affectée dans son ensemble et, comme nous le prouvent les exemples de la crise actuelle, les Etats voisins plus puissants sont réticents à venir soigner le malade...

Toutes ces évolutions viennent clairement saper les arguments avancés récemment par certains journalistes économiques et politiciens, comme Peter Mandelson en Grande-Bretagne, selon lequel cette période serait idéale que les pays hors de la zone euro la rejoingnent afin de lui assurer une stabilité. Si d'aventure la Grande-Bretagne désirait faire son entrée dans l’Union monétaire, l'Allemagne et la France s'opposeraient à l'arrivée du capitalisme britannique, la zone euro est déjà traversée par les combats des économies irlandaise, grecque et espagnole. Pour les autres Etats, notamment ceux arrivés après la signature du Traité de Nice en 2003 mais dont l'intégration est suspendue, ou ceux qui comme la Suède ou le Danemark ont refusé d'adopter l'euro, la perspective de rejoindre des économies malades est pour le moins rébarbative!

"Soulagement fiscal" et baisse de crédit.

La désunion et l'interêt national personnel des gouvernements face à la crise amène la question suivante : quel était le fondement d'une monnaie unique européenne forte? Dès l'éclatement de la crise en effet, des économies en difficulté comme l'Italie qui accuse un déficit budgétaire important (cause d'une récente crise en 2006) ou l'Espagne (pour laquelle la commission européenne prévoit un déficit de 6% pour 2009) et l'éclatement de la bulle immobilière au sein de sa propre économie pourraient encore faire dévaluer l'euro et affecter tous les Etats membres.

Le "Pacte de Stabilité" qui précise que les Etats membres doivent rester sous la barre des 3% de déficit annuel apparaît comme une tentative irréaliste de rassembler les économies européennes.

Depuis quelques temps, quatre pays européens (l’Espagne, la Grèce, l’Irlande et le Portugal) voient l'état de leurs finances publiques se déteriorer rapidement, ce qui pourrait avoir une incidence sur leurs dettes publiques, avec de sérieuses implications qui feraient grimper en flèche les taux d'emprunts dans ces pays. Dans le contexte de la crise actuelle, avec des gouvernements qui tâtonnent dans le noir, criblés de dettes, l'impact des derniers évènements pourrait être désastreux.

Dans le cas de l'Irlande par exemple, les prévisions parlent de 20 milliards d'euros de crédit pour cette année (quasiment la moitié de son PIB). Une hausse des taux aggraverait sa situation économique.

En réponse aux inévitables contournements de la loi fiscale européenne par tout un tas de pays, un assouplissement de la législation a été mis en place dans les derniers mois de 2008. Les évènements récents montrent à quel point le malaise est profond au sein de l'Union Européenne. La chute des capitaux de certains pays comparé à certains Etats "fiscalement prudent" comme l'Allemagne, la Belgique et les Pays-Bas, a aggrandi le fossé entre leurs avoirs propres.

Le fait que ces états soient liés l'un à l'autre par l'Union Monétaire Européenne signifie que les dévaluations et les crises de plusieurs pays européens auront un impact néfaste sur des puissances européennes plus fortes.

Dans le Financial Times, Tony Barber et David Oakley ont souligné le danger que pourrait représenter l'assouplissement fiscal pour plusieurs pays, en particulier l'Allemagne:

"L'Allemagne, qui a fait des efforts considérables pour maintenir son économie ces trois dernières années, n'est pas la seule concernée par un assouplissement fiscal excessif qui aura des répercussions sur l'Union Monétaire Européenne à plus long terme et fera des dégâts conséquents, un prix que les Allemands refusent de payer."

Dans la période de trouble économique à venir, des pays comme l'Italie, la Grèce ou l'Espagne seront forcés d’être maintenus dans l'Union Monétaire, l'euro ne pouvant être exclu. Comme le Comité pour une Internationale Ouvrière l'a souligné à de nombreuses reprises, les conflits entre les interêts nationaux économiques ne pourront être aplanis par le capitalisme.

