mercredi 15 juillet 2009

Sans-papiers: Une autre stratégie est nécessaire

Ecrire un article sur les sans-papiers est profondément déprimant. Certainement pas à cause des sans-papiers. Leur détermination à obtenir une régularisation et des papiers qui leur donneraient une chance de vivre une vie un peu décente chez nous force l’admiration.

Par Jean Peltier

Ce qui donne l’impression de devoir écrire chaque mois le même article que les mois précédents, c’est le blocage complet de la situation. Car il est absolument clair que Turtleboom a été placée par son parti, le VLD, à la tête d’un ministère qu’on a osé appeler de l’Asile et de la Migration avec comme seule mission d’empêcher que ce dossier avance d’un millimètre. Et elle se tient à ce mandat avec une arrogance glaciale, un mépris total pour les sans-papiers et une indifférence complète face aux souffrances quotidiennes de dizaines de milliers de familles. C’est qu’une partie non négligeable des petits patrons (notamment dans des secteurs comme la construction, la restauration ou la fruiticulture) qui soutiennent et financent le VLD et le MR profitent de travailleurs qu’ils peuvent surexploiter parce que, faute de papiers, ceux-ci n’ont ni sécurité sociale ni véritables moyens de défense.

Cette situation désespérément bloquée a conduit des groupes de sans-papiers à utiliser ce qui leur semble être le dernier moyen de pression possible : la grève de la faim. Certaines actions se sont terminées par des demi-victoires avec l’octroi de permis de travail provisoires qui pourraient permettre de relancer ensuite des procédures de régularisation individuelles ou familiales. Mais l’Office des Etrangers freine des quatre fers les procédures et remet systématiquement en cause les concessions qu’ils ont du faire. Et tout montre que Turtleboom et l’Office des Etrangers ont encore durci leur position ces derniers temps : ils sont prêts à laisser crever les grévistes sans plus bouger.

Le départ des libéraux du gouvernement fédéral semblant peu probable malgré leur échec aux récentes élections régionales, la situation risque de rester bloquée pendant encore longtemps. Ce devrait être l’occasion pour le mouvement des sans-papiers de réfléchir à sa stratégie. Les pressions « respectueuses » sur les partis parlementaires (qui sont la seule perspective avancée par les organisations « humanitaires » soutenant les sans-papiers) ne donnant aucun résultat, les sans-papiers devraient se tourner vers la seule force qui pourrait exercer une pression réelle : les travailleurs et leurs syndicats. En s’organisant syndicalement, en intervenant dans les assemblées, en convainquant les travailleurs « avec papiers » que la régularisation des sans-papiers est aussi dans leur intérêt, ceux-ci pourraient élargir la solidarité réelle de manière à pouvoir mener des actions de plus grande ampleur contre les patrons profiteurs et leurs relais politiques.

Ubrique "sans papiers" de socialisme.be