mardi 14 avril 2009

Tous unis derrière le PS ?

Nous traversons la plus terrible crise économique depuis les années ‘30. Le prestige du capitalisme en a déjà pris un coup et les certitudes néolibérales chancellent. La gauche devrait être fortement à l’offensive et la droite se trouver dans les cordes. Dans plusieurs pays autour de nous, des formations de gauche ont d’ailleurs commencé à percer. Si on inclut la social-démocratie et les verts avec les nouvelles formations, la gauche y représente généralement 50% des voix. En Flandre, par contre, les sondages ne lui donnent qu’environ 20%, à peine la moitié du score cumulé des populistes de droite, des séparatistes et des néo-fascistes. En Wallonie, elle approche encore les 50% (et 40% à Bruxelles), mais elle n’est plus incontournable comme par le passé.

Par Eric Byl

La tentation est grande d’imputer de telles intentions électorales à une «droitisation» de la société flamande et à chercher des explications «culturelles». Mais la percée de populistes de droite ou de l’extrême-droite n’est pas spécifique à la Flandre. Les Pays-Bas ont connu Pim Fortuyn, Rita Verdonck et connaissent toujours Geert Wilders. En Allemagne, les Republikaners, la DVU et le NPD ont successivement connu leur heure de gloire. Même en France, on se rappelle que Le Pen est passé au deuxième tour lors des avant-dernières élections présidentielles. Ce qui distingue la Flandre, ce n’est donc pas tant par la montée de sa droite que la faiblesse de sa gauche.

Nous ne sommes pas condamnés au « moindre mal »

D’ici aux élections de juin, nous devons nous attendre à une succession d’appels en faveur de l’unité à gauche et du vote utile. En Flandre, devant le péril Dedecker-Dewever-Dewinter, « l’unité à tout prix » semble être la dernière digue pour stopper la droite. Comme lors des précédentes élections, la FTGB flamande appellera certainement à voter pour le SP.a. En Wallonie et à Bruxelles, le danger de voir le MR libéral devenir le premier parti dans la Communauté sera aussi utilisé par la direction de la FGTB pour favoriser un vote pour le PS. Il y a quelques semaines, à l’occasion d’un débat à Bruxelles, j’ai moi-même été surpris par le chaleureux appel à voter pour le PS lancé par Anne Demelenne, secrétaire générale de la FGTB.

Ce type d’unité “tous derrière le PS” (même si, pour beaucoup, c’est plus au nom du «moindre mal» que de l’appui enthousiaste) – est une impasse pour la gauche. Au pouvoir, le PS a été le complice – et parfois même le moteur – de l’affaiblissement des services publics et des privatisations, des intérêts notionnels et des cadeaux fiscaux en tous genres au patronat, des manipulations de l’index et de la baisse du pouvoir d’achat, et aujourd’hui du sauvetage des banquiers et de l’impuissance face aux fermetures et aux licenciements. Et le PS et le SP.a ont joué de toute leur influence et de tout leur poids pour bloquer les luttes syndicales contre le Plan Global en 1993 et contre le Pacte des Générations en 2005. Redonner un nouveau chèque en blanc au PS, c’est se lier les mains et les pieds avant d’affronter les nouveaux plans d’austérité que le patronat réclame et que Van Rompuy prépare déjà pour après les élections.

Le PSL est un grand partisan de l’unité, y compris lors des élections. Mais nous voulons que ce soit une unité pour la lutte, pour un programme revendicatif clair et dans la perspective de redonner une voix aux travailleurs qui ne se sentent plus représentés par les partis traditionnels. Le PSL a été la principale force à l’intérieur du Comité pour une Autre Politique (CAP), quand il représentait encore quelque chose. Nous participons aujourd’hui encore à des listes unitaires à Bruxelles et en Wallonie. Nous avons aussi écrit des lettres ouvertes au PTB, des deux côtés de la frontière linguistique, ainsi qu’à SPa-Rood (un petit groupe d’opposition au sein du SPa) en leur proposant de collaborer. Sans réponse jusqu’à présent.

Le développement de nouveaux partis de gauche – comme Die Linke en Allemagne, le Socialistische Partij aux Pays-Bas et le Nouveau Parti Anticapitaliste en France – a replacé la gauche à l’avant-plan et a constitué un encouragement à la lutte pour les travailleurs et les jeunes. C’est ce type d’unité, et pas l’ « unité à tout prix » autour du PS, qui mérite pleinement notre soutien. L’unité à gauche peut être un stimulant énorme pour le mouvement ouvrier. Mais, comme chaque médicament, il doit être pris dans des conditions correctes et de justes proportions.

(*) Walter Pauli, De Morgen 27/2