[FILM] “Made in dagenham”: Humour et lutte pour l’égalité salariale
‘Made in Dagenham’ est un film magnifique. A la fin, j’ai même voulu sauter en l’air, les poings serrés, en criant : ‘‘Nous avons gagné!’’ Un groupe de 187 travailleuses a obtenu un salaire égal en luttant collectivement, en passant par des moments de gloire, de doute et d’incertitude. Leur bonne humeur domine et, finalement, les grands patrons doivent se rendre.
Mais le film n’aborde pas en profondeur le contexte politique dans lequelle les femmes de l’usine Ford de Dagenham se sont soulevées en 1968. A l’époque, des grèves et manifestations de masse se produisaient partout en Europe : dix millions de travailleurs étaient en grève en France, les chars russes avaient envahi la Tchécoslovaquie,...
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Beaucoup de femmes travaillaient alors comme ouvrières non-qualifiées, et elles avaient en général des salaires bien plus bas. Dans l’industrie, les femmes étaient payées en moyenne la moitié du salaire de leurs collègues masculins.
Dans ce cadre, la grève à Ford Dagenham a été d’une très grande importance. Ce film est excellent, parce qu’il parle des femmes ‘‘ordinaires’’. Ce sont des ouvrières avec un emploi à temps plein, produisant des couvertures pour sièges de voitures, avec une vie normale, une famille qui attend que le diner arrive sur la table à l’heure, des enfants qui attendent leurs vêtements repassés, et des hommes qui attendent que les tâches domestiques soient faites par les femmes. Des femmes ordinaires, mais qui ont mené une lutte extraordinaire !
Il y a des films, comme ceux de Ken Loach, qui abordent de nombreux problèmes de la classe ouvrière. Souvent, l’accent est un peu trop porté sur le côté négatif de la vie. Dans ‘‘Made in Dagenham’’, il n’y a pas de traces de cela. Le film est marrant, et nous donne de suite bonne humeur, sans masquer les conditions de travail: le toit de l’usine était percé et le travail était pénible. Les femmes devaient produire 55 couvertures pour sièges ou 250 couvertures pour la partie de la tête des sièges par heure. Elles travaillaient avec des machines lourdes.
Ce film donne également un aperçu de l’atmosphère de l’époque : une décennie d’optimisme et d’espoir pour un meilleur avenir. La guerre était définitivement derrière nous, et les travailleurs pouvaient se permettre un peu plus. L’économie croissante conduisait à de grands profits, comme chez Ford, et les travailleurs avaient raison d’estimer que l’entreprise devait payer des salaires plus élevés. Néanmoins, le patronat prétendait que des salaires égaux seraient trop chers, et que les profits chuteraient d’un milliard de livres. L’entreprise est pourtant resté rentable par la suite…
Les syndicats ont joué un rôle important dans cette lutte. Le film montre certaines responsables syndicales sournoises et tricheuses, mais aussi quelques déléguées sympathiques. Il y avait, aussi à cette époque, une couche de bureaucrates qui avait besoin de la pression de la base pour bouger. C’est à travers la lutte syndicale que les travailleurs ont obtenus des acquis : la semaine de 40 heures, un salaire pour les heures supplémentaires, l’amélioration des pensions et allocations,… Le patronat et les gouvernements ont voulu arrêter cela pendant des années, de la même façon qu’ils veulent attaquer tous nos acquis sociaux aujourd’hui.
Sur le plan des mesures antigrèves, ils sont allés assez loin en Grande- Bretagne. Une grève spontanée est maintenant illégale et les actions de solidarité des travailleurs masculins du film seraient aujourd’hui illégales, tout comme les grèves de l’usine Ford de Liverpool.
Aujourd’hui, de grands pas en avant ont étés faits, mais les travailleuses britanniques gagnent toujours en moyenne 16% de moins que les hommes. Les coupes budgétaires mettent aussi sous pression de nombreux éléments de la sécurité sociale, et cela touche les femmes en premier lieu. Ce type de films arrive au bon moment pour montrer à une nouvelle génération les traditions du mouvement ouvrier et pour mettre à nu la manière dont on peut obtenir des victoires. L’action collective peut conduire les patrons et les gouvernements à des concessions, et les travailleurs aux victoires !
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