Instauration de l’interdiction de la burqa - La population musulmane est constamment stigmatisée
Alors que la crise frappe chaque jour plus de victimes, alors que sans cesse plus de familles ont difficile à joindre les deux bouts fin du mois, alors qu’une grande majorité de la population vit dans l’incertitude quant à leur avenir et celui de leurs enfants… les politiciens établis montrent leur «dynamisme» par l’interdiction de la burqa. Ils ont donc dépensé leur temps au Parlement - et l’argent de nos impôts - non pas pour trouver des solutions pour lutter contre la pauvreté croissante, les faillites, les restructurations, les licenciements, les loyers élevés, le prix de l’énergie, pour renforcer les services publics et les soins de santé (qui ne sont plus qu’à peine accessibles pour les familles à bas revenu). Non, à la place, ils ont discuté et voté une loi concernant à peu près… 200 à 300 femmes en Belgique !
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En Belgique, 200 à 300 femmes portent une burqa sur une population musulmane estimée à entre 400.000 et 650.000 personnes. Voilà de quoi parle cette loi. Ces chiffres placent directement dans son contexte véritable toute cette campagne de diffamation médiatique contre «l’islam». La même chose se cache derrière la pagaille qui entoure l’auteur d’origine néerlandaise Benno Barnard. Ce bataillard anti-islam devait donner ce 30 mars une conférence à l’université d’Anvers avec pour titre Vive Dieu, à bas Allah, empêché par une vingtaine de jeunes liés au site internet fantomatique Sharia4Belgium (qui, selon De Standaard, compte à peine 89 membres – quatre-vingt-neuf !).
«Inacceptable», «une menace sérieuse pour la liberté d’expression»… La grandiloquence était au rendez-vous. Benno Barnard a lui-même déclaré : «Ici, le Mal s’est manifesté (avec majuscule, ndlr). Il portait un foulard saoudien» (De Standaard, 03/04/2010). Le collège échevinal d’Anvers a décidé, sur demande du bourgmestre Patrick Janssens, d’entamer un référé contre Sharia4Belgium. Par contre, ce même Patrick Janssens, à l’instar des autres bourgmestres des villes universitaires où l’organisation étudiante d’extrême-droite NSV est présente, n’a pas levé le petit doigt quand ces néofascistes violents ont attaqué physiquement des meetings d’organisations antiracistes !
Mais, pour revenir sur l’interdiction de la burqa, on parle d’un très petit groupe de personnes qui n'est en aucun cas représentatif de la population musulmane en Belgique. Mais ces personnes sont instrumentalisées pour stigmatiser toute une communauté. Cette histoire autour de la burqa tout comme l’incident autour de Benno Barnard ont tous deux été le prétexte à toute une série d’articles consacrés aux «musulmans» qui «ne sont pas capables de réflexion critique» et qui doivent rejeter totalement leur religion pour pouvoir «s’intégrer» à «notre» société «démocratique». La teneur générale des commentaires est que quand on est musulman, on a un problème avec la séparation entre l’Etat et la religion. Cela revient au même que de rendre responsables tous les catholiques des attaques des catholiques fondamentalistes contre les centre d’IVG et le droit à l’avortement ou encore les rendre responsables de la campagne du Vatican contre les moyens de contraceptions.
Le Parti Socialiste de Lutte / Linkse Socialistische Partij (PSL/LSP) et son organisation internationale le Comité pour une Internationale Ouvrière (CIO), partout où il est présent, s’oppose à l’imposition de règles vestimentaires aux femmes et contre toute inégalité dans la position légale des femmes de façon générale. En Iran, nous soutenons la résistance iranienne contre la vision barbare de la femme imposée par l’Etat ; au Pakistan, notre organisation mène campagne depuis déjà des années contre la violence faite aux femmes. Nous ne sommes pas des relativistes culturels et nous pensons que les femmes - partout dans le monde - ont droit à l’indépendance économique et ont droit à des lois et à des structures sociales qui leur donnent la liberté de faire ce qu’elles veulent de leur vie et de leur corps, en dépit de ce qu’en pensent les hommes de leur famille et de leur milieu.
