lundi 9 mars 2009

Journée Internationale des Femmes - 2009

Les femmes contre la crise!

Introduction

Nous sommes entré dans une crise économique d’ampleur, avec des fermetures d’entreprises et des pertes majeures d’emplois. Ce n’est pas la première fois. En 1929, il y avait aussi eu une crise profonde, et là aussi elle avait entraîné un changement de politique avec des interventions d’Etat massives (comme le New Deal aux USA). Mais il a fallu attendre la seconde guerre mondiale et la destruction gigantesque de moyens de productions pour véritablement relancer l’économie…

La période de croissance économique qui a suivi et l’existence de l’URSS comme contre-poids à l’impérialisme et au capitalisme ont permis d’obtenir des acquis sociaux, ce qui a offert une base pour les idées réformistes. Le début des années ’60 était ainsi une période de plein emploi et de hausse des salaires. Faute de chômage, la concurrence entre les travailleurs était extrêmement limitée et, entre autres pour faire pression sur les salaires, le patronat a attiré les femmes et les étrangers sur le marché de l’emploi. Le capitalisme n’a jamais rien donné par bonté d’âme, et ce qu’il a su donner aux uns, il a su le faire payer aux autres.

La crise des années ’70, de laquelle nous ne sommes jamais vraiment sorit, a entraîné un chômage massif et un gros choc au niveau de l’idéologie : contrairement à ce qui avait été dit et redit, le capitalisme n’était pas capable de surmonter ses crises de surproduction. Là aussi, une nouvelle politique a vu le jour, le monétarisme, symbolisé par Margaret Thatcher et sa lutte contre les mineurs d’un côté, par Ronald Reagan et son combat contre les aiguilleurs du ciel de l’autre. Pour sauver les profits, les salaires et les allocations sociales ont été mises sous pression.

Chute du stalinisme et offensive néolibarale

La situation a empiré avec la chute du stalinisme. Face à l’offensive idéologique qui a suivi, les solutions individuelles ont prévalu, ce qui a aussi affecté les partis sociaux-démocrates et les syndicats. Est arrivé alors le post-féminisme, l’idée selon laquelle si une femme n’arrive pas à s’élever dans la société, ce ne peut être que de sa faute puisque l’égalité légale a été obtenue. Comme par enchantement, l’égalité légale aurait dû entraîner l’égalité de fait.

Au cours des années ’90, le capitalisme a été capable de restaurer son taux de profit et de connaître une relative croissance économique avec des profits record dans les années 2000 sur le dos des travailleurs. Aux attaques contre les salaires se sont ajoutées les différents systèmes de crédit utilisés pour postposer la crise le plus loin possible, avec les conséquences que l’on sait aujourd’hui.

Mais les dettes immenses qui existent aujourd’hui étaient inconnues dans les années ’30, les gouvernements avaient une marge de manœuvre absente actuellement. Le Plan Global de 1993 représentait des assainissements pour environ 5 milliards d’euros. Il faudrait au moins le double aujourd’hui. Le patronat n’acceptera jamais de payer, ce seront aux travailleurs, et surtout aux travailleuses, de payer la note.

Juste après la seconde guerre mondiale, différents acquis ont pu être obtenus par la lutte, comme le droit de vote des femmes, la sécurité sociale, les crèches,… Mais malgré ces améliorations pour les femmes, elles sont toujours dans une position inférieure. L’Institut pour l’Egalité entre Hommes et Femmes a révélé en 2006 que 1/10e des femmes sont inactives, pour à peu près 1/20e des hommes. Les femmes sont aussi plus concernées par le travail à temps partiel (même si la hausse du travail a temps partiel a touché à la fois les hommes et les femmes). 11,5% des femmes travaillent ainsi à temps partiel, essentiellement pour les enfants ou le ménage, contre 6,4% des hommes. Plus de femmes sont aussi touchées par les Contrats à Durée Déterminées, les chèques services et autres emplois avec moins de perspectives.

En Belgique, les femmes sont payées en moyenne 25% de moins que les hommes. Elles ont moins accès aux hauts postes de travail et sont beaucoup plus concentrées dans les secteurs à bas salaire comme les crèches, le textile, le personnel domestique ou le secteur social.

Restructurations budgétaires : les femmes en ligne de mire

Les assainissements budgétaires ne toucheront pas les patrons. Où sabrer alors ? Dans le secteur social où les femmes sont concernées à deux titres : comme bénéficiaires les plus nombreuses, et comme travailleuses. Pour une majorité de femmes, cela voudra dire le retour au foyer et le retour sur des acquis précédemment obtenus.

La bourgeoisie n’a jamais rien donné par gentillesse, mais parce qu’elle en avait besoin (comme lors de la seconde guerre mondiale pour remplacer les hommes partis au front) ou par les luttes, comme l’a illustré en Belgique la grève des femmes de la FN de Herstal en 1966.

La seule façon d’obtenir des acquis pour les femmes, c’est la lutte, dans laquelle nous ne pouvons compter que sur notre propre classe, la classe ouvrière. Nous ne sommes encore qu’au début de la crise. Une partie des capitalistes feront faillite, une partie de la classe moyenne rejoindra la classe ouvrière, la concentration de richesses dans les mains de moins en moins de monde va s’accentuer. Nous devrons lutter pour chaque acquis, chaque pas en avant, mais seule une lutte contre le capitalisme pourra aboutir à une solution durable, une solution socialiste.