Ragaillardis par l'effondrement de l'économie stalinienne de Russie et d'Europe de l'Est, plusieurs puissances européennes ont réussi à se réunir et à collaborer afin de créer des conditions idéales à la montée du capitalisme. L'Union Européenne permet aussi aux patrons de profiter du marché américain et chinois. En ce qui concerne les millions de travailleurs européens, l'Union Européenne est une union des patrons et des exploiteurs, unis dans la nécessité pour eux de persécuter les travailleurs.

L'Union Européenne des patrons.

Le caractère anti-travailleur de l'Union Européenne est bien illustré par le rôle qu’ont eu ses institutions au cours de la dernière période de croissance, en parfaite union et coopération avec le front néo-libéral mondial. Alors que les profits ont grimpé en flèche, l'élite européenne a mis en place une campagne de dévaluation des salaires, d'augmentation du temps de travail et a facilité les privatisations.

L'Union Européenne joue un rôle crucial dans la guerre menée contre les services publics par le néo-libéralisme. Le traité de Lisbonne, la constitution européenne tant désirée qui a été rejetée par les électeurs irlandais en juin 2008 (en attendant d'y être représentée à nouveau) est un appel clair à "l'uniformisation des mesures de libéralisation". En d'autres termes, une généralisation du démantèlement du secteur public en Europe et la vente de services vitaux comme les soins de santé et l’enseignement à des spéculateurs avides.

Pour une Europe socialiste !

Le refus du traité de Lisbonne par les électeurs irlandais en juin 2008 est un exemple pour les travailleurs et les jeunes d'Europe en guise de réponse à l'élite européenne. Le Socialist party(la section du CIO en Irlande) appellera à voter "NON" au prochain traité, resoumis au vote malgré le fait qu'il a déjà été rejeté par le référendum précédant. Quoiqu'il en soit, voter NON à un référendum ne suffira pas à sauver les travailleurs européens du chômage, des attaques et de la souffrance causés par une période de récession économique prolongée.

Les gouvernements européens feront en sorte d'ignorer les impacts de cette crise sur les travailleurs et leurs familles. Les attaques des patrons et des gouvernements provoqueront une nouvelle vague de radicalisation lors de la riposte des travailleurs et des jeunes. L'essor de nouveaux partis des travailleurs "de masse", à travers toute l'Europe, sera une des facettes les plus importantes de ce processus.

La seule alternative viable à la crise capitaliste est une économie socialiste planifiée pour qui l'avenir de l'emploi et des conditions de vie ne sont pas tributaires d'une économie de casino capitaliste. Elle verrait l’émergence d’une économie européenne planifiée répondant aux besoins de la grande majorité et non à ceux des supers-riches représentés à l'Union Européenne et dans les différents gouvernements nationaux.

La lutte des travailleurs européens doit démontrer le pouvoir de la classe ouvrière à mettre fin à cette dictature du capital personnifiée par les élus européens pour la remplacer par un modèle socialiste. Sur base d'un pouvoir démocratique sur l'économie et la société exercé par la classe ouvrière, nous pouvons obtenir une réelle solidarité, un réel partenariat, entre les travailleurs de tous les pays dans des Etats Unis Socialistes d'Europe.


ELECTIONS EUROPEENNES DU 7 JUIN 2009

Le Parti Socialiste de Lutte se présentera aux prochaines élections européennes, tout comme différentes section de notre internationale, le CIO, à travers l'Europe. Nous nous présenterons en Belgique francophone en commun avec la Ligue Communiste Révolutionnaire (LCR) afin d'utiliser ensemble cette opportunité pour mettre en avant la nécessité de construire en Belgique un nouvel outil politique pour les travailleurs et leurs familles, un nouveau parti des travailleurs qui puisse être le relais des luttes des travailleurs, des jeunes, des allocataires sociaux,...


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