Revue de l’année (3) – La gauche de retour à l’agenda
La crise du capitalisme s’accompagne d’une remise en cause du système. Cela ne conduit pas encore immédiatement à un mouvement et à une radicalisation généralisés sur les plans politique et syndical, mais quelque chose se passe sous la surface des choses. Cela entraîne aussi des questions sur le type de luttes syndicales et politiques dont nous avons besoin. Voici quelques exemples internationaux.
Lindsey Oil Refinery : un mouvement de grève réussi
La grève de la Lindsey Oil Refinery a été un grand sujet de controverse au sein de la gauche britannique. L’immense offensive médiatique qui a tenté de présenter les grévistes comme des nationalistes et des racistes a visiblement réussi à pénétrer certains cercles de gauche. En réalité, ce n’était pas une grève nationaliste. Les ouvriers de la LOR ont lutté pour leurs conditions de travail et leurs emplois en partant en grève et en s’organisant entre autres avec un comité de grève.
Le point de départ de la grève a été la tentative de la direction de faire effectuer une partie du travail par un sous-traitant qui engageait des ouvriers italiens et portugais, meilleurs marchés. Dans l’Europe du capital, cela s’appelle la «libre circulation des biens et des services». Les ouvriers ont réagi en revendiquant des salaires et des droits syndicaux égaux pour chaque employé.
La division entre les travailleurs de différentes origines n'a pas été amenée par les travailleurs eux-mêmes, mais par le patronat. Keith Gibson, un membre du comité de grève et du Socialist Party (CIO-Angleterre et Pays de Galles), a clairement expliqué que les actions ne visaient pas les travailleurs étrangers, mais bien les entreprises qui cherchent systématiquement à tirer vers le bas les conditions de travail et de salaire des travailleurs. Cette action a par la suite entraîné une vague de grèves spontanées dans tout le secteur. Cela a bien entendu entraîné des résultats: Total, le propriétaire de la raffinerie, a cédé sur les points les plus importants des grévistes. Les travailleurs italiens et portugais ont obtenus des droits identiques à ceux des travailleurs britanniques. Non seulement cette grève a pu l’emporter contre les lois de l’Europe du capital, mais elle a aussi démontré que les législations antigrève britanniques sont sans effet pour autant que la masse des travailleurs se mette en mouvement.
Guadeloupe: la grève générale arrache une augmentation salariale
La Guadeloupe a connu 44 jours de lutte. Bien qu’unis sur la question du niveau de vie, de la lutte pour la hausse des salaires, les milliers de grévistes et de militants ne limitaient pas leurs revendications à cela. Toute une série de revendications politiques et culturelles posaient la question de la nature même de la société aux Antilles. Le capitalisme structure les rapports sociaux mais dans une société ayant hérité d’une économie coloniale où la classe dominante s’était enrichie grâce à l’esclavage et à l’économie d’exportation. Ainsi, comme toute grève générale, celle de la Guadeloupe posait la question de qui détient le pouvoir, du rôle de l’Etat qui est ici à la fois en faveur des classes bourgeoise et moyenne de l’île mais aussi aux mains de l’impérialisme français.
Le 30 janvier, 60.000 manifestants avaient défilé. Après plus de six semaines, une augmentation salariale de 200 euros par mois avait entre autres été acquise pour les plus faibles revenus. En novembre, l'annonce de la hausse des prix du pétrole a de suite conduit à la menace d'un nouveau mouvement de grève.
Nouvelles formations de gauche: il faut rester conséquemment à gauche, en s’orientant vers les luttes
Pour les nouvelles formations de gauche, 2009 a été une année mixte. Dans différents pays, beaucoup de problèmes ont été rencontré pour saisir le potentiel présent. Les élections européennes n’ont pas été un succès pour toutes les formations de gauche. Die Linke, en Allemagne, n’a pas atteint les résultats que pronostiquaient les sondages un an plus tôt et a obtenu à peine plus que le PDS en 2004. Syriza, en Grèce, a obtenu 4,7% alors que cette formation avait grimpé dans les sondages à concurrence de 18% en 2008. Le NPA français n'a pas obtenu 4,8% et aucun élu au sein du parlement européen. De son côté, Rifondazione Comunista (Italie) a chuté sur le plan électoral. Le SP néerlandais a obtenu 7%, moins que lors des élections nationales. Heureusement, il y a aussi eu des exceptions, dont le résultat frappant en Irlande de notre camarade Joe Higgins, du Socialist Party, de même que pour le Bloc de Gauche au Portugal.
