Chine - Luttes des femmes avant et maintenant
D’importantes leçons de l’histoire de la Chine peuvent être tirées dans le cadre de la luttes des femmes.
>C’est en 1924 que la Journée Internationale des Femmes a été célébrée pour la première fois en Chine. A ce moment se développait déjà le mouvement ouvrier et le mouvement des femmes. La Ligue des Femmes du Hunan a ainsi été constituée en 1921. A la fin de cette même année, elles avaient réussi à pousser dans la constitution du Hunan des dispositions favorables au droit de vote des femmes ainsi qu’aux libertés personnelles des femmes. L'Association pour les Droits des Femmes de la province de Zhejiang avait aussi lancé un appel pour que les femmes rejoignent la révolution destinée à renverser les seigneurs de guerre et pour se battre pour la démocratie. À Shanghai, 20.000 ouvriers de l'industrie de la soie ont fait grève en 1923 pour exiger des augmentations de salaire et la journée de 10 heures. Chen Pi-lan, qui plus tard est devenue Trotskiste, était l'une des dirigeantes de la Ligue des Femmes du Parti Communiste à Shanghai.
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Selon le livre 'Women in the Chinese Revolution' («Les femmes dans la révolution chinoise», indisponible en français) de Kate Curtin, Chen Pi-Lan a expliqué que «quand le PCC a formé des associations rurales, le thème des femmes a immédiatement surgi. Quelques femmes se sont rendues aux syndicats paysans et ont accusé leurs maris de les opprimer. D'autres ont accusé leurs mères de la même chose. A quelques endroits dans les campagnes, des associations de femmes avaient été fondées pour régler des conflits familiaux. Pour la première fois dans les campagnes, des divorces ont été le fait de la volonté de femmes.» Quand des centaines de milliers d'ouvriers ont livré batailles à la police et à l'armée à Shanghai, «les membres de la Ligue des Femmes de Shanghai étaient en première ligne avec leurs drapeaux, en démontrant souvent plus de courage que les hommes.» Dans les années ‘20, le Parti Communiste a donné un soutien total au mouvement des femmes, et il s'est hissé à la tête de l'Association Nationale des Femmes qui, entre 1925 et 1927, comprenait 300.000 membres.
Après la révolution chinoise de 1949, la prostitution et l'infanticide ont été interdits. Une nouvelle législation maritale a donné aux femmes le droit à la propriété, aux droits de transmission et à la liberté de choix concernant le mariage, le divorce et l’éducation des enfants. Le gouvernement avait déclaré qu'avec la réforme agraire, 60 millions de femmes étaient à égalité avec les hommes en termes de possessions de terre en Chine centrale et orientale. Mais ce mouvement était inégal. Le Parti Communiste était dirigé depuis longtemps déjà non pas par des marxistes véritables, mais par une bureaucratie maoïste antidémocratique. Cette clique voulait exercer un contrôle incontesté et considérait le mouvement militant des femmes comme une menace. En 1952, comme le décrit le livre de Curtin, la bureaucratie a déclarée finie la lutte pour la libération des femmes, et a abandonné toute revendication et toute lutte indépendante des femmes - une ligne modifiée à plusieurs reprises en fonction des intérêts du régime. Le maoïsme ne tolérait pas de véritable démocratie ouvrière par la base, et les femmes en ont payé le prix. En Russie aussi, la révolution avait été trahie depuis le et début des années ’30 déjà. Une grande partie des réformes favorables aux femmes obtenues après la Révolution russe de 1917 ont été abolies par la dictature bureaucratique de Staline.
En Chine, l'Etat exerce un contrôle sur le corps des femmes, jusqu'au point de forcer les femmes à avorter. Cela se fait même si la loi interdit cette pratique. Les autorités locales, en imposant des politiques de contrôle de naissances, lancent des avortements obligatoires y compris durant les derniers moments de la grossesse. La politique de «l’enfant unique» du gouvernement chinois ne permet pas aux femmes d’avoir des enfants ‘non-autorisés’.
Selon l'Organisation Mondiale de la Santé, la Chine est le seul pays dans le monde où le suicide concerne plus de femmes que d’hommes. Chaque année, 1.5 million de femmes essayent de mettre fin à leurs jours, et 150.000 réussissent. C'est particulièrement le cas dans les campagnes où les femmes font face à la plus extrême pauvreté, au renvoi des écoles et au fardeau de s'occuper de parents âgés. La femme appartient à l'homme, c’est le modèle de l'oppression des femmes partout à travers le monde.
L'industrialisation rapide que la Chine a connu durant des années - quand la Chine est devenue l'usine du monde - a bien entendu transformé les conditions de vie de bien des femmes. En dépit de conditions misérables, avec l’émigration pour trouver du travail afin de subvenir à ses besoins et à ceux de la famille, les vieilles structures patriarcales ont été ébranlées. Le changement le plus important en devenant un travailleur salarié est de quitter l'isolement de la maison et de travailler aux mêmes conditions que des milliers d'autres. C’est là que réside la possibilité de s’organiser et d’agir collectivement.
En novembre 2009, 3.000 travailleuses de la province du Hainan employée par le géant allemand de la lingerie Triumph sont partis en grève. Les salaires mensuels étaient entre de 500 à 600 yuans (moins de 100 euros) et le patron prévoyait de supprimer une prime de 700 yuans. Cette même multinationale avait fermé deux usines aux Philippines l'été dernier afin de briser le syndicat, principalement constitué de femmes. Les grévistes chinoises de Triumph ont obtenu gain de cause, et le bonus a été payé, même si la revendication d’obtnir le même niveau de salaire que le minimum légal n’a pas été satisfaite. À Shanghai, un an de plus tôt, il y a eu un autre exemple de la puissance grandissante des travailleuses, avec une grève de 1.000 personnes, de jeunes filles pour la plupart, qui revendiquaient également que leur bonus soit payé dans une entreprise électronique. Même si ces grèves ont jusqu’ici été défensives, c'est un signe important qui révèle le début d’une organisation.
Le 18 octobre, à Hong Kong, 2.000 femmes ont célébré le 10ème anniversaire de l'union indonésienne des travailleurs migrants. Chinaworker.info était présent. «Nous sommes des travailleurs, pas esclaves» était l'un des slogans criés. Les 250.000 immigrées à Hong Kong travaillent principalement comme travailleuses domestiques. Un quart des immigrés indonésiens gagne moins du minimum mensuel de 3.580 dollars de Hong Kong (462 dollars US). La moitié d’entre eux travaillent 15 heures par jour, sans un seul jour de congé par semaine. «Nous voulons que le gouvernement de Hong Kong nous inclue dans sa nouvelle législation sur le salaire minimum. Ils veulent nous nier, c'est de la discrimination», a déclaré une jeune femme appelée Muthi lors de cette manifestation.
Elle, tout comme des millions de femmes autour du monde, a besoin que le 8 mars soit commémoré de la même manière qu’il y a cent ans, comme ses initiateurs l’avait lancée, comme une journée de lutte.
