mercredi 17 mars 2010

Le moteur de la prospérité, ce ne sont pas les entrepreneurs, mais le travail !

De bons emplois et de bons salaires pour tous !

Après le large soutien dont ont bénéficié les travailleurs d’Inbev en lutte contre le diktat patronal - sacrifier des emplois pour garantir les bonus de la direction - il était nécessaire pour le patronat de changer d’optique en mettant en avant ses vieilles revendications. Une grosse campagne publicitaire a ainsi été lancée sous le titre «Laissez-nous entreprendre!», avec pétition et tout le bataclan. Le second signataire de cette pétition est le plus grand importateur de caviar en Belgique, quoi de plus révélateur... Quatre revendications importantes figurent dans cette campagne patronale. Que sont-elles exactement et comment y répondre?

Par Geert Cool


1. Les salaires en ligne de mire

Leur proposition

Selon les organisations patronales, les salaires sont trop élevés, ce qui handicape notre position concurrentielle: «Les coûts salariaux sont en moyenne 11% plus élevés que ceux de nos pays voisins. Le mécanisme structurel d’indexation automatique des salaires n’est pas étranger à cette situation.» L’index est un ensemble de «mécanismes de dépenses automatiques qui vont au-delà de la croissance économique». L’accord interprofessionnel (AIP) qui va être discuté en automne doit être «tourné vers l’avenir».

Que veulent-ils dire?

Le patronat se prépare à ne faire aucune concession durant les négociations pour le prochain AIP : le maintien de l’indexation, c’est déjà bien assez et si cela peut être contourné (avec par exemple une prime nette au lieu d’augmentations salariales), ce ne serait pas plus mal.

Notre réponse


2. Les indemnités de licenciement

Leur proposition

Selon le patronat, il faut «une évolution en plusieurs phases vers un statut unique» et il faut «d’abord une solution au droit de licenciement», qui doit «devenir identique pour tous les travailleurs», sous conditions bien sûr d’«aucune aggravation du handicap de nos entreprises en matière de compétitivité».

Que veulent-ils dire?

Dans le manifeste patronal, trois mesures concernent ce point:

Notre réponse


3. Un nouveau Pacte des Générations

Leur proposition

Selon le patronat, le travail de nos aînés plus expérimentés est un problème. Maintenant, «il est souvent plus intéressant, à partir de l’âge de 55 ans, de ne plus travailler». Il est dès lors grand temps pour un nouveau «Pacte sur la fin de carrière et la pension».

Que veulent-ils dire?

Le manifeste patronal affirme: «Une réforme profonde du système de pension, tenant compte de l’augmentation de l’espérance de vie, est indispensable. Mais il convient aussi de revoir en profondeur la période précédant la pension.» Message: travailler plus longtemps.

Notre réponse


4. Des cadeaux verts

Leur proposition

Stimuler l’innovation et le «verdissement» de l’économie.

Que veulent-ils dire?

Après, entre autres, la déduction des intérêts notionnels et les diminutions d’impôt des entreprises, il faut un peu d’originalité pour revendiquer encore plus de cadeaux pour le patronat. Pourquoi ne pas jouer la carte du capitalisme vert?

Notre réponse


Il faut une offensive syndicale !

La manifestation du 29 janvier a mobilisé 35.000 personnes, une bonne mobilisation compte tenu du délai d’organisation d’une semaine seulement. Mais il manquait cependant des mots d’ordre ou des appels pour poursuivre l’action. A nouveau, il s’agissait d’un événement unique qui n’était pas combiné à un plan d’information, de mobilisation et d’action pour l’emploi. Cela pourrait toutefois assurer une généralisation de la lutte, au lieu de se battre entreprise par entreprise.

La campagne patronale «laissez-nous entreprendre» est à voir dans le cadre de la construction d’un rapport de forces dans les négociations pour le nouvel accord interprofessionnel fin d’année. Au moment où même les médias traditionnels doivent reconnaître que les syndicats avaient pour eux l’opinion publique face aux licenciements prévus (mais maintenant retirés) chez Inbev ou encore face à la fermeture d’Opel-Anvers, une bonne campagne d’information bien préparée et suffisamment large sur les lieux de travail serait un pas en avant vers une réponse syndicale offensive contre la volonté de faire payer la crise aux travailleurs et à leurs familles.

Nous ne pouvons pas nous faire piéger par la rhétorique sociale du PS qui plaide contre la déduction des intérêts notionnels, mais qui a voté pour introduire cette mesure. Les liens entretenus avec les partis traditionnels comme le PS, le SP.a ou le CD&V sont un frein pour le développement d’une réponse syndicale. Ces partis ont accepté la logique néolibérale et l’appliquent. Le PSL défend la nécessité d’un nouveau parti des travailleurs. Mais même en l’absence d’un tel parti, rompre les liens entre les syndicats et les partis traditionnels serait toutefois un pas en avant.

© Parti Socialiste de Lutte – www.socialisme.be