Carrefour. Rapport, photos et interview de Bruxelles
Ce samedi 27 février, une grève a été organisée sur tous les Carrefour. A Bruxelles, les membres du PSL-LSP sont intervenus à différents piquets devant des magasins pour construire la solidarité avec les travailleurs en lutte, discuter avec eux, distribuer notre tract et notre journal. Nous avons été présent à Drogenbos, Leeuw-Saint-Pierre et Les Halles. Voici quelques photos, rapports et interviews.
> Chez Carrefour aussi, on peut obliger la direction à retirer son plan!
> 1672 licenciements chez Carrefour: il faut résister!
> Rubrique "distribution" de socialisme.be
De nos archives
- 2007: GB : 900 emplois menacés
- 2007: Wal-Mart: le modèle américain
- 2008: Carrefour solde ses employés
- 2008: Nouvelles actions de grève aux Carrefour et nouvelles agressions patronales
- 2008: La colère chez Carrefour ne diminue pas
- 2008: Des huissiers employés pour casser les piquets de grève
- 2008: Carrefour - Une lutte à l'issue décisive pour l'avenir
- 2009: Les syndicats contre Carrefour (et la limitation du droit de grève)
- 2009: Protestation contre les attaques sur le droit de grève
Drogenbos: interview avec une déléguée CNE
Samedi, nos militants ont rejoint à leur piquet les travailleurs en lutte de Carrefour, afin de leur apporter notre soutien. Au carrefour de Drogenbos, une vingtaine de travailleurs membres de la CNE et du SETCA étaient présent. Nous y avons été bien accueillis et notre tract mettant en avant une proposition pour poursuivre la lutte, il a été lu avec intérêt. Nous avons réalisé une interview d’une déléguée CNE présente.
Quelles sont les conditions de travail actuelles chez Carrefour?
"Il y a de moins en moins de personnel. Des départs et des congés-maladie de longue durée ne sont pas remplacés. Des intérimaires sont engagés de temps en temps pendant les périodes où il y a le plus de monde comme les fêtes de fin d’année. Mais ce n’est toujours que pour 1 à trois mois maximum."
Quelle est votre réaction face à l’annonce du plan de restructuration du groupe?
"Ils annoncent la perte de 1.600 emplois, mais ils ne vont certainement pas s’arrêter là. Je pense que facilement 5.000 travailleurs peuvent perdre leur boulot. Le groupe Mestdagh veut reprendre les surfaces de certains magasins mais pas les travailleurs. Ils disent que nous coûtons trop chers car la moyenne d’âge chez nous, c’est 40 ans. De plus, il y a 21 magasins qui doivent fermer: seuls certains seront repris. Ils ont le projet aussi d’en franchiser 7 autres. Ce qui signifie pour les travailleurs de ces magasins qu’ils tombent sous une autre commission paritaire. C’est une attaque contre les conditions de travail: diminution de 30% des salaires, perte des congés propres à Carrefour. Cela revient pour un temps plein à la perte de 3 semaines de congé par an."
Qu’est ce qui va se passer maintenant?
"Nous sommes à l’arrêt depuis mardi. La grève s’est déclenchée à la base de manière spontanée. Ce sont les travailleurs qui ont décidés d’arrêter. Quel plan pour l'avenir? Cela dépend des négociations qui commencent mercredi. De toute manière, le plan est refusé. S’ils veulent nous l’imposer, nous étendrons nos actions. Carrefour a près de 500 magasins franchisés. Ce sont eux qui rapportent le plus à la direction et aux actionnaires. Les frais salariaux sont beaucoup plus bas mais les conditions de travail aussi. Si c’est nécessaire, nous irons bloquer ces magasins franchisés pour obliger la direction à négocier."
Les Halles: Rapport et photos
Une douzaine de travailleurs du Carrefour Les Halles, situé au centre ville de Bruxelles, ont participé ce samedi matin au piquet de grève devant le magasin. Le Carrefour Les Halles est l’un des plus grand super GB et compte une centaine de travailleurs. Ce magasin ne fait pas partie des 21 qui doivent fermer, mais personne n’est dupe et chacun sait que le personnel d’aucun magasin ne sera épargné par le plan de la direction.
Notre présence et notre solidarité au piquet sont appréciés et notre tract est bien reçu. La colère et la volonté d’empêcher les pertes d’emplois est sont fort présentes. "A notre âge, personne ne va nous embaucher" exprime une travailleuse fâchée sur Joëlle Milquet, qui a déclaré que l’emploi existe. "Si la direction réussit à faire ce qu’ils veulent, ce sera la porte ouverte pour les autres patrons de faire le même partout ailleurs" nous explique une syndicaliste. "On va finir par atteindre le million de chômeurs", "Les jeunes quel avenir ont-ils?" peut on encore entendre au piquet.
Un peu plus tard, un travailleur lit à haute voix les dernières déclarations concernant la journée de grève nationale de Gérard Lavinay, le patron de Carrefour Belgique, sur son Gsm via Le Soir mobile: "Cela va me faire extrêmement mal" déclare t’il à-propos des 14 millions de perte qu’il estime pour la journée de grève. "Et nous, ils ne nous font pas mal peut-être?" s’exclame une militante.
Leeuw Saint Pierre: rapports et photos
A Leeuw Saint Pierre, une quarantaine de travailleurs se trouvaient devant l’entrée. Le piquet était principalement constitué de syndicalistes bleus et verts. L’implication dans la lutte est grande parmi les travailleurs, et il n’y avait pas de non-gréviste. Le magasin est sur la liste des hypermarchés qui doivent fermer selon les volontés de la direction. L’ambiance au piquet est combative, personne ne veut laisser passer comme cela le diktat de la direction. On s’inquiète surtout des travailleurs les plus âgés. «Ils sont encore trop jeune pour la prépension, mais trop vieux pour être réengagés. Que vont-ils devenir? Chaque emploi perdu ici est peut-être irrévocablement perdu», explique un syndicaliste bleu. Ces ont surtout des travailleurs néerlandophones qui sont présents au magasin, avec seulement une dizaine de francophones. «Un jour, nous avons été 300 à travailler ici» raconte un délégué vert, «mais là, il ne reste qu’au maximum 100 personnes»
Aucun client n’est venu «tout le monde sait que c’est fermé aujourd’hui», mais des syndicalistes d’autres entreprises et secteurs sont venus. On retrouve ainsi au piquet un ouvrier du bâtiment venu soutenir sa femme qui est déléguée chez les bleus, un délégué rouge de chez Delhaize, un secrétaire BBTK-non-marchand et encore un du nettoyage, tous venus témoigner de leur solidarité. Nous sommes bien reçus, comme tout le monde, et notre tract est accepté et lu avec grand intérêt. Quand nous devons nous séparer, on nous précise encore que ce n’est que la première action d’une longue série. Bien peu croient que le conflit contre le 30 juin, la date de fermeture décidée par la direction, est terminé.