En Belgique, comme la plupart des gens, nous trouvons la burqa choquante. C’est d’ailleurs également le cas pour la plupart des musulmans. Mais l’interdiction de la burqa n’a peu, voire rien, à voir avec une aide apportée aux femmes pour éviter l’oppression. Dorénavant, ces 200 à 300 femmes vont sans doute devoir tout simplement rester à la maison. L’interdiction de la burqa a par contre tout à voir avec la stigmatisation de la communauté musulmane en Belgique. Les «nobles objectifs» des partis qui ont mené campagne pour cette loi ont surtout pour base la volonté de gagner des suffrages aux prochaines élections en jouant sur les préjugés ressentis contre un des groupes parmi les plus faibles sur le plan socio-économique. Le PSL/LSP n’est dès lors pas favorable à la loi contre la burqa. Ce n’est pas à l’Etat d’imposer quelle religion peuvent pratiquer les gens, ni de quelle manière. L’argument de la «sécurité publique» est aussi tiré par les cheveux. Même sans l’existence de cette loi contre la burqa, les ‘forces de l’ordre’ avaient déjà le droit de contrôler l’identité de toute personne soupçonnée d’être impliquée dans un crime.
Nous affirmons que la liberté religieuse est une part essentielle du droit à la libre expression. Ce droit donne à Benno Barnard le droit de provoquer pour tenter d’attirer l’attention sur sa personne, mais il donne aussi aux musulmans le droit de protester contre la caricature qu’il fait de toute la communauté musulmane. Il donne encore le droit aux femmes de porter une burqa si elles le souhaitent. Dans le cas contraire, lorsque la burqa est imposée par leur père, leur frère ou leur mari, ces femmes ne gagnent tout de même rien avec une interdiction de la burqa. Si la volonté était réellement d’aider ces femmes, les politiciens établis ne voteraient pas de loi contre la burqa, mais renforceraient les services sociaux pour voir comment aider ces femmes.
Mais la discussion ne porte pas sur ce point. Cette loi - qui a été suivie presque sans aucune critique par presque tous les partis - n’est qu’un pas supplémentaire dans la stigmatisation de la communauté musulmane. Les politiciens essayent ainsi de dévier l’attention de leurs responsabilités dans des problèmes comme l’énorme chômage structurel ou les dettes qui ont été faites pour sauver leurs amis du secteur bancaire (ce qui leur permet de refaire aujourd’hui de gros profits et d’encaisser de grosses primes). On pourrait encore parler de la pénurie de moyens dans tous les soins de santé ou encore dans toute l’infrastructure du pays en conséquence de la négligence néolibérale durant des décennies.
Parler de la burqa ou du foulard, c’est une manière pratique de ne pas mentionner le scandale qui fait que dans “notre” société “démocratique” - soi-disant basée sur “l’égalité homme-femme” - les femmes ne gagnent en moyenne que les trois quarts du salaire moyen d’un homme. Les femmes sont deux fois plus confrontées aux contrats temporaires. Sur base de leur situation sociale affaiblie, les femmes sont confrontées au harcèlement sexuel et à la violence dans la rue et dans la famille. En plus de cette situation subordonnée des femmes, les femmes originaires des pays non-européens doivent supporter en plus la position subordonnée d’immigré. En Belgique, selon un rapport de l’OCDE de novembre 2008, seule une femme issue des pays non-européens (ou avec deux parents des pays non-UE) sur trois a un emploi. Avec la politique des partis traditionnels, il n’y aura aucune amélioration sur le plan de l’indépendance économique, qui est la base de chaque émancipation.
Ce n’est pas avec une loi contre la burqa que le problème de l’oppression des femmes va être résolu, mais par une lutte commune pour le droit à un revenu décent pour tous, pour le droit d’avoir un bon emploi avec un bon salaire, pour le droit d’avoir un logement abordable et pour la gratuité de services de base comme l’énergie, le transport, l’enseignement, la télécommunication, etc. Cette lutte doit être combinée à une lutte résolue contre toute forme de discrimination. La division systématiquement semée par les politiciens bourgeois et leurs médias affaiblit les possibilités pour la classe ouvrière d’arriver à un tel mouvement unifié. Voilà le véritable objectif de la loi contre la burqa. Voilà le véritable objectif des discussions sur l’interdiction du port du voile. Voilà le véritable objectif de la surreprésentation des immigrés dans les articles consacrés aux crimes dans nos journaux. Le message à donner est celui-ci : nous ne devons pas laisser notre attention dévier.
