Chine : 58 000 «incidents de masse» au cours des trois premiers mois de 2009
Les dernières statistiques confirment la craine du régime face à l'instabilité croissante
Au cours des trois premiers mois de cette année, alors que le nombre de pertes d'emplois et de travailleurs migrants rentrant chez eux a monté en flèche, la Chine a connu un nombre étonnant de 58 000 «incidents de masse». Dans la langue du gouvernement, ce mot signifie grèves, manifestations, barrages routiers et toute autre forme de lutte populaire. Ces nouvelles données proviennent d'agences de Hong Kong qui sont chargées de mesurer la stabilité politique de Chine continentale.
Ces données indiquent que, dans la période allant de janvier à mars 2009, on a vu 58.000 «incidents» impliquant 25 personnes ou plus. Si cette tendance devait se poursuivre, alors cela signifierait que 2009 brisera tous les records précédents, avec 230.000 «incidents de masse», contre 120.000 en 2008 et 90.000 en 2006 (en d'autres termes, cela signifie qu'il se produit en Chine un «incident de masse» toutes les 2 minutes et demie, contre un toutes les cinq minutes l'année passée).
Le parti «communiste» au pouvoir est peu enclin à divulguer l'ampleur du mécontentement et des protestations populaires, de peur que cela n’encourage d'autres personnes encore à prendre les rues d'assaut pour protester contre toute une série d'injustices, essentiellement contre les expropriations de terrain, les arriérés salariaux, les fermetures d'usines, les coupes salariales et les menaces de pollution. Cette année, le régime est particulièrement nerveux, à cause des graves effets du ralentissement économique et de la «crise financière mondiale», qui est en fait aussi aujourd'hui une crise industrielle, et autant locale que mondiale. Jusqu'à 30 millions de travailleurs migrants ont perdu leurs emplois depuis l'été dernier, et des millions ont été forcés d'accepter de plus bas salaires cette année, afin de trouver de nouveaux emplois.
Les autorités «communistes» sont particulièrement effrayées par les protestations ouvrières et par toute indication qui montrerait que les travailleurs commencent à tisser des liens d'une cité à l'autre et internationalement. Le point de vue du régime est que les travailleurs ne sont pas capables de s'organiser par eux-mêmes et, là où ils y parviennent, c'est qu'ils reçoivent une aide extérieure. Un exemple spectaculaire de lutte s'est produit ce Premier Mai, lorsque des centaines de mineurs de charbon de la province de Jiangsu (au nord de Shanghai) ont organisé une grève sauvage couplée à une manifestation pour revendiquer des hausses de salaires et plus d'investissement dans la sécurité au travail. L'action des travailleurs s'est déroulée malgré les tentatives répétées de la police, des gérants de la mine, et du gouvernement provincial d'empêcher leur action de protestation (un rapport plus complet sur la lutte des mineurs de Jiangsu apparaîtra bientôt sur notre site chinois chinaworker.info).
