mardi 31 mars 2009

IRLANDE : La chute du Tigre celtique

Pendant une vingtaine d’années, le Tigre Celtique irlandais a été utilisé comme référence économique absolue pour toute l’Europe... Une forte croissance, un maximum de privatisations, un maximum de profit pour les riches. Ce tableau idyllique pour tout capitaliste semble toutefois maintenant entaché d’un gros point noir : la crise économique.

Par Damien (Liège)

Comme partout, elle sème en Irlande son flot de ‘menues’ difficultés : augmentation du chômage (environ 500.000 chômeurs prévus pour l’année à venir, soit 25% de la population active irlandaise), chute des cours financiers (l’action de la Bank of Ireland qui valait 17 euros il y a 18 mois voit désormais sa valeur comptée en cents), faillite de toute une série de petites entreprises... Bref, un beau petit scénario apocalyptique.

Heureusement, les banques ont pu bénéficier des bienfaits de la collectivité... au moins le temps d’être refinancées. Environ 7 milliards d’euros ont été injectés par l’Etat irlandais à cette fin dans les deux plus grandes banques du pays. Manque de chance, on estime maintenant qu’il faudrait encore 20 à 40 milliards d’euros supplémentaires. Quant à ceux qui constituent le 1% le plus riche de la population, disposant ensemble de la modique somme de 87 milliards d’Euros, ils peuvent dormir tranquilles; le gouvernement actuel n’a pas prévu de s’en prendre à eux.

En effet, les ministres semblent ne pas se préoccuper des petites affaires des grands actionnaires des grosses banques. Ainsi, quand le scandale de l’Anglo Irish Bank a été dévoilé, le ministre des Finances, qui disposait de toutes les informations relatives dans un dossier sur le coin de son bureau, a déclaré ne pas avoir lu la partie relative à cette affaire... Si c’est vrai, cela relève d’un grave problème de compétence (qui pourrait par ailleurs remettre en question cette prétendue compétence, propre aux ministres, de savoir gérer un pays).

Le problème que le ministre Brian Lenihan « n’avait pas vu » est pourtant énorme. Une banque aurait injecté 7 milliards d’euros dans l’Anglo Irish Bank juste avant que celle-ci dépose son bilan afin de l’assainir et donc de lui permettre d’accorder des prêts colossaux à 10 hommes d’affaires privilégiés, désormais dotés de 300 millions d’euros chacun. Ensuite, les 7 milliards ont été récupérés par l’investisseur.

Ce scandale et les énormes cadeaux de l’Etat aux banques ont provoqué une grande colère et une poussée à gauche dans la population, comme le montrent les récents sondages. Mais, en même temps, le choc des pertes d’emploi et des coupes dans les salaires, de même que toute la propagande que le gouvernement et les médias font passer, provoquent peur de l’avenir et confusion sur ce qu’il faut faire.

Néanmoins, les travailleurs ne sont pas dupes... Ils commencent à comprendre que c’est en menant des actions collectives que les choses peuvent changer. La manifestation du 21 février l’a bien montré, puisqu’elle a réuni plus de 100.000 participants, tous lassés d’un gouvernement qui ne semble pas prendre les besoins de la population au sérieux.

Cette manifestation d’ampleur faisait écho à la nouvelle réforme qui prévoit d’imposer une taxe supplémentaire aux fonctionnaires, les privant de 7% de leur salaire. Cette nouvelle attaque sur le secteur public est annonciatrice d’une volée d’autres licenciements, coupes budgétaires, baisses de salaires,...

Le gouvernement, complètement endetté par le refinancement des banques, doit à tout prix trouver de l’argent. Présentant le – très relatif - bien-être des fonctionnaires comme étant une sorte de favoritisme, il compte donc s’y attaquer. D’autant plus que c’est une manière de prendre une longueur d’avance sur l’après-crise, en privatisant ce qui peut encore l’être.

Dans tout ce remue-ménage, les syndicats semblent lentement se réveiller... Mais ne soyons pas trop enthousiastes, car la direction syndicale n’a aucune perspective claire à offrir. Elle veut juste faire pression sur le gouvernement pour qu’il revienne à la pratique des négociations et du « partenariat social » des belles années de croissance économique. Loin des réalités sociales, les dirigeants (qui gagnent environ 5 à 6 fois le salaire des syndiqués) sont souvent d’une mollesse extrême par rapport aux diverses attaques patronales. Chez Bausch & Lomb, alors que 195 emplois ont été supprimés, un représentant du syndicat a déclaré être “déçu de savoir que le plan de réduction de temps de travail n’avait pas suffi à éviter les licenciements” et « déçu aussi que la direction ne puisse pas s’engager à exclure d’autres licenciements à l’avenir »…

Si la lutte proposée par les dirigeants syndicaux se résume à “espérer”, à “être déçus” ou encore à “compter sur le sens social des patrons” (éléments qui s’agencent merveilleusement en une seule phrase, d’ailleurs), les militants syndicaux vont avoir intérêt à organiser la lutte par en bas.


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