En France, cette année, différentes grèves nationales se sont développées. Fin janvier 2,5 le million de manifestants pour le travail, le pouvoir d'achat et les services publics. En février, le NPA a été finalement mis sur pied, le Nouveau Parti Anticapitaliste avec son porte-parole bien connu Olivier Besancenot. Notre organisation-sœur française, la Gauche Révolutionnaire, a dès le début été associée aux discussions au sujet du NPA. Nous avons de suite expliqué que ce nouveau parti devait se tenir sur deux jambes: la présence dans les mouvements de lutte des travailleurs et des jeunes et défendre un programme socialiste. L’attention trop importante accordée aux élus et aux possibilités de percée électorale constitue aujourd'hui une grande menace pour le développement ultérieur du NPA, de même que son développement peu clair.
En Grèce, Syriza a connu un développement immense dans les sondages. Cette coalition de différentes formations de gauche radicale a donc déçu lors des dernières élections européennes. Ici aussi, la confusion politique n’a pas été un atout, notamment au sujet de la possibilité de coalitions avec les formations bourgeoises et de la politique du parti pour l'Etat. Différentes grèves générales ont eu lieu cette année, mais la confusion a été telle que Syriza n’a pas pus saisir le potentiel qui était présent dans la société grecque.
En Italie, Rifondazione Comunista a terriblement chuté. Le parti a été touché par la division et de grandes tensions internes suite à un cours politique particulièrement désastreux basé sur le soutien à des gouvernements de «gauche» sans s'opposer aux assainissements et aux privatisations qui sont venues de partis de «gauche». La politique du «moindre mal» contre Berlusconi a conduit à la catastrophe. La lutte conséquente contre les coalitions qui appliquent une politique d’assainissement reste nécessaire pour les formations de gauche, et cette expérience est un avertissement, pour Die Linke par exemple.
Quelques développements intéressants et positifs ont encore pris place à gauche. La fédération de chemin de fer britannique a ainsi participé aux élections européennes en lançant une liste de syndicalistes et de militants politiques. Et, bien entendu, il y a eu le résultat spectaculaire pour du Socialist Party à Dublin, où notre camarade Joe Higgins a récolté 12,4% des voix et a été élu au parlement européen.
Où va l’Amérique Latine
L'Amérique Latine s’est retrouvée ces dernières années à l’avant-plan de la lutte contre la droite et l'impérialisme. Sous la pression de la population, des régimes populistes de gauche sont arrivé au pouvoir. Nous avons toujours soutenu qu’une rhétorique anticapitaliste n’est pas suffisante en soi, mais qu’elle doit être accompagnée par des actes. C’est certainement le cas en période de croissance économique, mais ça l’est encore plus en période de crise économique, une période qui met à mal les réformes mêmes restreintes qui ont pu être obtenues, comme au Venezuela par exemple.
Cette année encore, des mouvements importants ont eu lieu en Amérique Latine. Au Pérou, des protestations massives ont eu lieu contre la politique de droite du président Garcia, notamment de la part de populations indigènes. Au Honduras, le coup d’Etat qui a déposé le président Zelaya a conduit à des protestations massives.
Hugo Chavez, au Venezuela, a continué à recevoir beaucoup d’attention, notamment suite à la crise économique et à la chute des prix du pétrole, une source importante de revenus pour son programme de réformes. L'avenir du Venezuela est actuellement incertain. Le danger existe d'une militarisation croissante et de la progression du phénomène de «boli-bourgeois». Chavez doit aller de l'avant et nationaliser les secteurs de clé de l'économie pour parvenir à un système de démocratie des travailleurs.
La radicalisation se poursuit
Les mouvements de masse ne sont cependant plus un phénomène restreint à l'Amérique Latine. L'Iran a ainsi connu cette année un mouvement massif qui se poursuit encore aujourd'hui. En juin, le mouvement a éclaté après la fraude d'Ahmadinejad lors des élections présidentielles. Ce mouvement est venu après quelques années d'actions menées par des jeunes et des travailleurs. Cette explosion n'est pas inattendue pour les militants du PSL. Avant les évènements de juin dernier, nous avions déjà protesté plusieurs fois à l'ambassade iranienne pour témoigner de notre solidarité avec les actions des jeunes et des travailleurs en Iran.
Les protestations de juin ont constitué un tournant important, le régime extrêmement répressif étant massivement contesté dans la rue. Le mouvement peut l'emporter pour autant que le mouvement ouvrier prenne le devant des contestations.
