mercredi 3 mars 2010

400 travailleurs de Carrefour manifestent devant le Conseil d’Entreprise !

Ce mercredi, les syndicats rencontraient la direction de Carrefour Belgique au siège social de l’entreprise à Evere. Environ 400 travailleurs de la chaîne de distribution, rouge et vert, sont venus manifester devant le siège social pendant la réunion. Cette rencontre était la première entre direction et syndicats depuis l’annonce du plan de restructuration.

Nico (Bruxelles)

Pour la direction, c’était l’occasion d’appuyer leur volonté de garder leurs activités sur le sol belge. Ce qui illustre leur hypocrisie et leur volonté de lier les attaques contre les salaires et les conditions de travail aux investissements futurs. Mais le point principal est bien ce plan de restructuration, les suppressions d’emplois et le bain de sang social pour les travailleurs du groupe. Une nouvelle fois, on fait payer aux travailleurs la crise et la soif de profits de la direction et des actionnaires. Le groupe fait des bénéfices (encore 385 millions en 2009) mais pour en faire toujours plus, c’est toujours la même recette: réduire les coûts salariaux en licenciant, en attaquant les salaires et les conditions de travail.

Se mettre autour de la table est une chose, mais pour les travailleurs et les délégations syndicales il est clair que le menu proposé est infect. Le sentiment reste qu’il faut le supprimer et non le négocier pour le rendre plus «doux». La question alors est de savoir quel plan mettre en avant pour le supprimer?

Autour du siège social mercredi matin, plusieurs centaines de travailleurs se sont réunis pour montrer leur colère à l’occasion de cette réunion. Plusieurs dizaines d'employés administratifs se sont joins à eux. Le Carrefour d’Evere a également été fermé. Nous avons aussi rencontré des syndicalistes d’autres secteurs venus en solidarité comme une déléguée CNE travaillant dans un call center. "Dans ce genre de conflit, les travailleurs devraient pouvoir actionner directement des actions plus larges comme une grève nationale dans les magasins, voire dans tout le secteur" nous confie-t-elle. La solidarité et la lutte seront cruciales pour l’avenir des travailleurs du groupe.

Attendre une solution du gouvernement ou de la direction, c’est laisser la liberté aux actionnaires et aux capitalistes d’imposer leurs plans sans obstacles. Nous avons beaucoup lu et entendu dans les médias traditionnels que le mouvement de grève de la semaine passée avait coûté 40 millions d’euros au groupe. C’est une stratégie classique qui ne vise qu’à culpabiliser les travailleurs qui tentent de sauver leurs emplois, les effrayer pour limiter leur potentiel de résistance. Pour les travailleurs de Carrefour mais aussi de tout le secteur, ce plan ce n’est pas 40 millions d’euros perdus mais des milliers de familles privées d’un revenu et pour ceux qui restent, une compétition entre les différentes enseignes pour des coûts salariaux toujours plus bas.

Les premiers sentiments après cette réunion révèlent une grande déception dans la délégation syndicale. On ne doit pas beaucoup attendre de ce genre de négociations où la direction va tenter de créer une division entre les travailleurs licenciés et ceux qui auront la "chance" de rester sous conditions d’accepter des attaques contre leurs salaires et leurs conditions de travail. Comme à BAYER et comme à INBEV, nous devons résister à toutes les attaques contre nos salaires, à tous les licenciements et construire une solidarité à travers tout le secteur, y compris internationalement.

Il faut se préparer à un conflit pouvant durer des semaines, voire des mois. On devrait mettre sur pied un plan d’action large, discuté et élaboré par les délégations syndicales et par les travailleurs de Carrefour. On pourrait construire sur base de l’énorme solidarité qui existe dans l’opinion publique. A INBEV on l’a vu l’opinion publique était favorable aux travailleurs et le soutien à leur lutte a été important et bénéfique pour faire reculer la direction.

Notre tract a été bien reçu et 17 numéro de notre journal "Lutte Socialiste" ont été vendus. L’idée mise en avant dans notre tract est une journée de grève nationale avec une manifestation nationale bien préparée dans six semaines. Pour cette dernière, il est possible de visiter les collègues des autres chaînes afin qu’ils y participent également et d’utiliser tout les moyens disponibles dans les magasins (tract, calicots, affiches, haut parleur, ...) pour sensibiliser et mobiliser les clients. Cette proposition a bénéficié d'un grand intérêt. Nous pensons qu’une manifestation massive de 100.000 travailleurs en solidarité avec ceux de Carrefour n’est pas seulement possible, mais aussi nécessaire pour faire reculer la direction.

© Parti Socialiste de Lutte – www.socialisme.be