Débat

Le débat a été l’occasion de nombreux échanges. Une camarade originaire de Lituanie a abordé les conséquences de la chute du stalinisme et de l’indépendance du pays, l’impact de la crise économique, les attaques contre le droit à l’avortement et les modifications continuelles et absurdes pour les allocations familiales, rabaissées actuellement jusqu’à 5 ans !

Plusieurs interventions ont relayé le vécu de travailleuses. Avec la flexibilité des horaires, c’est devenu très difficile dans certains métiers de s’occuper des enfants, comme dans les transports en commun. Dans beaucoup de cas, une rupture signifie aussi l’obligation de changer de boulot pour pouvoir continuer à s’occuper des enfants. Dans d’autres emplois, c’est l’obligation de prendre un emploi à mi-temps, avec le fait que les conséquences de la crise sont le prétexte pour les patrons de faire porter le travail d’un temps plein sur un mi-temps. Economie facile sur les salaires, mais la pression est d'autant plus grande.

D’autres points ont encore été abordés, comme celui de l’impact de la crise environnementale sur les femmes dans les pays du monde néo-colonial, les conditions vécues dans les camps de réfugiés, l’augmentation de la prostitution consécutive à la crise économique, le rôle des femmes dans les émeutes de la faim, le coût des études pour les jeunes filles, l’ambiance sexiste dans les universités, l’oppression sexuelle et les parallèles avec la situation des LGBT (lesbiennes, homosexuels, bisexuels et transgenres),… Mais l’accent a été mis sur la nécessité d’un prolongement politique des luttes, de nouveaux partis des travailleurs, aussi sur la question du droit des femmes.

Conclusion de la discussion

Cette discussion a illustré a quel point l’oppression des femmes est un sujet vaste. Pour certains, les solutions sont pourtant faciles à trouver. Un psychologue anglais a ainsi écrit un article sous le titre « Un trop plein de testostérones a détruit l’économie ». L’idée qu’il défend est que les hommes prennent trop de risques, ce qui s’est vérifié avec les banques, et qu’il suffit de remplacer les hommes par les femmes…

Pourtant, à regarder Margarett Thatcher ou Condolezza Rice… C’est Thatcher qui a détruit l’Etat-providence en Grande-Bretagne et a été la porte-parole enthousiaste du néo-libéralisme. Sous sa poigne et sous celle d’autres farouches partisans du néo-libéralisme, les acquis du mouvement ouvrier et des femmes ont été continuellement sous attaques. Mis à part l’égalité légale, il ne reste presque plus rien. On ne peut que craindre pour la suite quand on parle de la pire crise depuis les années ’30 (certains parlent même d’une crise de plus grande ampleur encore…).

Cette crise porte un coup fatal au mythe de la fin de la lutte des classes, mythe qui a connu son essor avec la fin du stalinisme. Les partis politiques vont en quelque sorte se succéder au banc d’essai pour montrer quelle classe il soutient. La lutte des classes va de nouveau devenir une donnée massivement présente dans la société.

Une autre « illusion perdue » est celle de la richesse sous-disant créée en accordant des crédits faciles (notamment les fameux subprimes, les crédits à grand risque). La croissance économique éternelle dont on nous a rabattu les oreilles n’existe pas.

Le projet de la bourgeoisie est de diminuer les capacités de production pour s’adapter à la contraction de l’économie, ce qui entraînera un chômagemassif, même avec les interventions d’Etat actuelles. Les femmes, qui ont obtenu une certaine place sur le marché du travail, peuvent être renvoyées aux fourneaux. La destruction des services publics touchera non seulement les femmes qui en profitent, mais aussi celles qui y travaillent, sans encore parler des travailleuses dont on ne parle jamais, les femmes sans-papier.

Aux USA, la crise a déjà fait perdre au bas mot 3,6 millions d’emplois en 2008. Le plan d’Obama parle d’en créer 2,5 millions en deux ans, alors que durant les seuls mois de janvier et de février 2009, 1,7 million d’emplois ont été perdus, ce qui illustre le rythme qu’adopte la crise. A tel point que les systèmes informatiques des bureaux d’emploi n’arrivent pas à suivre et tombent régulièrement en panne… On voit aussi le développement de villes-tentes constituées de tous ceux qui ont perdus leur maison faute de n’avoir pu rembourser leur prêt hypothécaire. Des éléments du tiers monde arrivent dans les pays capitalistes développés.

Le retour des remises en cause du système capitaliste va s’accompagner d’une réaction du patronat, il ressortira ses vieilles armes pour diviser la classe ouvrière : le sexisme et le racisme.

Nous devons au contraire unifier les luttes autour d’un programme. Les droits des femmes concernent aussi les hommes. Tous, nous avons intérêt à détruire les bases matérielles qui se cachent derrière le sexisme et le racisme. Pour cela, il n’y a qu’une seule manière : lutter pour une société où chacun aura un emploi, un accès à un enseignement gratuit et de qualité,… Le capitalisme est incapable de réaliser cela, il ne fonctionne que sur les profits d’une minorité, pas en fonction des besoins réels de la majorité de la population. C’est pour une telle société, une société socialiste, que se bat le PSL.

Aujourd’hui, on assiste à un regain d’intérêt pour les idées de Marx, les média reviennent sur l’analyse correcte qu’il a fait du capitalisme, mais personne ne parle de ses conclusions pratiques : changer de société !


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